7 Tells verbaux issus de l'histoire des WSOP

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Grâce à son mélange éclectique de joueurs de poker amateurs et de pros et vétérans confirmés, les WSOP ont souvent été le théâtre de certains des plus gros bluffs et des tells les plus évidents de l'histoire du poker.

Zachary Elwood, auteur du livre à succès Reading Poker Tells ("lire les tells du poker"), travaille depuis un an sur un nouveau livre appelé Verbal Poker Tells (les tells de poker verbaux).

Le livre présente de nombreuses mains issues d'émissions télévisées telles que les WSOP sur ESPN, Poker After Dark, et les High Stakes Poker. Vous pouvez retrouver cet ouvrage (en anglais) sur Amazon.

Juste à temps pour les WSOP 2014, Elwood a bien voulu partager avec nous certains des comportements verbaux les plus intéressants dont il a pu être le témoin au cours de précédentes éditions des World Series of Poker.


par Zachary Elwood


Main Event des WSOP 2010 : Scott Nguyen dupe Edward Ochana

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Scotty Nguyen : "yes baby !"

Un flop à 4 joueurs, où tout le monde checke. A la turn, le tableau affiche A 7 4 9. Un joueur mise, Edward Ochana relance, Scotty Nguyen sur-relance, et tout le monde se couche sauf Ochana.

Ochana demande alors à Scotty : "Qu'est-ce que tu as ? Une paire de 9 Scotty ?"

Scotty répond : "Non."

Ochana : "Tu n'as pas de brelan d'as."

Scotty : "Non."

Résultat : Ochana pousse son tapis avec A 4, et Scotty paye, avec 7 7 et le brelan floppé.

Les déclarations de Scotty éliminent plusieurs mains fortes de son éventail. J'appelle toute parole ou réponse qui affaiblit l'éventail de mains de quelqu'un qui parle, des déclarations de main faible. Il est très improbable de voir les bluffeurs affaiblir leur propre éventail de mains. Même des joueurs expérimentés comme Nguyen, ne voudront très probablement pas affaiblir leur éventail quand ils bluffent.

Autre chose d'intéressant : les joueurs expriment parfois des préoccupations à propos de mains qui sont légèrement plus fortes que leurs propres mains. Lorsque Ochana le fait à propos de brelans supérieurs, cela rend probable le fait qu'il ait lui-même un brelan (bas), ou deux paires.

(Notez que parler de votre propre main même en ces termes évasifs n'est techniquement pas autorisé selon les règles des WSOP. Mais étant donné que les règles à propos des discussions dans des mains qui durent sont ambiguës, ouvertes à l'interprétation, et inégalement appliquées, vous en entendrez toujours parfois de telles).


Main Event des WSOP 2005 : Steve Dannenmann ne peut pas cacher un Brelan de 9

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Steve Dannennmann

Joe Hachem relance pré-flop à 160 000 avec A K. Steve Dannenmann suit.

Le flop : T 9 5.

Hachem checke ce flop, et Dannenmann mise 150 000. Hachem relance alors à 1 million, et Dannenmann pousse son tapis pour 3,75 millions de plus. Il regarde alors Hachem qui réfléchit.

Hachem dit : "Tu me dévisages comme si tu n'avais rien."

Dannenmann répond : "Tout ce qui arrive maintenant est du bonus pour moi, mon pote."

Hachem : "Pardon ?"

Dannenmann : "Tout ça maintenant c'est du bonus pour moi. J'ai passé le premier jour."

Hachem : "All-in, hein ?"

Dannenmann (haussant les épaules) : "Hé, je ne fais que m'amuser."

Résultat : Hachem se couche. Dannenmann avait 9 9, pour le brelan.

Les déclarations de Dannenmann sont erronnées : des déclarations ayant pour but de distraire l'attention de la véritable explication. En disant "tout le reste n'est que du bonus à partir de maintenant" et "je m'amuse juste", Dannenmann sous-entend qu'il ne s'en fait pas d'être éliminé parce qu'il est juste content d'être arrivé si loin dans le tournoi. Ces déclarations impliquent que sa relance n'a pas été faite parce qu'il avait une grosse main, mais parce qu'il se moque de son sort.

Egalement, ses déclarations affaiblissent indirectement son éventail de mains : cela rend improbable le fait qu'il soit en effet faible.


Main Event des WSOP 2008 : Ray Romano se fait avoir

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Ray Romano

Sur un tableau à la river A T 3 2 Q, Jason Young est le premier à agir. Son adversaire est Ray Romano, l'acteur.

Young effectue une très petite mise de 1200 dans un pot de 7700. Alors qu'il mise, il dit à Romano : "La même mise, j'aime bien être assis à côté de toi."

La "même mise" fait référence au fait qu'il ait misé le même montant au flop, à la turn et à la river. La seconde partie de sa déclaration implique qu'il fait une telle petite mise parce qu'il aime être au côté de Romano, et qu'il ne veut pas l'éliminer du tournoi.

Résultat : Romano suit avec T 4. Young avait A 9 pour la top paire, kicker intermédiaire.

La déclaration de Young est une tromperie : il tente de justifier sa très faible mise. Le but de la déclaration de Young est défensif, et pour contrôler le pot, comme sa mise : il ne veut pas checker, ni avoir affaire à une grosse mise de Romano.


Main Event des WSOP 2010 : Harrington lit Shulman

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Dan Harrington

5 joueurs voient un flop 9 8 4. Un joueur en fin de parole mise 2000. Dan Harrington suit. Jeff Shulman relance à 7000. Les autres joueurs se couchent et Harrington est le seul autre joueur à rester. Il envisage une relance.

