Comment battre les Micro-stakes - Le jeu pré-flop, 2ème partie

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En combinant les meilleures connaissances à propos de la stratégie poker pour les micro-stakes, les concepts approfondis du spécialiste Nathan "BlackRain79" Williams à travers son livre, et vos questions que vous pouvez poser, notre série est l'outil idéal pour apprendre comment battre le poker aux plus bas enjeux.

Dans notre première partie consacrée au pré-flop, nous nous étions quittés alors que nous discutions des exceptions à la relance en réponse à une relance avant vous.

Vous pouvez retrouver cette première partie à cette adresse.

par Paul Verheij


Lorsque quelqu'un relance en premier pré-flop, vous avez 3 options : sur-relancer (3-bet), suivre (payer) ou vous coucher.

Ils vous faut généralement bien plus souvent relancer ou vous coucher que simplement suivre, mais il y a des situations où payer est la meilleure option.

Comme BlackRain79 l'explique parfaitement dans son livre Crushing the Microstakes, trois exceptions particulières sont importantes :

Lorsque vous avez une paire en mains et que vous voulez "set-miner" (tendre un piège en tentant d'aller chercher votre brelan).
Les brelans permettent de gagner beaucoup d'argent en micro-stakes, mais sur-relancer avec des petites paires ou paires intermédiaires n'est souvent pas idéal, étant donné qu'il sera difficile de payer un 4-bet (une relance de votre sur-relance), et que nous ne toucherons pas assez souvent le flop lorsque nous seront payés.

Lorsque vous avez une assez bonne main pour payer, mais qui perdra de la valeur en cas de sur-relance.
Bien que vous sur-relancerez souvent avec des mains telles que A-K ou J-J, il y a des situations où ce n'est pas le jeu optimal.

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Prenez vos adversaires en considération à tout instant.

Prenez par exemple un nit (joueur excessivement serré) qui ouvre en début de parole. Son éventail de mains est si fort qu'il couchera toutes ses mains contre lesquelles nous voudrions jouer en cas de 3-bet, et qu'il continuera avec ses mains où nous ne serons pas favoris.

Lorsque vous avez une main spéculative et qu'un "bleu" est entré dans le coup.
Premièrement, dans cette situation il y a un impératif avant d'imaginer ne serait-ce que suivre : vous devez avoir la position.

Jouer contre un débutant peut être très lucratif avec des mains telles que des connecteurs assortis, des as sur tirage couleur, ou des mains "broadway", mais vous devrez chercher à garder le pot petit et à jouer en position.

Dans presque toutes les autres situations, il faudrait toujours opter pour une sur-relance ou vous coucher.
Avant de prendre cette décision, vous devriez d'abord prendre en compte plusieurs paramètres.

1. La position du relanceur

La première chose à faire est de noter la position du relanceur initial.

Il est important de faire une estimation de l'éventail de votre adversaire. En général une relance depuis le début de parole veut dire plus de force comparée à une relance de fin de parole. Réfléchissez simplement à votre jeu à vous pour facilement le comprendre.

En général vous devriez jouer plus serré face à un relanceur de début de parole, que face à un relanceur de fin de parole.

2. Quel est le style de jeu du relanceur ?

En dehors de la position, nous pouvons aussi jeter un oeil aux statistiques du relanceur initial - où lorsque vous ne jouez pas avec un HUD, à l'image du relanceur.

Il est évident que nous devons donner plus de crédit pour un éventail fort à un joueur serré qui relance en début de parole, qu'à un fish qui joue presque toutes les mains.

Pour profiler et cibler votre adversaire, vous devriez essayer de répondre à ces questions :


  • Quel est son éventail probable d'ouverture ?
  • Se couche t-il souvent face à une sur-relance ?
  • Quel serait son éventail pour effectuer un 4-bet (sur-sur-relance) ?
  • Se couche t-il souvent face à un continuation bet ?
  • Est-il agressif post-flop ?
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Ne sur-relancez que pour la valeur.

