Espen Uhlen Jørstad : De geek sur WoW à star de stream poker

Jorstad transformation
Jørstad, maintenant et avant.

Rencontre avec un joueur de poker sponsorisé et star du stream, après avoir été gros geek sur World of Warcraft et mal dans sa peau.

Lors de l'Unibet UK Poker Tour que je disputais à Brighton il y a quelques mois, j'ai fait la connaissance d'un personnage, presque trop gentil pour être honnête.

Je ne l'avais jamais rencontré, et je le connaissais juste d'un communiqué de presse d'Unibet qui l'annonçait en tant que nouvel ambassadeur de la salle.

Il m'a instantanément fait me sentir à l'aise à la table. Il me parlait de la vie et me posait plein de questions. J'ai fini par perdre ma concentration et à jouer n'importe comment, parce que j'étais plus intéressé par ce qu'il me racontait.

Du coup j'ai vraiment voulu savoir s'il était réellement poli ou s'il s'agissait d'une tactique pour voir si je savais ce que je faisais.

Et voici comment j'ai appris à mieux connaître le Norvégien Espen Uhlen Jørstad, sa philosophie et son incroyable histoire.


Tu es vraiment quelqu'un de sympathique. Est-ce que c’est juste quelque chose qui fait partie de ton rôle d’ambassadeur pour Unibet ?

Pas du tout ! (rires) J’étais déjà comme ça avant mon contrat. J’ai toujours aimé animer un peu la table.

Pourquoi est-ce qu’il n’y a pas plus de joueurs qui essayent de faire pareil pour se donner un avantage ?

Jorstad Unibet Open Londres
"Je suis toujours ce gros gamin angoissé."

Le poker est plutôt sur le déclin, et si tout le monde reste assis avec ses écouteurs, sa capuche et ses lunettes, ce déclin n’est pas prêt de s’arrêter, parce que ça enlève toute la dimension amusante du poker.

J’ai l’impression que beaucoup de joueurs professionnels approchent le poker comme si c’était un boulot comme un autre. Pour moi, c’est passer à côté de tout ce qui rend le poker exceptionnel.

Je te trouvais plutôt stylé et élégant, mais j’ai lu sur ton blog que tu as été un « gros lard » obsédé par World of Warcraft. Comment t’es-tu métamorphosé ?

Quand j’étais enfant, je crois que les jeux vidéo étaient une manière de m’échapper de la réalité. J’avais 14 ans, j’étais en surpoids, les filles ne s’intéressaient pas à moi, j’avais du mal à sociabiliser... Bref, je ne faisais pas partie des gamins les plus populaires. Et à cette époque, être accepté par les gamins "cools" était le plus important.

Maintenant, j’ai compris que beaucoup de gens cherchent une échappatoire quand les choses sont compliquées dans la vie. Au moins, mon échappatoire était des sessions de 15 heures dans World of Warcraft, et pas les drogues ou l’alcool.

J’ai peut-être l’air d’avoir confiance en moi aujourd’hui, mais au fond, je suis toujours ce gamin gros et angoissé. J’y travaille tous les jours !

Autant tu sembles très ouvert et confiant autour des tables de poker, autant ce n’est pas vraiment le cas en dehors. Pourquoi cela ?

Quand j’étais gamin, les seuls moments où j’avais confiance en moi c’était quand on faisait des LAN, parce que c’était mon seul talent. Quand j’étais là-bas, je me sentais respecté. En dehors, je n’avais absolument aucune confiance en moi.

Je pense que c’est un peu pareil dans le poker aujourd’hui, même si je sais que j’ai aussi de la valeur en dehors du poker.

Comment un « gros gamin angoissé » obsédé par World of Warcraft a-t-il réussi à devenir l’ambassadeur Unibet plein de prestance que j’ai en face de moi aujourd’hui ?

Ça n’a pas été facile. Tout a changé quand je suis entré dans l’armée à 18 ans. J’ai dû apprendre à gérer le fait d’être entouré de beaucoup de gens et à interagir avec des inconnus.

Espen Uhlen Jorsdtad
"Quand j'étais ado le seul moment où je me sentais bien c'était dans des LAN parties."

J’ai aussi perdu beaucoup de poids (18 kg), ce qui m’a redonné un peu de confiance. Je pense que la structure et la discipline de l’armée m’ont beaucoup apporté.

Pourquoi es-tu rentré dans l’armée ? 

Complètement par hasard. Je ne faisais pas grand-chose. J’avais arrêté l’école, je passais mon temps à jouer à World of Warcraft et à glander.

Ils m’ont appelé pour me demander si ça m’intéressait de rejoindre l’armée. Je sentais que ça pourrait être bénéfique pour moi, donc j’ai dit oui.

Qui t’a appelé ?

Un gars de l’armée, dans le cadre d’une opération de communication. L’armée de l’air norvégienne manquait de soldats, donc ils contactaient des jeunes par téléphone pour essayer de les convaincre.

