Astuces de pros : Jonathan Little vous facilite les maths

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Nul besoin de tout résoudre avec l'aide des mathématiques.

Faut-il apprendre les mathématiques pour être bon au poker ? Oui. Mais cela n'est pas aussi complexe que vous pouvez le penser.

A l’école, je n’aimais pas beaucoup les maths. Elles me faisaient peur.

J’ai toujours eu beaucoup de mal, même avec les notions les plus simples, et avec le temps les calculatrices et autres feuillets Excel m’ont permis de renoncer totalement à exploiter mes “capacités” mathématiques.

Et puis j’ai découvert le poker. Pourquoi, oui pourquoi ne m’avaient-ils pas enseigné le poker en cours de maths ?

J’aurais peut-être été un peu plus concentré et appliqué si ça avait été le cas, au lieu d’essayer de loucher sur la poitrine de Beverley McAllister.

Quoi qu’il en soit, je le regrette amèrement aujourd’hui. Avec le poker, j’utilise les maths quotidiennement, et malheureusement pour moi, je peux difficilement sortir ma calculatrice en pleine partie.

Je crois pouvoir dire en toute honnêteté que depuis 5 ans je joue au poker (en réussissant à rester dans le vert) sans jamais avoir fait d'additions dans ma tête ou les utiliser pour prendre une décision.

Ce n’est pas “juste” une faiblesse. C’est le genre de problème qui permet aux sharks de me repérer et de me saigner complètement. Je le sais pertinemment. Et pourtant je n’arrive pas à passer outre ma peur des mathématiques.

Désespéré, je suis allé voir Jonathan Little, double-vainqueur sur le World Poker Tour (WPT) et producteur frénétique de livres de poker.

Impossible d’être aussi bon sans comprendre les maths, non ? J’espérais qu’il puisse m’aider à surpasser ma peur.

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Comprendre les cotes du pot est obligatoire.


Est-ce que je dois apprendre les maths ?

Au poker, il y a différents types de mathématiques.

Au niveau le plus basique, il s’agit de calculer les probabilités du pot et de répondre aux questions comme “quelles sont mes chances de remporter cette mains selon les outs ?”. C’est important.

Difficile d’y échapper, tant ces chiffres font partie des connaissances essentielles à avoir pour jouer.

Il a des joueurs, surtout chez les “anciens”, qui chercheront toujours à vous faire croire qu’on décide avec ses tripes et que tout se joue à l’intuition.

C’est un très mauvais conseil. Comment se fier “à ses tripes” quand tu dois savoir exactement quelles sont tes chances de toucher ton tirage de quinte ventral. C’est purement mathématique.

C’est aussi un problème qu’on retrouve chez les amateurs. Ils tirent une carte, cherchent le tirage ventral, le touchent. Il essayent encore, et le touchent.

D’un seul coup, ils commencent à se dire que c’est un bon tirage et ils suivront toujours, quelles que soient les probabilités.

A l’inverse, certains joueurs ratent plusieurs fois des quintes au début de leur carrière et finissent par ne plus jamais suivre, même lorsque les probabilités sont de leur côté, parce qu’ils sont convaincus que c’est un tirage impossible.

Une fois, j’ai lu un livre de mathématiques de Bill Chen. J’essayais de progresser et de vaincre ma peur. A la fin du livre, j’avais l’impression d’être encore plus mal barré. Est-ce qu’on peut simplifier les maths ?

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Si vous voulez des maths plus complexes, tournez-vous vers Bill Chen.

Mathematics of Poker de Bill Chen n’est pas un livre pour ceux qui veulent comprendre les mathématiques basiques du poker. Le livre se penche sur des concepts très complexes.

Ce qu’il faut savoir, c’est de connaître la fréquence à laquelle un certain tirage sortira selon votre nombre d’outs.

Ca, ce sont les mathématiques plus ou moins obligatoires au poker. Sur Google, vous pouvez trouver des tableaux qui résument tout ça et que vous pouvez tenter de mémoriser, comme pour les tableaux de classement des mains.

Il est également impératif de comprendre la cote du pot. Si vous commettez des erreurs de calcul ou si vous ne la prenez pas en compte, ça ne peut que mal finir.

Assez souvent au No-Limit Hold'em, les bons tirages (comme les tirages quinte ouverts ou les couleurs) sont toujours bons à suivre jusqu’au flop, voire à la river, surtout compte tenu de la cote implicite.

Vous devez absolument savoir à quelle fréquence vous allez toucher cette main et pouvoir comparer cela à la cote du pot. Mathématiquement, c’est assez simple.

Si vous voulez vraiment devenir bon au poker, c’est quelque chose que vous devez maîtriser. C’est fondamental, on ne peut pas y échapper.

Y a-t-il d’autres moyens d’apprendre tout cela ?

Un bon moyen pour ça est de se munir d’un jeu de cartes et de s’amuser avec. Faites quelques simulations.

Prenez quelques jetons, jouez les mains et constatez à quelle fréquence tel ou tel tirage sort (ou pas). Le fait de visualiser concrètement les choses, au lieu de rester dans la théorie, peut sûrement vous aider.

Nous avons tous des manières différentes d’apprendre. Certaines personnes sont visuelles, d’autres apprennent en lisant et d’autres ont besoin de faire les choses.