3. Aurez-vous la position après le flop ?

Comme vous l'avez désormais appris, jouer en position offre de multiples avantages tels qu'agir en dernier à chaque tour de mises, être capable de mettre la pression sur votre adversaire, et d'avoir plus de facilité pour extraire de la valeur de votre main. Il est ainsi important de savoir si vous serez en bonne position après le flop ou non.

En considérant les facteurs sus-mentionnés, vous pouvez maintenant estimer l'éventail de votre adversaire, et votre situation post-flop.


Ne sur-relancez que pour rentabiliser !

Il s'agit d'un point critique très spécifique aux micro-stakes, sur lequel BlackRain insiste très clairement dans son livre.

Il n'y a aucune utilité à s'embringuer dans des 3-bet fantaisistes : le seul effet sera de vous mettre dans des situations autant problématiques que non-nécessaires.

Oui, aux plus hautes limites vous devriez équilibrer vos éventails de 3-bet et de 4-bet, mais ce n'est pas le cas en micro-stakes.

Une sur-relance devrait toujours y être faite pour rentabiliser votre main (en extraire de la valeur). Si ce n'est pas le but, alors vous coucher est presque toujours la meilleure option.

Note : A propos de la sur-relance pour rentabilisation, vous devriez utiliser Pokerstove pour avoir une idée de quelles mains avec lesquelles vous pouvez le faire face à votre adversaire. Rentrez son éventail (range) dans Pokerstove et voyez l'équité de votre main face à l'éventail de votre adversaire. Faites cela plusieurs fois et vous aurez une meilleure idée de votre équité face à différents éventails.

Exemple avec une relance UTG de la part d'un nit. Utilisez PokerStove et vous verrez que seuls AA et KK valent le coup pour une sur-relance. Revoyez les exceptions pour suivre et vous verrez pourquoi sur-relancer avec une main telle que AK n'est pas judicieux face à cet éventail. D'un autre côté AK serait une bonne main pour un 3-bet face à un joueur large qui relance depuis le bouton, et ce serait la même chose si vous aviez JJ dans cette situation.

En général vous pouvez toujours sur-relancer pour la valeur avec le top de votre éventail, ce qui veut dire des mains telles que QQ+ et AK.


Jouabilité dans le cas d'un 3-bet

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Soyez très sélectif avec les sur-relances "légères".

En plus de votre équité face à l'éventail de votre adversaire, vous devriez aussi regarder la jouabilité de votre main. L'idéal reste évidemment d'être en position puisque vous auriez le contrôle.

En étant hors position face à un joueur agressif qui paye souvent vos sur-relances et qui joue de manière agressive après le flop, sur-relancer avec une main comme J-J pourrait ne pas être une bonne idée, étant donné que vous ne vous sentirez pas confortable à jouer cette main post-flop.

Rappelez-vous, la phase pré-flop est le moment où construire les fondations pour votre jeu post-flop, aussi essayez toujours de réfléchir à la suite, selon la jouabilité de votre main en relation avec votre position et le type d'adversaire.

Si vous pensez que vous allez au devant d'une situation à problème, alors il pourrait être mieux de suivre en lieu et place d'une relance, vous garderiez ainsi le pot petit. Parfois il vaut même mieux coucher une main si vous ne vous sentez pas à l'aise avec aucune des deux autres solutions.


Faut-il vraiment envisager les 3-bet "légers" ?

Sur-relancer sans avoir une main forte est ce qu'on appelle le "3-bet light". A de plus hauts enjeux, il s'agit de quelque chose qui devrait être dans votre arsenal. Mais ce n'est pas le cas en micro-stakes.

Souvenez-vous : Si vous ne sur-relancez que dans le but de rentabiliser en micro-stakes, vous faites ce qu'il faut.

Il y a cependant des situations où le 3-bet light peut être profitable. Mais il y a aussi des impératifs :


  • Vous devez être en position.
  • Votre adversaire doit souvent se coucher face à une sur-relance, et souvent se coucher face à une mise de continuation.