Au début, j’ai trouvé que ce n’était pas très pro comme manière de faire. Du genre « Hé, tu veux passer 1 an dans l’armée ? C’est dans 10 jours ! »

J’ai cru que c’était un mec d’Internet qui essayait de me faire une blague, et mes amis me disaient de ne même pas y penser, mais en fait c’était une véritable offre. La plupart des gars avec moi avaient déjà 21 ou 22 ans, parce qu’on travaillait sur des outils informatiques assez complexes, pour les missiles aériens.

UOCopenhagenParty 02
Espen Uhlen participe à d'autres genres de fêtes aujourd'hui.

Il y avait quelques jeunes de 18 ans avec moi, alors bien évidemment on nous a surnommés « les gamins ».

Tu n’as pas eu peur... de mourir ?

C’était juste un an. Ils n’allaient pas m’envoyer en Afghanistan. À l       a limite, j’aurais juste pu mourir de froid.

Qu’est-ce que tu as fait en rentrant ?

Je suis redevenu un glandeur. J’ai déménagé dans une plus grande ville. J’ai commencé à plus jouer au poker, mais je ne prenais pas ça très au sérieux. Je ne savais pas ce que je voulais.

Je n’avais aucun cadre. J’étais jeune, immature, tout ce qui m’intéressait c’était de pouvoir faire ce que je voulais. Je n’avais aucune ambition, aucun but.

Je passais beaucoup de temps à la salle de sport, dans des cabines UV, à m’occuper de mes cheveux... Bref, à me préoccuper de mon apparence et de ce que pensaient les autres. J’essayais de devenir quelqu’un d’autre.

Je jouais toujours beaucoup aux jeux vidéo, et je sortais beaucoup. Les choses ne se présentaient pas très bien pour moi.

Tu as aussi travaillé dans une brasserie, non ? 

Oui, après le Black Friday. Je n’ai pas abandonné le poker. Je jouais toujours, mais beaucoup moins régulièrement. Juste de temps en temps pour gagner un peu d’argent de poche. J’étais un peu lassé du poker.

D’un joueur qui lisait tous les livres, regardait toutes les vidéos de stratégies, suivait régulièrement tous les WSOP, j’étais devenu quelqu’un qui faisait juste quelques heads-up en NLHE pour gagner un peu de sous. Je ne ressentais plus aucun plaisir à jouer.

Espen Uhlen Jorstad geek
"World of Warcraft est une p***** de drogue."

Donc j’ai repris mes études. Ma famille me mettait un peu la pression. Ils n’étaient pas spécialement convaincus par mon rythme de vie à base de poker, de soirées et de manque total d’ambition. Mais la dernière fois que j’avais été à l’école, j’avais des notes horribles et je séchais toujours les cours.

World of Warcraft est une vraie drogue, donc je tiens Blizzard pour responsable des cours que j’ai séchés.

J’étais tellement immergé là-dedans que mon éducation en a pâti. Ce n’était pas une bonne chose. Donc cette fois, j’ai décidé de bien faire les choses. Et quand je me mets quelque chose en tête, je le fais. J’ai assisté à tous les cours, et mes notes ont grimpé en flèche.

Je me suis rendu compte que les matières scientifiques comme les mathématiques, la chimie et la microbiologie me plaisaient. J’ai décidé de prolonger mes études de 5 ans pour faire un Master de brassage, c’est-à-dire un Master en sciences alimentaires spécialisé dans le brassage de bière.

C’est pendant ma licence que je me suis passionné pour la bière. Je me suis rendu compte qu’en plus d’aimer en boire, j’étais fasciné par la chimie, la microbiologie et tous les mécanismes scientifiques qui entraient en jeu. Il y a tellement de trucs qui entrent en jeu pour produire une super pinte de bière.

Après mon Master, j’ai trouvé un emploi dans une brasserie norvégienne. J’ai beaucoup appris là-bas, mais l’idée de travailler pour quelqu’un ne m’enchantait pas. J’avais envie et besoin de créer quelque chose à moi.

J’ai travaillé là-bas pendant un an avant de démissionner. J’ai réservé des billets d’avion pour Budapest avec ma petite amie de l’époque. Je voulais créer ma brasserie indépendante. J’avais aussi un partenaire, notre idée était de jouer au poker pour financer notre projet.

Et puis plusieurs choses se sont enchaînées. D’abord, le poker s’est très bien passé et j’ai commencé à retrouver la passion. Ensuite, Unibet m’a proposé un contrat que je ne pouvais pas refuser. On a fini par mettre le projet de brasserie sur pause.

Je suis parti de Budapest pour m’installer à Malte et me concentrer sur le poker, sur Twitch et sur mon rôle avec Unibet. C’était en février 2017.

Biere fraiche
Des jeux vidéo au houblon il n'y a parfois qu'un pas.

