Barry Greenstein : de « Robin des bois du poker » à roi de l’argent fictif

Barry Greenstein

Lorsqu’ils se lancent dans le poker en ligne, la plupart des joueurs commencent par des tables qui se jouent sans argent réel avant de se jeter dans le grand bain.

La légende du poker Barry Greenstein, qui a un jour joué un coup à 1 million de dollars sur un coup de dé lors de l'émission High Stakes Poker, fait plutôt le chemin inverse.

Toujours dans l’impossibilité de jouer au poker en ligne légalement en Californie, Greenstein est passé au poker sans argent réel pour remplir ses obligations contractuelles vis-à-vis de PokerStars.

C’est comme ça qu’il est devenu l’un des plus grands gagnants de l’histoire des tournois à haut buy-in... en argent fictif.

Comment l’ancien « Robin des bois du poker » a-t-il géré la transition ? Nous l’avons retrouvé tout récemment à l'occasion du PCA 2016 pour en parler.

Barry, comment se fait-il qu’on te retrouve aujourd'hui dans un tournoi high roller avec de l’argent en jeu ?

Je ne sais pas si je dois te dire la vérité, mais je vais probablement le faire quand même parce que je ne peux pas m’en empêcher. Comme tu le sais, je ne peux pas jouer en argent réel sur Internet parce que j’habite aux États-Unis.

Barry Greenstein
Pas tout à fait pour l'amour du jeu.

Du coup PokerStars m’a demandé de jouer au moins un peu sans argent, même si ce n’est que 3 à 5 heures par semaine. Honnêtement, c’est assez surprenant de voir à quel point certains joueurs prennent ces parties au sérieux. Ils ne sont peut-être pas aussi bons que ceux qui jouent en argent réel, mais ils sont bons quand même.

Là où c’est vraiment différent, c’est que tu peux souvent checker à la river avec le meilleur jeu, car les joueurs ont tendance à trop essayer de bluffer. C’est un peu ce qu’on retrouve dans les parties à bas enjeux.

Donc je me suis lancé là-dedans et je me suis retrouvé à participer à un tournoi à 1 million, ce qui correspond environ à 5 $ si tu voulais acheter une telle "somme" en jetons factices.

J’ai aussi commencé à participer au Sunday Billion, qui est l’équivalent "pour de faux" du Sunday Million, sauf qu’il y a entre 800 et 900 joueurs. Et puis paf, j’ai gagné une fois, puis une deuxième deux ou trois semaines plus tard.

J’ai vu passer un article qui disait à quel point ils étaient impressionnés que je prenne ça au sérieux. La vérité, c’est que je ne voulais pas faire des cash games, donc j’ai bien dû trouver de quoi remplir les 3 à 5 heures que veut PokerStars.

Je voulais juste tenir assez longtemps. Rien d’altruiste ni de particulièrement dévoué. Juste de la paresse, au fond.

Mais quand tu participes à un tournoi, au bout d’un moment tu veux forcément aller au bout. C’est comme ça que je me suis retrouvé avec deux victoires et deux deuxièmes places.

Si ça m’était arrivé au Sunday Million, ça ferait sûrement de moi l’un des meilleurs joueurs online de l’histoire.

Et comme j’ai l’esprit de compétition, je ne suis toujours pas remis de ces deuxièmes places.

Chris Moneymaker
Un autre célèbre adepte du jeu en "play money".

Ensuite, j’ai participé à un tournoi à 1 milliard et je me suis retrouvé face à Chris Moneymaker en finale.

Il jouait mieux que moi mais j’ai gagné sur un coup de pure chance.

J’ai eu de la chance, mais ça prouve bien que c’est essentiel d’avoir la meilleure main au poker, surtout quand c’est la dernière.

C’est intéressant qu’on retrouve Moneymaker dans ces tournois aussi.

J’imagine qu’il fait ça pour les mêmes raisons que moi.

Il faudrait que j’aille au Mexique ou au Canada pour pouvoir jouer en argent réel sur Internet, alors qu’en live e peux jouer dans mon club à Los Angeles.

Mais je n’ai jamais été extrêmement bon sur Internet, donc ça ne me pousse pas à partir.

C’est différent pour beaucoup de jeunes joueurs, parce que c’est comme ça qu’ils gagnent leur vie. Mais moi je suis bien meilleur en live que sur Internet.

Est-ce que cette expérience t’a fait changer d’avis sur le poker en argent virtuel ?

Je ne crois pas. Ce qui est sympa, c’est que les joueurs sont aussi passionnés que ceux qui jouent en argent réel. Mais si le Sunday Million revient un jour aux États-Unis, je n’hésiterai pas une seconde.

Barry Greenstein
"Je suis bien meilleur en live que sur Internet."

Sinon, on observe la même chose qu’en argent réel : plus les mises augmentent, meilleurs sont les joueurs.

La plus grande différence, c’est qu’ici les joueurs sont beaucoup plus chaleureux.
Il y a quelques moqueries ou commentaires, mais globalement ils sont assez sympas les uns avec les autres et ils sont là pour s’amuser.

Ont-ils un meilleur niveau que ce à quoi tu t’attendais ?

Oui. Le bon côté, c’est que ça me permet de continuer à garder le rythme.

Je ne joue jamais au No-Limit en live dans les casinos où je vais, donc ces gros tournois sur Internet chaque semaine me permettent de rester "en forme".
Ça ne peut que m’être utile.

Avec le recul, le No-Limit Hold’em aurait vraiment dû être mon point fort.
Mais pendant longtemps le Main Event des WSOP était le seul tournoi de NLHE auquel je participais. Je manquais d’entraînement, c’est flagrant.

Puis j’ai commencé à jouer sur le WPT et quelques tournois au Bellagio, juste pour m’entraîner. Et maintenant j’ai ces tournois sur Internet.