Chance ou compétence ? Dans le doute conjurez le sort !

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La question est toujours la même : quelle est l'importance de la chance au poker ?

Bien qu'ils soient conscients de leurs propres capacités (sinon ils feraient un autre travail), de nombreux professionnels préfèrent s'entourer de quelques porte-bonheur ou suivre un petit rituel avant les parties importantes.

Vous connaissez sans doute le jeton protège-cartes de Doyle Brunson « Texas Dolly » appelé Casper et sur lequel figure le logo des Ghostbusters. Sur le site Predictem.com, on apprend que Casper a été loué à d'autres joueurs pendant les World Series of Poker 2005 pour la modique somme de 200 dollars toutes les demi-heures (un fonctionnement qui rappelle... la location de vélos ou de pédalos au bord de la mer).

Ce porte-bonheur a ensuite été acheté par le professionnel Howard Lederer pour 3500 dollars, à condition que l’octogénaire Brunson puisse l'utiliser jusqu'à sa mort.

Le choix de la « place »

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Mike Caro

En matière de gestes superstitieux ou propitiatoires, dans un article pour la revue Bluff le théoricien du poker Mike Caro examine le mythe de la « place », c'est-à-dire le siège que vous choisissez à la table de jeu.

« J'ai vu trois personnes mourir en jouant au poker. Un homme était assis à ma gauche et un autre à ma droite. Le troisième se trouvait à la table adjacente. Tous trois sont morts dans la salle de jeux de Gardena, en Californie, dans les années 1970. Trois attaques cardiaques. Trois chaises temporairement vides.

Dans tous les cas, le jeu a continué après quelques minutes d'interruption. A cette époque, il n'y avait pas de dealers professionnels. Les joueurs de la table ont distribué les cartes à tour de rôle. Par bonnes manières, je suppose, aucune carte n'a été donnée aux concurrents moribonds au moment où le personnel du casino et les médecins tentaient vainement de les ranimer. En ce qui me concerne, je ne pouvais pas continuer comme s'il ne s'était rien passé. J'ai pris mes jetons et j'ai quitté la table. »

La chaise malchanceuse

L'auteur continue : « Pourquoi en suis-je venu à parler de cela ? Je crois que c'est pour partager un point de vue. Il est facile de dire que le destin a été cruel avec vous et que vous vous trouviez dans un endroit qui porte la poisse. Mais si je suis encore en vie pour vous raconter ce qui m'est arrivé, alors j'ai probablement eu plus de chance que les trois joueurs dont je vous ai parlé. » Morale de l'histoire : « The Mad genius » affirme qu'il a vu quelques joueurs changer en permanence de chaise pour rechercher la meilleure place.

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Pour le septuagénaire américain, il n'existe pas de siège chanceux ou de siège malchanceux : il s'agit simplement d'un élément du mobilier. Quand on parle de poker et de la vie en général, observe Caro, il ne faut pas confondre la science et les superstitions car « la chance est quelque chose que tu réalises ensuite et que tu ne peux pas prévoir ».

L'avantage d'être assis à gauche

Le théoricien du poker fait valoir toutefois qu'avoir un ou plusieurs adversaires à sa droite peut être avantageux. Généralement, ils jouent avant nous (au poker, on suit le sens horaire), et ils nous laissent donc la possibilité de décider notre action après qu'ils aient choisi la leur.

La position à la table, toujours selon Caro, peut déterminer la victoire ou la défaite des joueurs, même lorsqu'ils sont professionnels. A votre droite, il est préférable d'avoir des adversaires approximatifs, passifs et qui jouent trop de mains (ceux qu'on appelle « calling station »), afin de relancer imméditamement après eux.

De même, il est préférable de s'asseoir à gauche des adversaires plus redoutables, qui jouent de façon agressive en connaissance de cause. Si les concurrents à notre gauche mènent peu et sont timides, nous pouvons les « pousser dehors » en relançant.

Quelle importance a toute cette affaire ?

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Arthur S. Reber

Arthur Reber écrivait sur PokerListings sur la part de hasard dans la distribution de la chance chez les joueurs : « Certains sont un peu au-dessus de la moyenne, d'autres légèrement en dessous. Seul un petit groupe s'écarte sensiblement de ces valeurs, en positif ou en négatif. » Selon Reber, il ne sert à rien de se lamenter : « Vous avez vos cartes, vous devez les jouer et apprendre à les utiliser le plus efficacement possible. »

Interviewé par un journaliste sur le rôle de la chance au poker, Gus Hansen a répondu que dans une seule session il estime qu'elle représente 90%. Mais durant un mois ou une année, cette part baisse respectivement à 10-15 % et à 2-5 %. « Tous les professionnels ont la certitude qu'à long terme les compétences triomphent sur la chance . Autrement ils ne seraient pas tous professionnels. »

La chance dans la vraie vie

Comme dans la vraie vie, observe Reber, « certains sont heurtés par un camion ou frappés par la foudre. D'autres se font diagnostiquer des maladies horribles. D'autres encore ont la malchance de vivre sous les vents du Mount. St Helens (un volcan actif qui se trouve dans l'état de Washington, ndlr) ou dans le Ninth Ward de la New Orleans. Il y a des gens qui passent leur vie en parfaite santé, vivant à San Diego ou achetant une maison dans les montagnes ou sur une colline ».

Jeu et magie

Dans son essai de 1989, l’anthropologue David M. Hayano a examiné la propagation des jeux de hasard avec des cartes en Papouasie-Nouvelle Guinée, qui a eu lieu suite à la colonisation occidentale et au retour dans leurs villages de gens qui étaient venus travailler dans les grandes villes.

Dans les catégories les plus pauvres ou les moins cultivées, le jeu le plus répandu était le « laki » ou le « tri lip », un jeu qui est inspiré du baccara européen, alors que les habitants les plus riches de la capitale Port Moresbi préféraient le poker. Dans une autre étude sur la Nouvelle Guinée et publiée l'an dernier, l'anthropologue Mark S. Mosko explique que pour les habitants des îles Kiriwina du Nord, la victoire au jeu est aussi le fruit de capacités divinatoires.

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