Analyse : La main du cauchemar de Mark Newhouse

mark newhouse
Les WSOP de Mark Newhouse : du rêve au cauchemar.

"Marc Newhouse termine 9ème." En une phrase peut se résumer tout le désarroi d'un homme qui vient pourtant de remporter la bagatelle de 730 725$.

C'était en effet déjà l'un des titres de la saison passée, et une phrase qui aura hanté Mark Newhouse pendant un an, jusqu'au début de cette nouvelle table finale du Main Event des WSOP 2014, qui a eu lieu il y a une semaine.

Voici d'ailleurs ce qu'il tweetait lors du début du Main Event en juillet dernier :

 

("Je viens juste de m'inscrire au Jour 1C. Pas moyen que je finisse encore à cette putain de 9ème place")


Pour ce qui est l'un des plus grands exploits du poker moderne, Newhouse sera finalement parvenu à se glisser dans les November 9 deux années consécutives, s'étant extirpé de fields de 6352 puis 6683 joueurs.
Quasiment impensable, et avec des chances s'apparentant plus à celles d'être frappé par la foudre.

Mais cette fois les choses étaient prévues de se passer différemment. Déjà parce que l'Américain était on s'en doute motivé comme jamais, mais aussi parce qu'il possédait le troisième tapis au démarrage de cette table finale, réduisant grandement ses chances d'être le premier éliminé.

Et puis Newhouse s'en est finalement allé... en 9ème position, à nouveau.


Le déroulement du coup

Pour se remettre en situation, il s'agit donc de la table finale de poker la plus importante de l'année. Toute place gagnée ou perdue est synonyme d'écart de plus de 500 000$ dans l'échelle des gains restants.

Au moment de cette main, 53 coups ont jusque là été joués, et les choses n'ont guère bougé par rapport au début de cette table finale.

Jorryt Van Hoof est toujours chip leader avec environ 45 millions de jetons (90 grosses blindes), tandis que William Tonking et Newhouse sont en milieu de peloton avec environ 23 millions.

Les blindes sont au niveau 250 000 / 300 000, avec un ante de 50 000.

Newhouse est au cut-off (une place avant le bouton) et détient    

Le chip leader Van Hoof relance à 1,1 million, et Newhouse paye. Andoni Larrabe se couche au bouton, mais Tonking sur-relance depuis la petite blinde, à 3,75 millions.

Le Néerlandais se couche rapidement, mais Newhouse suit. Il y a à présent 9,5 millions de jetons dans le pot, et les stacks effectifs des joueurs sont d'environ 19 millions.
Le flop est dévoilé :

     

Tonking poursuit son action avec une mise de continuation de 3,5 millions. Newhouse paye à nouveau, et le pot fait désormais 16,5 millions. Les stacks effectifs sont alors de 15 millions.

Sur la turn

  Tonking réfléchit un moment puis checke, pour voir Newhouse miser 4,5 millions. Tonking paye. Le pot fait maintenant 25,5 millions, tandis qu'il ne reste plus que 10 millions en tapis à chacun des joueurs.

La river est le

 

Tonking checke encore une fois, et Newhouse part à tapis avec ses 10 millions restants. Tonking réfléchit pendant plus d'une minute, puis finit par payer avdc    

Newhouse est donc le premier à quitter les débats, une nouvelle fois.

Mark Newhouse 2
Le sort de Newhouse était-il inévitable ?


Analyse

Voici une main qui démontre bien à quel point il est possible d'être éliminé brutalement éliminé d'un tournoi, en vous retrouvant embarqué dans une confrontation de deux gros jeux.

Mais Newhouse n'avait-il aucun autre sort possible avec sa paire inférieure ?

Pré-flop, il ne fait que payer la relance de Van Hoof avec ses dix. C'est un move qui a ses avantages et ses inconvénients.

D'un côté, cela évite de chasser le Néerlandais du coup, pouvant donc théoriquement se montrer plus rentable que le simple fait de ne gagner que la relance, les blindes et les antes.

