Arrêtez de faire l’oiseau !

Pigeons poker
Rrrrrrrrooooouuuuuu ?

Vous voulez progresser de la manière la plus simple qui soit ? Ne soyez pas aussi bête qu'un pigeon, arrêtez les superstitions.

J’ai commencé à jouer au poker bien avant de devenir un chercheur en psychologie. La majorité de mes plus grands souvenirs à la table de poker sont ceux qui rassemblent mes deux univers.

J’apprécie tout particulièrement de voir des joueurs se montrer superstitieux.

Quand ils demandent à changer de table après un horrible bad beat. Quand ils suivent en début de parole avec Q 9 parce que c’est leur « main fétiche et porte-bonheur ». Quand ils marmonnent quelque chose qui ressemble étrangement à une prière à un moment crucial (je pense par exemple à Jerry Yang).

Il existe une expérience psychologique très connue qui en dit beaucoup sur tout cela. Elle a été menée avec des pigeons il y a quelques années par le psychologue comportementaliste B. F. Skinner.

Promis, on va parler de poker. Ne partez pas en courant.

Pigeons et relation de causalité

Skinner a réuni un groupe de pigeons et les a placés dans des petites boîtes, chacune équipée d’une lumière, d’un abreuvoir et de rien d’autre.

Les pigeons ne sont pas les oiseaux les plus intelligents, autant dire qu’ils sont difficiles à ennuyer. Skinner a passé des années entières à étudier comment nous (les pigeons, les rats, les humains) répondons au renforcement. Si un pigeon reçoit de la nourriture après avoir tapé du bec un disque lumineux, il apprend que c’est une bonne chose.

Mark Kroon
"C'est fou, chaque fois que je fais cette tête tout le monde se couche."

Jusque-là, pas de problème. Les pigeons sont capables d’identifier la relation de causalité entre ce qu’ils font et l’arrivée de nourriture. On peut d’ailleurs imaginer le pigeon discuter avec un de ses potes pigeons et dire « Je l’ai vraiment bien conditionné celui-là. À chaque fois que je touche ses clés, il me donne à manger. »

Du point de vue du pigeon, ça a l’air juste, mais Skinner ne serait peut-être pas d’accord. Lui, on l’imagine discuter avec un collège : « Je l’ai vraiment bien conditionné celui-là. À chaque fois qu’il touche ce disque, je lui donne à manger. »

Tout est une question d’interprétation. Du côté du pigeon, elle est claire. Il est persuadé d’être en charge, et tous les événements semblent lui donner raison.

Skinner, à l’inverse, est également persuadé qu’il est en charge et qu’il dirige tout.

Tous les deux ont une vision assez verrouillée de la réalité. Bon, en toute honnêteté je ne suis pas sûr que les pigeons puissent comprendre ce genre de concepts, mais peu importe.

Ce qui m’importe ici, c’est que chacune des parties a une vision qui est supportée par toutes les données disponibles. Vous savez (ou êtes persuadé) que le point de vue de Skinner est le bon, mais dans ce cas précis, cela n’a aucune importance.

Une affaire de programmation

Ces expériences ne sont que la base d’une expérience bien plus intéressante. Un jour, Skinner a décidé de programmer les distributeurs de nourriture pour qu’ils libèrent quelques graines de temps en temps peu importe ce que faisaient les pigeons.

pigeon poker

Plus besoin de toucher le disque ni quoi que ce soit. Ils auraient pu rester assis.

Skinner a mis les pigeons dans leurs boîtes et est rentré chez lui. Que pensez-vous qu’il ait vu en revenant au bureau ?

Si vous pensez que les pigeons étaient tranquillement assis en train d’attendre la nourriture, vous avez tort.

Dans l’une des boîtes, un pigeon levait une patte et se penchait légèrement. Dans une autre, il faisait le tour de la cage l’aile droite déployée. Dans la suivante, le pigeon hochait la tête. Et ainsi de suite.

Que se passait-il ? Revenons au point de vue du pigeon. Skinner ferme les cages et part. Les pigeons font leur petite vie de pigeons, déploient leurs ailes, secouent la tête, etc.

Quand soudain, de la nourriture arrive. « Hmmm », se dit le pigeon. « J’ai levé l’aile et de la nourriture est arrivée. Je vais réessayer. » Et effectivement, de la nourriture continue d’arriver.

Dans la boîte suivante, la nourriture est arrivée pendant que le pigeon hochait la tête.

Alors la prochaine fois que vous avez envie de demander à changer de place parce que vous pensez que c’est pour ça que vos cartes ne sont pas bonnes, ou à changer de table parce que vous avez eu quelques bad beats, que vous remplacez la prise de décision par des prières, ou que vous voulez jouer une main médiocre parce que vous pensez qu'elle vous fait gagner, prenez cinq minutes et pensez aux expériences de Skinner. Arrêtez de faire l’oiseau.


Biographie de l’auteur :

Arthur Reber joue au poker depuis quarante ans. Il est l’auteur de The New Gambler’s Bible et le co-auteur de Gambling for Dummies. Il était encore récemment professeur de psychologie au Graduate Center de l’Université de New York.

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