Ben Wilinofsky : « Les millions ne guérissent pas la dépression »

Ben Wilinofsky
"Le poker était la solution facile au mauvais problème."

Fin 2015, Ben Wilinofsky annonçait sa retraite du poker, malgré une belle et longue carrière. Dans une interview avec PokerListings, il évoque les raisons qui l’ont poussé à prendre cette décision et les défis auxquels il a fait face pendant sa carrière.

Dans le monde du poker, Wilinofsky est connu sous le pseudo NeverScaredB, choisi lorsqu’il s’est lancé dans le poker.

Une réputation (« jamais peur ») que ses performances en ligne ont confirmé. Mais tout n’était pas si facile pour Wilinofsky.

Car quel que soit le succès rencontré, ce n’était jamais assez pour lui.

C’est pourquoi il a finalement abandonné une carrière qui lui offrait beaucoup d’argent et de liberté pour être enfin heureux.

Retrouvez l’interview complète en vidéo et une transcription ci-dessous.

Est-ce que ton choix de pseudo correspondait à ton état d’esprit à l’époque ? De l’extérieur, tu semblais en effet n’avoir peur de rien.

Je voulais donner cette image de moi et me sentir comme cela.

Aujourd’hui encore, j’aimerais ne pas être anxieux et rongé par mes doutes et mes peurs.

C’est peut-être un peu freudien. Je n’en sais rien.

Tu as réussi de grandes choses dans le poker et vécu le rêve de beaucoup de gens. Comment te sentais-tu ?

Quand ce que tu fais dans le poker t’envoie le signal que « oui, tu es bon. Tu gagnes, les gens reconnaissent ce que tu fais. Tu as des fans, des gens qui pensent que tu es bon et les chiffres disent que tu réussis. », c’est apaisant. Ça permet d’atténuer la douleur un moment, mais ça ne soigne rien du tout.

Ben Wilinofsky EPT Berlin
Vainqueur de l'EPT Berlin en 2011.

D’accord. Au fur et à mesure que ta carrière avançait, est-ce que ce décalage entre ta vie et ce que tu ressentais s’est accentué ?

Oui. Ma première victoire, c’était incroyable. J’étais au septième ciel pendant deux ou trois jours, et puis ça s’est évaporé.

Je suis vite revenu à mon était normal, qui n’était pas très bon. Mon état normal n’est pas heureux.

Donc j’ai essayé de retrouver cette sensation. L’année suivante, je fais une table finale à l’EPT Vienne. Je termine troisième, et là je ne ressens rien. Je me sens vide, sans aucune émotion.

C’est là que je me suis rendu compte que je ne m’y prenais pas comme il faut.

Est-ce que ta famille et tes proches étaient ou courant ? Ou est-ce que tu prétendais que ça allait en essayant de tout résoudre toi-même ?

Je n’essayais rien du tout. Je ne suis même pas sûr que je l’admettais à moi-même.

Par moment, j’en étais conscient. Le terme « dépression » flottait dans ma tête, et par moment je me disais « Je suis déprimé ».

Mais c’était toujours pour décrire un sentiment temporaire. Je pensais qu’il fallait que je fasse quelque chose pour changer ça.

Comme gagner plus d’argent.

Ben Wilinofsky
"Peu importe combien tu gagnes, ça ne suffit jamais."

Comme gagner plus d’argent ou coucher avec plus de filles, ou je ne sais quoi d’autre.

Comme si réussir quelque chose pouvait résoudre ma dépression et corriger mon estime de moi.

Mais peu importe combien tu gagnes, ça ne suffit jamais.

Arriver à s’ouvrir et à en parler à quelqu’un honnêtement, c’est vraiment libérateur. Tu te débarrasses de cette carapace.

Tu enlèves ton masque, tu arrêtes de faire croire que tout va bien et que tu maîtrises.

Mais maintenant que j’ai accepté et identifié le problème, que faire ?

Ça ne se résout pas comme par magie.

Voilà. Alors tu essayes quelque chose. Une thérapie, des médicaments, du sport, du yoga, de la méditation... Tu essayes, tu essayes, tu essayes encore. J’ai essayé tellement de choses.

Quant au poker, ce n’est pas le problème, mais ce n’est pas non plus la solution.

Mes réserves d’énergie sont vraiment limitées. Les mauvais jours, j’arrive à peine à tenir six heures hors de mon lit. Et ces six heures sont précieuses, je ne peux pas me permettre de les passer à ne pas chercher la solution.

Le poker, c’est une solution facile à un faux problème. Je refuse de continuer à faire ça. Il fallait donc que j’arrête, c’est aussi simple que ça.

Il faut que je creuse autre chose, jusqu’à ce que je me retrouve face à un mur. Et là soit je me rendrai compte que ce n’est pas non plus la solution, soit je passerai de l’autre côté du mur.

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