D'un autre côté, c'est une invitation lancée aux blindes pour rejoindre le coup. Et surtout c'est une main qui plus souvent que l'inverse rencontrera au moins une carte supérieure au flop.

Lorsque Tonking sur-relance et que Van Hoof se couche, Newhouse paye à nouveau. A ce stade il devrait pourtant savoir qu'il y a des chances qu'il fasse face à une main forte.

Cela ne signifie pas forcément qu'il est battu cependant. L'éventail de Tonking est probablement JJ+, AK, et parfois un bluff. AQ n'aurait probablement que suivi.


Un bon flop pour les Dix

Tonking4
Le check de Tonking à la river ouvre de nouvelles possibilités.

Le flop J 4 2 est plutôt bon pour une paire de dix. Il y a bien sûr une "overcard" mais c'est un valet, qui ne se situe généralement pas dans l'une des mains de l'éventail de Tonking avec lequel il aurait sur-relancé. Pour faire simple le flop ne change absolument rien.

Tonking enchaîne ensuite logiquement avec son continuation bet. Newhouse peut ici se coucher, mais cela se montrerait trop faible étant donné que Tonking pourrait toujours avoir AK ou essayer de récupérer le pot avec un bluff.

La turn 4 est une "brique" totale, même si elle amène un tirage couleur. De manière intéressante, Tonking checke à présent, au lieu de miser encore avec sa paire supérieure.

Il pensait probablement qu'il ne pourrait ici obtenir plus de jetons de la part de mains plus mauvaises qu'en induisant un bluff. Un valet dans la main de son adversaire pourrait également tout à fait miser, et les seules mains qui le battent sont les paires d'as et de rois.

Nous entrons maintenant dans la phase critique de cette main. Newhouse mise 4,5 millions, ce qui équivaut aux 3/4 du pot. Cette mise force tous les bluffs et AK à se coucher. Ils n'auraient en effet pas les cotes pour un call.

A nouveau leur équité de pot est si basse et les dix si grands favoris, que Newhouse n'a pas vraiment besoin de protéger sa main.

Lorsque Tonking paye, Newhouse sait qu'il est battu. Il n'y a pas de main plus faible qui puisse ici payer à la turn.


Dernier retournement à la river

Nous ne pouvons qu'imaginer que Newhouse aurait abandonné ses cartes à la river, en conservant ses 10 millions pour tenter de se refaire un peu plus tard... si la river n'avait pas été le J.

Le check de Tonking à la river ouvre une nouvelle possibilité. En sachant que ses dix ne peuvent plus être bons, Newhouse peut maintenant transformer sa main en bluff, et pousser Tonking au casse-tête.

Si Tonking paye et a tort, il ne lui resterait plus que quelques jetons, et probablement pas assez pour pouvoir espérer revenir.

Newhousebust2
Nouvelle fin de parcours au goût amer.

En représentant le valet, Newhouse apporte un dernier rebondissement. Il est tout à fait possible qu'il possède ici une main comme AJ, KJ ou QJ.

Bien sûr le deuxième valet à la river rend un peu moins probable qu'il en détienne un troisième.

Au vu de la situation du tournoi, c'est en tous les cas une situation très difficile pour quelqu'un d'inexpérimenté (au moins dans des scénarios de tournois live avec beaucoup de pression) comme Tonking.

Quoi qu'il en soit, Tonking aura donc payé, assez rapidement, et éjecté Newhouse de la table.
Au vu de la cote du pot c'est la décision qu'il devait prendre. Il obtenait une cote de 3,5 contre 1, et un valet était fondamentalement la seule carte dont il pouvait avoir peur.

Cela aura donc été une fin de tournoi en queue de poisson et au goût amer pour Newhouse, et deux choses en auront été responsables :


  • Une mise discutable à la turn.
  • Un valet à la river qui aura amené de nouvelles possibilités.

 

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