Jusqu'où peuvent aller les paris entre joueurs (prop bets) ?

Esfandiari tente de gagner son défi au PCA 2016.
Antonio Esfandiari tentant de gagner son pari au PCA 2016.

La polémique créée par Antonio Esfandiari au récent PCA a relancé le débat. Jusqu'où les choses peuvent aller en matière de défis que se lancent les joueurs pour de l'argent ?

Pour ceux qui auraient manqué l'épisode, Esfandiari avait accepté le défi de devoir marcher à genoux pendant 48h. Mais ses jambes auront fini par lui faire tellement mal, qu'il aura décidé de se soulager sans aller aux toilettes en urinant dans une bouteille, à la table de poker.

Devant le tollé provoqué pour ce comportement, le facétieux joueur américain se sera excusé, avant de donner l'argent gagné pour son pari réussi (50 000$) à deux œuvres caritatives (REG, et One Drop).

Pour mieux comprendre le phénomène, PokerListings avait rencontré Bill Perkins l'an dernier, un joueur pour qui les tournois de poker ont tendance à être plus chers que pour les autres. Car c'est l'un des plus grands adeptes de ces "prop bets" (ou proposition bets).

Outre le prix des tournois Super High Roller, Perkins perd en effet régulièrement des milliers de dollars dans des paris en parallèle.

Il y a quelque temps, Perkins a perdu 10 000 $ lorsqu’il avait parié avec Mike McDonald que celui-ci ne réussirait pas à faire 300 squats le temps d’un niveau de jeu.

Bill Perkins
Bill Perkins, un habitué des gros paris.

McDonald a remporté ce pari, mais perdu le suivant : 350 pompes en un niveau. Mais comme il avait tout de même passé les 300, Perkins a fait don d’une partie du prix à une association caritative.

De quoi tempérer certains jugements : ces paris apportent parfois du positif à la société.

Parier contre la motivation = EV négative

« La plupart des paris que je prends sont motivants, » nous disait Perkins. « Par exemple, si un de mes amis est en surpoids, je lui lancerai un pari pour qu’il change.

Ce n’est pas le cas de tous les paris, mais beaucoup ont pour objet de faire du bon.

Lorsque tu paries contre la capacité de quelqu’un à faire quelque chose, tu as beaucoup de chances de perdre. L’être humain est une créature fantastique, qui peut très facilement s’adapter et qui, si elle le décide, peut accomplir à peu près n’importe quoi. »

Ces paris combinent deux des passions de Perkins : le jeu (l’activité "détente" des traders dont il fait partie), et aider ses pairs.

Dans l’un de ses paris, Perkins a lancé le défi à quelqu’un de ne voyager qu’avec des bagages à main pendant 16 mois, parce que cette personne voyageait beaucoup trop chargée.

Perkins a (encore une fois) perdu son pari, mais son ami a appris à vivre plus simplement et à s’attacher à l’essentiel.

Juste pour s’amuser

Perkins est surtout connu pour avoir parié avec Jeff Gross 550 000 $ pour qu’il se tatoue un arc-en-ciel sur le dos.

Tatouage d'un arc-en-ciel sur la nuque
Le tatouage de Jeff Gross.

Mais c’est loin d’être le préféré de Perkins :

« J’en ai fait tellement que j’aurais du mal à choisir mon préféré. Et si je le choisissais, vous ne pourriez probablement pas le publier. »

Pensif, il sourit en se remémorant la fois où il a parié à Antonio Esfandiari que celui-ci serait abstinent pendant un an pour 250 000 $. Le Magicien en a-t-il été capable ?

« Bien sûr que non ! Il était sur le point de se marier, c’était évident. Il attend même un enfant. »

Difficile d’argumenter qu’on a été abstinent lorsqu’on attend un bébé, en effet.

De temps en temps, Perkins apprécie aussi d’être le challenger.

« Une fois, je suis descendu à 7,7 % de taux de graisse. J’ai pris presque 3 kilos de muscles et perdu du gras. Et c’était naturel, je n’avais pas le droit aux stéroïdes ou autres. »

Perkins avait atteint son objectif en deux mois.

« Avec la motivation, presque rien n’est impossible. »

C’est d'ailleurs la motivation et la positivité qui lui ont permis de rencontrer le succès en tant que trader.

« Certaines personnes gèrent mieux le risque que d’autres. Certaines études ont montré que pour chaque chose négative qui arrive, une personne a en moyenne besoin de 5 à 7 choses positives pour contrebalancer.

Bill Perkins, joueur de poker et trader
« Avec la motivation, presque rien n’est impossible. »

Un trader peut gagner 5,5 ou 6 jours sur 10. Un ratio de 5 ou 7 contre 1 en trading, c’est impossible. »

La gratitude, c’est la clé

Pour Perkins, c’est la gratitude qui fait tout.

« La gratitude aide à prendre du recul. Parfois, des gens en pleine galère arrivent à ressentir de la gratitude pour quelque chose, et cela change entièrement leur vision du monde. »

Perkins est un expert et peut instantanément faire une liste de choses pour lesquels il ressent de la gratitude.

« J’ai deux filles, que j’aime énormément. Je suis aussi né à la bonne époque, après le mouvement des droits civiques. Une époque relativement calme et positive économiquement, ce qui m’a permis de gagner beaucoup d’argent.

Mes deux parents étaient allés à l’université, j’étais aussi privilégié que possible. J’ai aussi la chance d’être en bonne santé. J’en suis très heureux.

Je pourrais continuer pendant longtemps. Je suis aussi très content de pouvoir prendre le temps de déconnecter et de savourer le moment présent. »


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