Si vous êtes un joueur de poker assez bon et que vous vous en sortez, vous avez sûrement intégré la plupart de ces notions en jouant. Je suis sûr que dans 80% des cas, vous savez quoi faire sans même avoir à y réfléchir.

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Impossible d'échapper à certains calculs, mais ceux-ci restent simples.

Et puis si vos adversaires ne sont pas très bons, vous n’avez pas non plus besoin d’être très bon. N’importe qui peut gagner du moment qu’il est meilleur que ses adversaires.

Si vos adversaires ne connaissent rien à tout cela, alors peu importe que vous ne le maîtrisiez pas non plus. Ce qu’il faut savoir, c’est que c’est nécessaire si vous voulez devenir bon.

C’est une base obligatoire. Si vous voulez faire un marathon, il va falloir apprendre à marcher.

Récemment, j’ai appris que les meilleurs joueurs de Scrabble du monde apprennent des milliers de mots par coeur sans même se soucier de leur sens. Est-ce qu’on peut imaginer quelque chose de similaire pour ces tableaux dont tu parles ?

De la même manière qu’on ne peut pas écrire sans connaître les lettres, encore une fois on ne peut pas jouer au poker sans comprendre la cote du pot.

Il faut aussi maîtriser certaines notions mathématiques pour comprendre l’ICM, la gestion de bankroll et l’équilibrage de l'éventail.

Je connais les principes de base et je sais utiliser une calculatrice. Sur Internet, vous pouvez facilement trouver des outils de calcul de l’équité.

Ils sont particulièrement faciles à utiliser en heads-up et un peu plus compliqués lorsqu’il y a plus de joueurs.

J’ai appris à jouer au poker il y a très longtemps et j’ai appris à très bien gérer les ranges (éventails, ou gammes NLDR) parce que j’allais constamment au tapis en Sit-and-Go où les stacks sont très limités.

Il fallait absolument que je sache à quelle fréquence j’allais pouvoir réussir en allant all-in selon les mains. Je passais six heures par jour, tous les jours, à apprendre l’équité et l’ICM.

A force d’en faire, je me suis amélioré. C’est aussi un moyen d’apprendre, ça finit forcément par rentrer.

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Une fois que vous savez qu'un tirage couleur gagnera 20% du temps, il n'y a plus rien de sorcier.

Une fois que tu sais qu’un tirage couleur fonctionnera 20% du temps, il n’y a plus de sommes à faire. Vous avez déjà toutes les informations dont vous avez besoin.

Donc plutôt que de calculer à chaque fois les outs, les joueurs peuvent se contenter d’apprendre les décisions appropriées à un certain type de mains ?

Si vous mémorisez les outs les plus courants, comme savoir qu’il y a six outs quand vous avez une overcard, ou huit avec la plupart des tirages de suites, neuf avec les couleurs, et encore plus lorsqu’on les combine, oui.

Si vous apprenez tous ces chiffres, tout ira bien. Et puis il y a quelques autres astuces que vous pourrez trouver sur Internet.

Je n’ai plus besoin de regarder tout ça parce que j’ai tout mémorisé avec le temps. Je n’y pense même plus. Je regarde la table et je sais ce que j’ai à faire.

J’apprends tout ça depuis que j’ai commencé le poker. J’ai lu entre 20 et 30 livres de poker avant même de miser le moindre dollar.

Quand j’ai commencé à jouer, je n’avais pas d’argent. Et quand j’ai transféré mes premiers 50$ sur mon compte, c’était une somme importante pour moi, il était hors de question que j’en fasse n’importe quoi.

J’essaye toujours d’en apprendre le plus possible sur un jeu avant de prendre le moindre risque.

Est-ce important pour les joueurs qui ne sont pas bons en maths d’essayer de progresser en dehors du poker ?

Pour devenir bon, quel que soit le domaine, il faut étudier.

Personne n’irait s’improviser chirurgien, pourquoi cela serait-il différent avec le poker ?

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Une fois les tableaux de base mémorisés, vous êtes bon !

Vous devez apprendre à savoir si vous prenez les bonnes décisions, et les maths peuvent vous y aider. Je ne peux pas dire que je me suis consacré directement aux maths.

Je faisais des expériences avec ma calculatrice en essayant de déterminer quelles décisions permettent d’améliorer ou de diminuer les résultats. Il faut aussi penser à analyser régulièrement son jeu.

Posez-vous les bonnes questions : qu’est-ce que j’aurais pu faire pour améliorer ma situation ou rendre les choses plus difficiles à mon adversaire ? Le fait de répondre à cette question vous permettra d’améliorer considérablement votre jeu.

La plupart de ces concepts mathématiques peuvent être assimilés en mémorisant des tableaux. On est tous passés par là lorsqu’on a dû apprendre le classement des mains. C’est pareil pour la cote ou l’équité.

Une fois les tableaux mémorisés, c’est bon ! Pas besoin de vouloir tout résoudre.

Les choses sont plus compliquées quand vous avez plus d’argent ou que vous jouez contre plusieurs adversaires, mais cela ne concerne pas les débutants.

Les gens ont tendance à beaucoup jouer sans étudier suffisamment. C’est un problème très répandu dans le poker et ce n’est pas qu’une question de mathématiques.