Conseils de Pros : Mat Frankland dissèque 10 dilemmes post-flop

Mat Frankland
Mathew Frankland

Qu’est-ce qu’un flop effrayant en Texas Hold’Em ? Pour un débutant, tous les flops sont effrayants. C’est pourquoi nous avons demandé quelques conseils à Mat Frankland de la team IveyPro, pour que les débutants se sentent un peu plus à l’aise avec le jeu après le flop.

Voilà ce qu’il avait à nous dire.


1) Combien miser ?

Vous devez pouvoir adapter vos mises selon des situations spécifiques.

Le meilleur conseil que je puisse vous donner est d’avoir une mise de continuation ("continuation bet") standard pour presque toutes les situations, à une exception près : il faut prendre en compte la taille du stack de votre adversaire.

Imaginons un cash game où vous avez un tapis très profond. Vous estimez avoir beaucoup de chances d’avoir une meilleure main et vous voulez faire cracher votre adversaire autant que possible.

Dans cette situation, il est opportun de miser plus gros afin de mettre en jeu tous les jetons de votre adversaire avant la river. Vous pouvez tabler sur 70% du pot par exemple.

En tournoi, où les stacks sont beaucoup moins conséquents, vous n’avez pas besoin de miser gros pour attirer les jetons au centre du tapis avant la river.

IMG3225
Pourquoi mise t-on ?


2) Pourquoi miser ?

Cette question revient régulièrement chez les débutants et les joueurs les plus faibles. Souvent, ils misent sur le flop par “obligation”.

Ils ne réfléchissent pas à ce qu’ils font. Aucune réflexion. En réalité, il faut constamment se demander : “Qu’est-ce que j’essaye de faire en jouant comme ça?”

Par exemple, je vois souvent des gens faire des c-bets avec une paire d’as en main, en position, alors que le flop est J87 avec deux carreaux. Pour moi, à ce moment-là, mieux vaut checker. Voilà pourquoi :

            a) Eviter une relance

En cas de relance, vous pouvez être presque sûr que votre adversaire ne bluffe pas, vu comme le flop est coordonné. Ce qui veut dire qu’il a soit une bonne main grâce au flop et qu'on est peut-être déjà mort, soit que ses cartes sont à peu près aussi fortes que les nôtres en termes d’équité.

            b) Savoir tromper l’adversaire

Si je checke dans cette situation, les gens ne se disent pas que j’ai une main très forte. Ça peut pousser quelques joueurs à bluffer pendant quelques tours.

            c) Valoriser pendant 3 tours est difficile

Il y a bien sûr des exceptions à cette règle, notamment des joueurs qui suivent systématiquement avec un valet assez faible, mais si je mise deux fois à ce moment-là, j’y réfléchirai à deux fois avant de miser à la river.

Donc si je ne peux avoir que deux tours où miser, pourquoi prendre le risque de me faire relancer ou de devoir me démasquer ?

En revanche, si je checke, je peux tranquillement profiter de deux cartes en suivant ou en misant. Sans compter que cela me permet aussi d’avoir plus d’informations sur les mains de mes adversaires.


3) Quelle est la taille des stacks ?

Vous devez toujours être conscient de la taille de votre tapis et de celui de vos adversaires. Une même main se déroulera différemment selon le nombre de jetons de votre adversaire.

Imaginons par exemple qu’on relance avec KT dépareillés et que le joueur au bouton suive. K76 rainbow (trois couleurs différentes) sortent au flop. Si le joueur d’en face est solide, je n’arriverai jamais à rentabiliser sur trois tours si sa main est moins bonne que la mienne. Je vais donc checker pour :

a) Tromper mon adversaire quant à la valeur de ma main pour qu’il bluffe et/ou suive au turn et à la river malgré une main plus faible ;

Chips2013 WSOP EuropeEV0710K NLH Main EventDay 4Giron8JG2
Quelles sont les tailles des tapis ?

b) Je ne veux pas miser deux fois et prendre le risque de ne plus savoir quoi faire une fois à la river.