Je sais que ton père avait des problèmes avec l’alcool et qu’il est mort assez jeune. Difficile de t’imaginer travailler dans une brasserie.

Oui, mon père avait 42 ans quand il est mort. Il avait beaucoup de problèmes avec l’alcool et la drogue, c’était difficile d’avoir une relation "normale" avec lui.

Il a passé la majorité de mon enfance en prison, donc je n’ai pas passé beaucoup de temps avec lui. Je dirais qu’on n’a pas vraiment eu de lien jusqu’à mon adolescence.

Il était très intelligent et toujours très gentil avec moi. Malheureusement, ses addictions ont fini par prendre le dessus et sa santé a décliné.

J’ai beaucoup pensé à lui quand j’ai commencé à travailler dans une brasserie. Ce genre d’antécédents familiaux devraient me décourager de travailler là-dedans.

Mais pour moi, les micro-brasseries et les bières indépendantes, ce n’est pas une histoire de boire des litres et de se mettre minable. C’est une véritable culture, des rencontres et des expériences. On explore de nouvelles saveurs, de nouveaux arômes, des sensations. Il ne s’agit pas d’acheter un pack de Heineken pour la soirée.

Est-ce que ton expérience avec ton père te fait réfléchir à ta relation avec tes futurs enfants ?

Pour être honnête, je ne suis pas sûr de vouloir avoir des enfants. J’y pense beaucoup parce que j’ai 29 ans et que les gens de mon âge sont soit déjà parents, soit y réfléchissent, soit se marient etc.

Je viens de rompre parce que je ne voulais justement pas ça. En tout cas pas maintenant, et peut-être jamais. Peut-être que les gens trouveront ça triste ou bizarre, mais ce n’est juste pas pour moi pour l’instant.

Je ne trouve pas ça bizarre. La société t’a tourné le dos quand tu étais enfant, c’est assez logique que tu ne souhaites pas te conformer à ses attentes. 

Oui, c’est tout à fait ça. Je ne veux pas être comme tout le monde. J’ai toujours été un peu en marge, et je veux y rester. Peut-être que j’ai un côté anticonformiste.

Pour en revenir à ton passage à Budapest. Tu as dit que tu avais progressé au poker. Comment ça se fait ? 

uhlen poker
"Faire mon stream m'a redonné la motivation de grinder."

Je ne faisais rien différemment, si ce n’est jouer plus. J’avais le même win rate quand je travaillais à côté, sauf que je jouais peu.

J’ai commencé à streamer sur Twitch après avoir passé beaucoup de temps à en regarder : Dota, Hearthstone, poker... Je suivais beaucoup TonkaaaaP par exemple. Ça avait l’air sympa, donc je m’y suis mis.

Au début, j’étais très nerveux. J’avais peur que personne n’accroche. Mais finalement les gens sont venus assez rapidement.

Je me souviens que le nombre de spectateurs augmentait chaque semaine. Pendant le premier mois, j’ai joué plus que jamais auparavant, parce que le streaming m’amusait beaucoup.

Ça m’a donné la motivation de me remettre au grind et de recommencer à étudier, parce que je ne voulais pas me ridiculiser.

Pour quelqu’un qui a beaucoup souffert d’anxiété sociale enfant, ça paraît incroyable de s’éclater à streamer sur Twitch. Est-ce que tu as parfois l’impression d’être quelqu’un d’autre ?

Oui, tous les jours. Avant Twitch, j’évitais les réseaux sociaux. Depuis Twitch, je fais des vlog pour Unibet.

uhlen multi online
"Je n'aurais jamais cru que ça marcherait."

Tu t’imagines bien que je ne suis pas à l’aise avec un selfie stick. Je n’aime même pas qu’on me prenne en photo. Mais tant pis, je me suis lancé. Je vois ça comme une opportunité d’avancer, pas comme un obstacle.

Être super confiant et à l’aise dans ce genre de situation, ce serait un rêve. Ce serait génial. Ça demande beaucoup de travail, surtout quand on part de loin comme moi.

Mais j’y travaille et je pense que j’y arriverai.

Dans ce qu’on voit, quelle proportion représente Espen Uhlen Jorstad l’homme et Espen Uhlen Jorstad la marque ?

C’est une question difficile. Ma « marque », je vais la découvrir avec le temps. Avec Twitch et les vlog... Il faut que je réfléchisse. Aujourd’hui, je me concentre sur la nutrition, le sport, le yoga, la méditation et tout ça.

Je suis convaincu que ce que tu fais en dehors du poker est essentiel. Aujourd’hui, tout le monde maîtrise les bases du poker, donc il faut chercher à prendre l’avantage ailleurs.

Si la méditation peut aider à être dans un meilleur état d’esprit, alors c’est essentiel. C’est dans cette direction que je veux emmener ma « marque ».


La chaîne Twitch d'Espen Uhlen : https://www.twitch.tv/uhlenpoker

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