Esther Taylor-Brady : « Des femmes fortes et confiantes »

Esther Taylor Brady

Grâce à un groupe de plus en plus important de joueuses talentueuses et fortes, Esther "E-Tay" Taylor-Brady espère qu’on arrive à une plus grande égalité dans le poker.

Taylor joue au poker depuis plus de 10 ans, et ces deux dernières années elle a été la seule femme à avoir participé au Poker Players Championship à 50 000 $ des WSOP.

Une seule femme a jamais atteint une place payée dans ce tournoi : Melissa Burr en 2014.

Taylor, surnommée “E-Tay,” est sponsorisée par le Parx Casino de Philadelphie et participe surtout à des mixed games à gros buy-in, où l’on peut gagner ou perdre de 5 000 à 30 000 dollars par session.

Elle a découvert les mixed games (variante de jeux mixés) en ligne avant que le Black Friday ne freine totalement le poker en ligne aux Etats-Unis. Aujourd’hui, elle gagne sa vie grâce aux tournois et cash games dans tout le pays.

Huit places payées et quatre tables finales en 2017

« Beaucoup de joueuses viennent me voir, parce qu’il y a encore très peu de femmes dans ces tournois de mixed games », explique Taylor.

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"Il y a encore très peu de femmes dans les Mixed Games."

« Donc je suis bien placée pour savoir qu’il y a beaucoup de femmes qui veulent apprendre les mixed games, mais c’est difficile en ce moment, puisqu’elles n’y ont pas accès en ligne. »

Lorsqu’il était encore possible de jouer aux mixed games sur Internet pour quelques dollars, Taylor raconte avoir joué des centaines de milliers de mains.

De plus, commencer à jouer sur Internet lui a également permis de ne pas avoir à faire face aux difficultés que rencontrent les femmes dans un milieu très majoritairement masculin.

Lorsqu’elle a commencé à jouer IRL, elle avait déjà suffisamment de confiance et d’expérience.

« Ensuite j’ai dû gagner le respect des autres joueurs, comme tout le monde, homme ou femme.

Quand quelqu’un débarque dans un tournoi à 50 000 $, qui que ce soit, il doit prouver sa valeur. »

Cette année, lors des World Series of Poker 2017, elle a atteint 8 places payées, dont 4 tables finales (hors Main Event).

« Regardez toutes ces femmes confiantes et fortes »

Taylor estime que la présence de joueuses comme Maria Ho, Cate Hall, Liv Boeree et bien d’autres est une très bonne raison d’être optimiste quant à l’avenir des femmes dans le poker, que ce soit en terme de représentation que d’égalité.

Ces dernières années, de plus en plus de femmes ont remporté de grands tournois et Taylor estime que cela va continuer et s’intensifier.

« En tant que femme, on ne peut pas contrôler la manière dont quelqu’un va nous traiter à table, mais on peut contrôler notre réaction et décider de rester forte, quelle que soit la manière dont on nous traite », explique-t-elle.

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Fortes, indépendantes et pleines de confiance.

« Je suis optimiste parce qu’il y a déjà tellement de joueuses très fortes mentalement qui sont arrivées au plus au niveau.

Est-ce que je penses que les hommes vont arrêter de traiter les femmes comme des êtres inférieurs ? Non. C’est trop ancré chez certains. C’est la réalité de notre société.
Mais quand je vois les femmes qui sont les figures de proue des joueuses, elles sont tellement fortes, indépendantes et pleines de confiance que ça me rend optimiste.

Quand j’ai commencé en 2006, il y avait très peu de joueuses, il n’y avait que Jen Harman et Annie Duke. Mais les choses ont changé, je pourrais citer 20 joueuses sans même y réfléchir, et elles sont toutes très confiantes et redoutables à la table de poker.
Elles savent se faire entendre, elle savent ce qu’elles veulent et comment elles veulent qu’on les traite, et j’en suis ravie. »

Le même jeu, avec plus d’enjeu

Taylor explique que même si elle ne participe pas souvent à des tournois avec un buy-in aussi élevé, elle se sent à l’aise dans le Poker Players Championship.

Il s’agit en effet de joueurs contre qui elle a l’habitude de jouer régulièrement, mais avec des buy-ins le plus souvent compris entre 3 000 et 10 000 $.

ETAY
"C'est un club masculin, mais pas besoin d'être un homme pour y rentrer."

« Si tous les gens qui participent à ce tournoi prenaient le temps de prendre un peu de recul et se rendaient compte qu’on participe à un tournoi pour lequel on a tous versé 50 000 $, je pense qu’ils diraient aussi que c’est une expérience incroyable.

J’ai observé ce tournoi de loin pendant des années et il y a 10 ans je n’aurais jamais pu croire que j’y participerais un jour. »

Cette année, la victoire dans le PPC a offert 1,4 million de dollars (un tournoi remporté par Elior Sion).

Gagner le respect par la compétition

Taylor estime que dans les high stakes (hauts enjeux), le fait d’être un homme ou une femme a moins d’importance que dans le reste du poker. L’essentiel est d’être capable de survivre dans un environnement aussi compétitif et volatil.

« Si tu peux supporter la compétition de ces parties, tu gagneras le respect des autres joueurs, que tu sois un homme ou une femme », estime-t-elle.

« Je joue depuis suffisamment longtemps pour avoir gagné ma place en quelque sorte. Tout le monde me voit comme un joueur comme un autre.
C’est un club masculin, mais on peut y entrer sans être un homme. »


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