Cependant, les choses sont très différentes si on joue cette même main avec 20 bb (grosses blinds). Dans cette situation, je peux miser parce que je sais justement qu’il suivra, vu que le flop est assez ouvert.

Je peux éventuellement aller au tapis à la turn, poussant ainsi mon adversaire à prendre une décision difficile s’il a une paire moyenne et l’empêchant de voir d’autres cartes (et éventuellement toucher une deuxième paire) gratuitement.


4) Et ensuite ? : Anticiper

C’est vraiment l’élément clé au flop.

Si je joue le flop, c’est que j’ai déjà imaginé les divers scénarios possibles au turn et à la river.

C’est absolument essentiel car cela me permet d’optimiser mes décisions selon les scénarios possibles.

Aux échecs, un mouvement n’est jamais isolé, il fait toujours partie d’un système. C’est la même chose au poker.


5) Qui est mon adversaire ?

Ce qui est génial au poker, c’est que tous les adversaires sont différents.

Jouer la même main contre un joueur serré ou très agressif n’a absolument rien à voir. Alors la prochaine fois que vous vous apprêtez à faire un continuation-bet machinal, prenez deux secondes pour réfléchir : quelle serait la réaction de mon adversaire si je checkais ?


6) Qu’a-t-il en main ?

Souvent, les débutants tombent dans deux travers opposés : soit ils ne se préoccupent absolument pas de ce que leur adversaire a en main, soit ils essayent de déterminer une main précise.

En progressant, vous commencerez plutôt à penser à l’éventail de mains que votre adversaire peut avoir en vous basant sur ses décisions et ses attitudes, ce qui vous permettra d’agir en conséquence.

building a mountain 19382
Que signifie la taille de sa mise ?

Être conscient de cela peut énormément vous aider au moment de décider si vous voulez faire un cbet ou pas.

Par exemple, si j’ouvre en milieu de parole et que la petite blind suit, j’y réfléchirai à deux fois au moment de miser sur un flop J87 avec deux carreaux parce que son éventail de mains contient beaucoup de paires intermédiaires et de cartes assorties.


7) Que me disent ses mises ?

Dans les situations que nous avons évoquées pour l’instant, c’est nous qui agressons l’adversaire. Penchons-nous maintenant sur une situation dans laquelle nous sommes plutôt celui qui suit pré-flop.

Les joueurs ont tendance à changer leurs mises selon la valeur de leur main et/ou du tableau, sans toutefois être assez subtils pour que cela marche réellement.

Très peu de joueurs sont capables de gérer cela correctement, donc si vous faites attention vous pourrez sûrement identifier les réflexes d’un joueur lorsque sa main est assez faible.


8) Que pense-t-il que j’ai ?

L’image que votre adversaire a de votre main est encore plus importante que les cartes elles-mêmes.

Les bons joueurs se feront une idée de l’éventail de mains que vous avez et prendront les décisions qui en découlent.

Conséquence : si vous avez une main assez faible mais que l’éventail que vos adversaires imaginent est plutôt fort, alors allez-y !


9) Le floating, une bonne idée ?

Personnellement, je trouve que les joueurs (et surtout les débutants) n’utilisent pas assez le floating.

L’idée, c’est de suivre une mise au flop alors que vous n’avez pas de main faite et peu d’équité, en espérant pouvoir récupérer le pot un peu plus tard.

Si vous remarquez que votre adversaire fait une mise un peu timide et que vous avez par exemple deux overcards, vous pouvez envisager le floating.

5301 Danny Wong as Paul Volpe Eliminated
Voyez le poker comme une rivière...

Vous avez une chance de toucher une overcard et de le laisser continuer à bluffer, ou bien vous pouvez même relancer au turn pour le décourager (sa main étant faible) et rafler le pot.


10) Gardez l’esprit ouvert

Visualisez le poker comme une rivière. Il y a des hauts, des bas, rien n’est statique. Il est essentiel que vous ne vous laissiez pas enfermer dans une certaine routine. Ni la peur, ni un manque d’audace ne doivent vous bloquer.

N’hésitez pas à tenter de nouvelles choses, qui sait ce que ça donnera ?

Peut-être que c’est le coup qui vous fera gagner !