Comment éviter de se laisser déconcentrer par un bavard

JamesWoods

Que James Woods vous serve d’exemple : Vous vous souvenez quand il a battu Doug Polk ?

C’était l’un des meilleurs moments des 46e World Series of Poker (WSOP). Les deux joueurs se sont retrouvés au deuxième tour du tournoi shootout de No-Limit Hold’Em (NLHE) à 3 000 $.

Ils avaient chacun 60 BB au moment du heads-up, de quoi faire durer le plaisir.

Doug Polk est l’un des joueurs de heads-up les plus redoutables du monde. James Woods est un acteur d'Hollywood qu'on ne présente plus.

Malgré la tension et la pression, la partie a commencé de manière plutôt joviale. Les joueurs échangeaient des sourires malins, des blagues et quelques éclats de rire.

Ils étaient potes. Complices. Et tout d’un coup, Woods a créé une rupture en annonçant qu’il en avait marre de parler.

« C’était un peu sec, mais ça fait partie du jeu », a déclaré Polk.

Le courage de demander le silence

Doug Polk
Polk : "C'était un peu sec, mais ça fait partie du jeu."

Il s’avère que c’est la décision la plus intelligente de toute la partie. Woods a mis quatre heures à écrire la meilleure histoire de « petit poucet » des Series.

Et tout cela ne serait pas arrivé s’il n’avait pas eu le courage de dire à Polk de « la fermer ».

Car oui, cela demande du courage. Et cela peut perturber la personne victime de cette injonction au silence.

Si l’on ne fait pas attention, on peut paraître rustre, voire très impoli. C’est pour cela que les joueurs, surtout amateurs, peuvent facilement être déstabilisés par ce genre de paroles.

Et parfois, perdre la partie peut sembler plus facile à accepter que la possibilité de contrarier l’autre joueur.

Se concentrer, une autre histoire

D’un point de vue purement physique, les humains peuvent faire plusieurs tâches à la fois. Je peux par exemple taper cet article et lire. Je peux le modifier et manger un kiwi. Je peux me gratter les couilles et tousser.

Mais se concentrer sur deux choses à la fois, c’est une autre histoire. On ne peut pas le faire. Lorsqu’on arrête de suivre la partie pour communiquer avec les autres joueurs, deux choses se produisent :

D’abord, l’attention se détourne inconsciemment du jeu vers les adversaires. Ensuite, le passage d’une tâche à l’autre occasionne une perte de temps.

Roberto Romanello
Sachez quand piailler et quand la fermer.

Jetons bavards

Lorsqu’il n’est pas nécessaire de se concentrer, passer d’une tâche à l’autre n’est pas un problème (par exemple, marcher et parler à la fois). Mais lorsque vous devez vous concentrer, le cerveau sépare les deux tâches et répartit les capacités cérébrales pour faire en sorte que les deux tâches soient accomplies.

C’est pour cela qu’il vaut probablement mieux vous taire si vous êtes en train de traverser un pont de singe entre deux montagnes.

Roberto Romanello, déjà vainqueur sur le World Poker Tour et l’European Poker Tour, est l’une des plus « grandes gueules » du circuit. Le Gallois est convaincu que son ton familier lui donne un avantage.

Mais il y a deux facteurs essentiels à prendre en compte. Lorsque son ratio stack/pot est assez bas, il reste généralement silencieux. Plus son stack grandit, plus il est bavard.

Lorsqu’il a un gros stack, il appelle ça ses « jetons bavards » : plus il en récupère chez son adversaire, plus sa langue se délie.

« Je ne joue pas à ce jeu-là contre les meilleurs joueurs. Cela ne fonctionne pas avec eux, ils ont trop d’expérience. »

Garder l’avantage

Je crois, bien que les mots soient l’une des meilleures armes de Romanello, qu’il y perd tout de même. Tout simplement parce que notre cerveau n’est pas capable de se concentrer sur deux tâches à la fois en gardant le même niveau d’efficacité.

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Souvenez-vous que votre cerveau a une capacité limitée.

C’est pour cela qu’il est essentiel a) qu’il ait assez de jetons pour ne pas mettre en péril sa survie dans le tournoi s’il est trop distrait, et b) qu’il utilise cette « arme » contre des joueurs inférieurs, de façon à ce que même en mode multi-tâches, il ait toujours un avantage certain sur eux.

Doug Polk avait intérêt à continuer à parler contre James Woods. Il avait l’avantage et il avait les capacités suffisantes pour mener les deux tâches de front. Il ne fait aucun doute qu’une conversation continue aurait déconcentré Woods.

Les six degrés de concentration

Pour réduire l’impact de la conversation à la table de poker, rappelez-vous de ces informations cruciales :

1. Le cerveau a des capacités limitées en ce qui concerne les stimuli extérieurs. À chaque fois que ces capacités sont divisées entre plusieurs tâches, vous diminuez votre concentration sur la tâche principale. Et vous en paierez le prix.

2. Si vous jouez contre quelqu’un qui parle beaucoup, vous pourrez en tirer parti. Il ne sera pas aussi concentré que vous. Et vous pourrez également en retirer beaucoup d'informations, notamment au flop.

3. Apprenez à savoir quand il est bon de parler et quand il faut savoir se taire. Si votre stack est conséquent, en début de tournoi ou encore contre des joueurs inférieurs, alors n’hésitez pas. Si ce n’est pas le cas, concentrez-vous sur les cartes.

4. Si vous êtes bien meilleur que vos adversaires, parlez-leur pour accentuer votre avantage.

5. Plus vous parlez, plus vous aurez du mal à maintenir un haut niveau de concentration sur le jeu.

6. Lorsque vous passez d’une tâche à l’autre, vous perdez du temps. Les experts estiment que nous perdons environ 28% de notre journée de travail en essayant d’être multi-tâches.

Que James Woods serve d’exemple

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Trouvez le Woods qui est en vous.

Il est difficile de dire à un autre joueur d’arrêter de parler. Cela peut être gênant ou désagréable.

Mais si vous voulez réussir lorsque vous jouez au poker, vous devez apprendre à gérer cette gêne.

James Woods a manifestement réussi et c’est ce qui lui a permis de créer l’exploit.

Tout cela parce qu’il a refusé de se laisser déstabiliser. Et vous devriez faire pareil.