Les Avantages de la Confiance

phil hellmuth phil ivey 2

Quand j'ai commencé à jouer au poker, la question de la confiance ne m'a jamais traversé l'esprit, ni d'ailleurs celui de quelqu'un d'autre.

On jouait simplement pour jouer. Si on était bien dans la tête, tant mieux, sinon tant pis.

Mais "bien" ne tenait que pour notre feeling et de comment l'on se sentait personnellement. La notion que cela puisse avoir un impact sur le reste ne rentrait pas en ligne de compte.

Au fil du temps, et au fur et à mesure que le poker devenait le passe-temps national, certains ont commencé à jeter un oeil plus proche à ça, à l'humeur et aux ressentis personnels, et sur le fait de savoir s'ils allaient avoir un effet direct sur son jeu et par extension sur sa bankroll.

Au début je n'ai pas vu tant d'experts écrire sur le sujet, sur l'humeur et son influence, mais plus des commentaires, parfois en "off", parfois plus explicites.

Généralement ces commentaires venaient des joueurs majeurs, des pros, qui voyaient ensuite ces impressions reprises telles que "J'ai travaillé dur à être plus confiant en mon jeu quand je prenais place à la table."
Ou "J'ai senti que j'allais faire quelque chose dans ce tournoi. Je jouais bien ces derniers temps, et ma confiance était forte."
Ou encore "Plus je suis confiant, plus il me semble bien faire."

Je trouvais ces remarques intrigantes mais intéressantes. Le joueur en moi était sceptique. Le jeu a un facteur chance significatif, et aussi fort que vous soyez ou que vous pensez l'être, vous pouvez toujours finir par vous faire botter vos petites fesses très confiantes sur une river improbable.

Le psychologue en moi a eu une réaction encore plus forte. Je doutais qu'être en confiance (ou non) pouvait avoir un réel impact sur à quel point un joueur pouvait bien jouer.

Le poker est un jeu de décisions, un jeu d'analyse de circonstances basé sur des informations partielles. Comment des sentiments d'assurance peuvent faire quelconque différence à ce que vous pensez de ces choses et des décisions que vous en faites en connaissance de cause ?

Le Jeu de la Confiance

ilari sahamies 28734
Est-ce qu'être arrogant et confiant sont la même chose ?

En continuant de jouer et d'apprendre sur le jeu, j'ai commencé à avoir un ressenti grandissant, sur le fait que cette histoire de confiance pouvait être vraie. Ces pros ne semblaient pas juste brasser de l'air. Ils parlaient sérieusement, de cette importance des émotions et du statut de motivation de l'individu.

Mais cela n'en avait cependant toujours pas plus de sens.
Imaginer que la confiance puisse agir dans un jeu d'adresse ou de compétences, oui. Il semble évident que si vous vous sentez mal et doutez de vos capacités, vous allez avoir plus de mal à cadrer une frappe au football ou dribbler jusqu'au panier en basket.
Mais faire un call difficile ? Faire un gros lay-down ? Bluffer ? Ca ne me semblait toujours pas mieux censé.

Je ne sais pas si vous avez déjà réfléchi à propos de ça, mais ce sont les circonstances qui restent sur le coeur des scientifiques.
Nous voyons des schémas dans les données, certains qui semblent avoir du sens, d'autres non.

Une certaine partie du temps, l'évidence semble très forte, mais on se retrouve quand même à être sceptique. Et à d'autres moments l'évidence est faible et pourtant on s'enthousiasme énormément.

En tant que scientifique, je peux vous dire que souvent, la manière dont nous nous sentons dans ces situations, va dépendre de si nous avons un "processus théorique" qui nous permette de comprendre pourquoi quelque chose est réel.

Je vais essayer de ne pas me montrer trop bancal avec vous, mais voici un exemple pour illustrer mon propos.
Depuis longtemps, nous avons l'évidence que l'entraînement physique aide les fonctions cognitives en vieillissant.
Mais qu'importe si les données sont convaincantes, de nombreux scientifiques était sceptiques juste parce qu'il n'y avait aucun mécanisme évident ou processus qui puisse expliquer cet effet. Pourquoi faire quelque chose à vos bras et jambes aurait un impact sur le cerveau ?

liv boeree 23635
Il est bon d'être à l'aise.