Lorsque vous sur-relancez léger, vous vous appuyez principalement sur la "fold equity", l'espérance de faire coucher votre adversaire. Aussi pour maximiser cette espérance, la situation doit respecter les requis ci-dessus.

Ne vous amusez pas à faire trop de fantaisies en sur-relançant léger en micro-stakes. Le 3-bet light peut être un bon atout, mais seulement si vous le faites à propos. Auquel cas vous pouvez envisager de varier votre éventail de sur-relances.

Avec quelles mains peut-on sur-relancer léger ?

En plus des requis que nous venons de voir, vous pouvez aussi sur-relancer léger avec des mains qui ne vous poseront pas de problèmes après le flop.

Imaginons que vous sur-relancez léger avec une main comme A-4 assortis, et que le flop vienne avec A-7-10. Vous faites une mise de continuation, et votre adversaire relance.

C'est une situation compliquée pour de nombreux débutants, puisque l'on a ici la top paire dans un pot relativement important. Bien qu'il s'agisse d'un fold évident, si vous avez du mal à coucher cette main, alors vous ne devriez même pas la jouer.

Même chose pour des mains facilement dominées dans des pots sur-relancés telles que K-J, A-10, etc.

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Lorsque vous êtes en position, vous devriez relancer 3x la première relance.

Si vous avez aussi du mal à coucher ces mains, vous serez peut-être plus à l'aise en relançant avec des connecteurs assortis (exemple : 9-8, 8-7 ou 7-6 de la même couleur). Avec ce type de mains, vous ne touchez pas souvent le flop et il est bien plus facile de se coucher si vous rencontrez une agression de vos adversaires.

Un autre avantage est que lorsque vous touchez le flop, vous allez souvent gagner un gros pot étant donné que votre adversaire aura du mal à vous mettre sur ces types de mains.

Si vous n'avez pas de problème à coucher vos mains après le flop si vous faites face à de l'agressivité, vous pouvez aussi sur-relancer léger avec des mains telles que des cartes hautes, des as avec une carte assortie, et des connecteurs assortis donc.

Vous pouvez aussi logiquement compter les petites et moyennes paires dans cette catégorie, mais ce sont des mains à exceptions où vous pouvez éventuellement payer une relance.


Taille de la relance en cas de 3-bet

Dans ce cas, nous regardons d'abord si vous avez la position ou non.

Lorsque vous avez la position, vous devriez relancer de 3 fois la relance originelle, et lorsque vous êtes hors position, vous devriez relancer 4 fois cette relance originelle.

Lorsque vos adversaires sur-relancent

Si vous avez ouvert en relançant et que votre adversaire sur-relance, la marche à suivre est alors assez basique en micro-stakes. Dans la plupart des cas, se coucher sera la meilleure option.

Premièrement, vous n'avez pas l'initiative au cas où vous payeriez, du coup vous jouez ensuite qu'en mode "je touche ou je me couche". La plupart du temps vous ne toucherez pas un bon flop, et vous vous coucherez au flop donc.

Même si vous touchez, cela ne veut pas dire que vous serez payé. Votre adversaire ne va pas automatiquement investir tout son tapis.

Souvent il se couchera face à une agression lorsqu'il n'aura rien, et ces moments ne pourront donc aider à compenser toutes les petites pertes de 10-12 grosses blindes.

Souvent vous jouerez aussi hors position, ce qui est donc un réel handicap comme vous l'avez appris. Vous jouez en fait dans le noir pendant que votre adversaire possède toute l'information.

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Les bonnes opportunités se présentent souvent en micro-enjeux. Ne vous focalisez donc pas sur des situations peu avantageuses.

A côté de cela il est difficile de rentabiliser lorsque vous touchez le flop mais que vous êtes hors position.

Dans le cas de mains telles que AA et KK, ce sera un 4-bet/all-in assez facile.