Harrington (essayant de deviner la main de Shulman) : "Valet-Dix de trèfles ?"

Shulman (pause) : "Toi ?" en souriant largement.

Harrington sourit également. "C'est ce que tu ferais avec... ou une paire de 4."

Shulman : "Et une paire de 9 ?"

Harrington : "Je pense qu'il avait un 9" (en parlant du joueur qui s'est couché).

Shulman : "Les as ? Limpés Under the Gun ?"

Harrington : "Non, pas... [on entend pas ce qu'il dit ensuite]. Tu ne l'aurais pas joué de cette manière. Je devrais me coucher."

Résultat : Harrington couche son A 8. Shulman avait 4 4 pour le brelan.

Lorsqu'un joueur est enclin à discuter de son propre éventail de mains, cela rend probable le fait qu'il soit détendu. Les joueurs qui misent avec des mains faibles n'ont pas l'intention de conduire un adversaire à cerner des mains possibles, pouvant conduire à un call. Visiblement Shulman était ok à l'idée de parler de son éventail de mains possible, autant dire qu'il était plutôt relax.


Main Event des WSOP 2009 : George Costanza est faible

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Jason Alexander

Jason Alexander (interprète du célèbre George Costanza dans la série Seinfeld) limpe Under the gun. Un autre joueur relance. La grosse blinde call.

Alexander s'adresse immédiatement à la grosse blinde : "Tu suis ? Si tu suis, je suis." Et il paie.

Résultat : Alexander a 4 4.

L'action verbale immédiate d'Alexander lorsque l'action lui revient, rend improbable le fait qu'il ait limpé avec une main forte. S'il avait eu quelque sorte de main forte, telle que TT-AA, AK, ou AQ, il aurait plus probablement pris quelques moments pour réfléchir à sa décision, ou au moins été plus concentré.

Ce comportement correspond à un schéma général de joueurs avec des mains faibles, lorsque le pot est petit, étant plus bavards que des joueurs avec des mains fortes. Des joueurs avec des mains fortes auront tendance à être plus concentrés sur la situation et sur leurs adversaires : cela résulte donc plus souvent en des joueurs se montrants discrets ou silencieux. Les joueurs avec desm ains faibles n'ont pas la même motivation à la concentration, c'est pourquoi on peut souvent entendre des discussions tôt dans les mains de leur part.


Main Event des WSOP 2005 : Jennifer Harman sait

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Jennifer Harman

Sur un flop Q J T T, Cory Zeidman mise 1000 et Jennifer Harman relance à 3000.

Zeidman réfléchit un moment. S'il devait payer la relance, il lui resterait seulement 3000 derrière.

Zeidman : "Je pense que tu pourrais avoir as-roi en fait. J'espérais que ça ne soit pas ça. Maintenant j'espère autre chose. Hmmm, bon sang. Comment est-ce que je pourrais coucher cette main ? Je paye."

Résultat : Zeidman avait 9 8 pour la quinte floppée, et le tirage quinte flush à la turn.

Le fait de parler de son inquiétude à propos d'une quinte supérieure rend très probable le fait qu'il ait la quinte basse. Etant donné qu'il ne reste plus beaucoup d'action à venir, il est peu probable qu'il parle de la sorte comme s'il était complètement déçu. Il pense probablement qu'il ne reste plus assez d'action pour être inquiet à l'idée de révéler une information critique.

Zeidman toucha sa quinte flush à la river, battant le full d'Harman. Harman a misé et Zeidman a payé. Lorsque les cartes auront été dévoilées, Jennifer lança immédiatement "je savais que tu avais cette main."

En admettant que nous croyions qu'Harman ait en effet suspecté cette main exacte, les déclarations de Zeidman à la turn étaient indéniablement un gros facteur permettant à Harman de définir son éventail. Si elle suspectait qu'il avait une quinte, elle aurait également pu déduire de son "comment est-ce que je pourrais coucher cette main" que sa main en question avait en fait plus de potentiel qu'une simple quinte.


Main Event des WSOP 2008 : Tu me montres si je me couche ?

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Roberto Romanello

Sur un tableau à la river A K J T T, Roberto Romanello mise 1800 dans un pot de 1950.

Greg Geller relance à 6000, et le troisième joueur (en l'occurrence Mike Matusow) se couche.

Romanello réfléchit.

Geller dit : "Juste, ne me relance pas."

Romanello : "Tu me montre si je couche ?"

Geller : "Excuse-moi ?"

Romanello : "Tu me montre si je me couche ?"

Geller : "Non."

Romanello : "Pour une fois ?"

Geller (remuant la tête énergiquement) : "Non."

Après 25 secondes de plus, Geller dit finalement : "Ok, je te montrerai."

Résultats : Romanello avait J J et aura couché son full aux valets. Geller avait K K pour un meilleur full.

(Voir le coup en vidéo).

Il n'y a typiquement pas beaucoup d'information à être glanées des réponses aux questions "tu montreras si je jette ?". Mais les réponses négatives et dédaigneuses sont une exception : elles sont hautement corrélées à des mains fortes.

Ceci parce que les bluffeurs ne veulent pas être perçus comme rudes : ils ne veulent pas voir un adversaire payer par frustration ou irritation. Parce que la réponse immédiatement négative aux questions de Romanello peuvent être interprétées comme telles, il est probable qu'il ait une grosse main.

L'étrangeté de Geller changeant soudainement d'avis à propos de monter ses cartes ou non rend probable le fait qu'il soit détendu. Un comportement inhabituel sera en général lié à une décompression.