Récemment, il a été découvert que l'exercice boostait l'efficacité du métabolisme du glucose, particulièrement dans les zones du cerveau critiques pour la mémoire. Le glucose (sucre) alimente le cerveau, et lorsque nous le métabolisons plus efficacement, notre cerveau fonctionne mieux. Logique.
Voilà. Nous avons donc notre mécanisme explicatif.

Y a t-il des mécanismes qui relient sentiment d'assurance et succès au poker ? Des mécanismes avec une puissance "explicative" ?

Autant que je sache, personne n'a spécifiquement étudié la question, mais j'ai deux candidats potentiels : l'agression et la confiance.

Agression : rarement mauvaise

De hauts degrés de confiance augmentent l'agressivité, ce pourquoi être confiant marche dans des sports physiques tels que le rugby ou la boxe.

Mike Caro est connu pour ses nombreuses perspectives sur le poker, et celle qui sonne vraie ici est "L'agression est rarement mauvaise au poker, et quand elle l'est, elle ne l'est pas de tant."

Une légère hausse du niveau de jeu agressif est l'une des raisons probables pour lesquelles la confiance donne de la force aux joueurs

Confiance : Réfléchir longtemps, mal réfléchir

Quand vous vous sentez plein d'assurance, vous avez tendance à avoir confiance en vos décisions.

Et vous ne prenez sans doute jamais d'aussi bonnes décisions que lorsque vous semblez un peu déprimé, mais que vous ne doutez pas de vous, moins enclin à vous engager dans une sorte de "double pensée" destructrice. Vous analyser une situation et vous agissez, en confiance.

Lorsque vous êtes dans l'une de ces périodes de doute, vous n'avez pas vraiment confiance en vous. Vous vous sentez confus et désorienté, et commencez à vous poser des questions.

john phan 18056
Mauvais de longtemps réfléchir ?

"Réfléchir longtemps, mal réfléchir" est un vieux cliché du poker. Mais lorsqu'il se vérifie, il le fait totalement dans ce sens.

L'oeuf ou la Poule ?

Je pense que ces deux "mécanismes explicatifs" font un certain sens, mais je reste toujours sceptique. Il y a une autre bricole ici.

Quand vous marchez bien, votre niveau de confiance augmente. Vous semblez mieux jouer, et obtenez de meilleurs résultats.

Est-ce parce que vous êtes confiant et que vous prenez de meilleures décisions, ou s'agit-il simplement de l'un de ces swings aléatoires, une de ces périodes où vous obtenez un peu plus que votre part de bonnes cartes, et où vos adversaires ne vous donnent pas de mauvais coups à la fréquence habituelle, ou encore une période où vous avez eu le jeu max plusieurs fois tandis que vos adversaires avaient le deuxième jeu max, et peut-être que tout ça vous rend tout simplement confiant, vraiment confiant ?

Vous connaissez bien cette maxime, cette question de l'oeuf ou la poule, de celui qui est arrivé en premier...

Au fait, il y a deux messages à retenir de tout ça ici.
L'évident : travaillez pour développer une confiance dans votre jeu.
Le second : pratiquez, entraînez-vous. Le poker est un jeu passif physiquement, et peu de joueurs y sont pourtant assez entraînés.


Bio de l'auteur :

Arthur Reber est un joueur de poker et un sérieux parieur à handicaps sur les courses de chevaux depuis quarante ans. Il est l'auteur de La Nouvelle Bible du Joueur et co-auteur du Jeu pour les Nuls. Ancien chroniqueur régulier pour Poker Pro Magazine et Fun 'N' Games, il a aussi contribué à Card Player (avec Lou Krieger) Poker Digest, Casino Player, Strictly Slots et Titan Poker. Il a présenté l'ébauche un nouveau cadre pour l'évaluation des questions éthiques et morales liées au jeu à l'invitation de la Conférence Internationale du Jeu et de la Prise de Risque.

Reber a été professeur de psychologie au Graduate Center, dans la Cité Universitaire de New York. A noter parmi ses visites de chaires variées, celle de la communauté Fulbright à l'Université d'Innsbruck, en Autriche. Désormais retraité, Reber est aujourd'hui un érudit itinérant de l'Université de Colombie Britannique de Vancouver, au Canada.


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