Les mains avec lesquelles vous pourriez suivre un 3-bet sont dépendantes de la situation et du joueur. Par exemple cela coule de sens que vous pouvez suivre avec plus de mains face à un sur-relanceur large qui joue également passivement après le flop, que face à un sur-relanceur serré qui joue agressif après le flop.

Vous devriez par conséquent prendre la position en considération, les tendances et statistiques de votre adversaire, mais aussi la jouabilité de la main. Vous pouvez être devant l'éventail de votre adversaire, mais qu'est-ce que cela vaut quand vous êtes hors position avec une main telle que 8-8 sur un flop A-J-6 ?

Aussi dans ce cas il est important d'anticiper, et en cas de doute vous pouvez vous coucher. Rappelez-vous, les opportunités se présentent souvent en micro-stakes, aussi pourquoi vouloir exploiter de faibles avantages avec le danger de se retrouver dans des situations problématiques ?


Au-delà de la sur-relance

Taille de la relance en cas de 4-bet

Lorsque votre adversaire sur-relance et que vous voulez 4-bet, vous devriez relancer son 3-bet de 2,5 ou 3 fois. Optez pour le haut de la fourchette si vous pensez que votre adversaire va donner de l'action.

Lorsque votre adversaire 4-bet

Lorsque votre adversaire sur-sur-relance après votre 3-bet, alors n'allez plus loin (à tapis) qu'avec AA et KK. La seule exception serait de ne pas y aller avec KK face à un nit (joueur ultra-serré) qui ne sur-sur-relancerait all-in qu'avec AA.

Vous pourriez penser que QQ est également une main candidate face à certains adversaires, mais n'oubliez pas que vous n'aurez que 53% d'équité face à un éventail de 4-bet large tel que TT et +, AQ asortis et +, AK dépareillés.

Lorsque cet éventail est même plus restreint (souvent le cas), votre équité chute encore plus. Oui il y a des situations où un call pourrait être correct en se basant sur la cote et l'équité du pot. Mais cela ne vaut toujours pas le coup en micro-stakes où vous pouvez simplement attendre de meilleures situations plus avantageuses plutôt que de choisir la route conduisant à une grosse variance.

Taille de relance de 5-bet / tapis

Lorsque votre adversaire 4-bet et que vous voulez monter encore les enchères, si vous avez AA ou KK, alors allez simplement à tapis.


Conclusion

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Jouer un poker de base et sans fioritures n'est peut-être pas le plus amusant, mais ça marche.

Jouer des parties aux niveaux des micro-enjeux est quelque chose de totalement différent en comparaison de plus hauts enjeux. Votre stratégie doit du coup l'être aussi.

Jouer un poker basique et abandonner beaucoup de situations EV+ peut sembler guère amusant, mais vous ne jouez pas ici pour booster votre ego. Votre but est d'obtenir un haut win rate (taux ou ratio de gains), de limiter la variance, et de monter de limites aussi vite que possible.

Vous avez besoin d'une stratégie pour remplir ces objectifs.

Dans cet article nous avons décrit une stratégie pré-flop décente pour les micro-enjeux. Bien sûr tous les pots ne vont pas se décider pré-flop, mais grâce à un jeu décent à ce stade, vous construisez en même temps de bonnes fondations pour avoir des décisions plus faciles à prendre lors des tours suivants.

Les paramètres les plus importants  à prendre en considération pour le jeu pré-flop sont :


  • La position
  • Avoir l'initiative
  • La force de votre main
  • Sa jouabilité
  • L'évaluation de votre (vos) adversaire(s)

En tenant compte de tous ces facteurs avant de décider de jouer une main et/ou de comment procéder, vous prendrez de bien meilleures décisions a comparé de la plupart de vos adversaires des microstakes.

Et c'est justement là le but du poker : avoir l'avantage sur vos adversaires !


Si vous avez une question ou une main à soumettre à BlackRain79 pour analyse, laissez un commentaire ou envoyez-nous un e-mail. Un article sera publié à l'issue de la série, où BlackRain aura répondu à vos meilleures questions.


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