Main de la Semaine : Phil Hellmuth se prend (encore) un sale coup

As craques de Phil Hellmuth
"Non mais j'vous jure, y'a plus de respect ma bonne p'tite dame !"

Phil Hellmuth est l'un des plus grands champions du poker, mais est aussi réputé pour souvent se plaindre. Cependant dans cette main il avait une bonne raison de le faire.

Hellmuth est le joueur à avoir remporté le plus de bracelets dans l'histoire des World Series of Poker, soit 14.
Considéré comme l'un des 5 meilleurs joueurs du monde voir le meilleur joueur en tournois, il a en revanche souvent eu plus de mal en parties de cash games.

Récemment, le "Poker Brat" a fait une nouvelle apparition dans l'émission télé de poker Poker Night in America.

Dans cette main que nous allons détailler, il touche le flop parfait avec la meilleure main de départ possible... mais se retrouve une nouvelle fois victime des cartes. That's poker !

Du Flop à la River

Ce nouvel épisode de ce show particulièrement amusant propose encore cette fois une belle table, parfaite combinaison de joueurs professionnels et amateurs.

Dans cette main qui nous intéresse, les blindes sont à 25$/50$ et Phil Hellmuth est de petite blinde, avec un tapis de 13 500 $ devant lui. Il découvre alors     .

En position UTG, Matt Glantz (avec un tapis de 3 000 $) relance à 150 $.

L'action est couchée jusqu'à Tony Bracy au bouton, un agent immobilier. Il possède un stack de 6 400 $ et il décide de payer.
Hellmuth sur-relance à 550 $, et Glantz et Bracy payent tous les deux. Il y a 1 700 $ dans le pot et le flop vient :
     

Hellmuth mise 550 $ de plus, ce qui suffit à faire s'en aller Glantz. Bracy en revanche suit.
Il y a à présent 2 800 $ dans le pot, et les tapis effectifs sont de 5 300 $.

La turn est le   et Hellmuth checke. Bracy en fait de même.

La river est le   Hellmuth mise maintenant 975 $.
Bracy commence alors à parler et à faire beaucoup de cinéma, avant de finalement relancer à 2 450 $.
Hellmuth paye instantanément, et voit son adversaire montrer...     .

Vous pouvez vous imaginer ce qui arrive ensuite.
Mais revoyez donc cette main et revivez aussi... la colère froide de Phil dans la vidéo ci-dessous.

Analyse

Il est toujours terrible de perdre de l'argent au poker avec une telle main. Mais jetons donc un œil à comment les deux joueurs ont joué chacun de leur point de vue.

Avant le flop, Bracy suit avec une main que l'on considère généralement comme une main piège, une main souvent dominée et qui ne gagne que rarement un gros pot.

Mais dans une partie de cash game au jeu large, il est souvent correct de jouer ce type de main en position. Et puis en bonus bien sûr, elle est assortie.

Hellmuth est assis à la petite blinde, et a la meilleure main de départ du poker. Il part donc légitimement tout de suite à l'attaque, pour construire le pot.

Son intention est également de faire fuir la grosse blinde, qui aurait généralement une bonne cote pour suivre si Hellmuth se contentait de payer la relance initiale. Et puis quand vous avez les as hors de position, vous voulez jouer face à un adversaire, deux au grand maximum.

Hellmuth sur-relance alors, à un montant de près de 4 fois la première relance. Cela donne cependant toujours la cote à ses adversaires pour payer, pour pouvoir ensuite peut-être déstacker le Poker Brat.

Hellmuth floppe un monstre

L'as au flop donne donc à Hellmuth le brelan max, soit le meilleur jeu à ce stade. D'autre part, l'A et la Q touchent tous les deux l'éventail de mains de ses adversaires, qui ont donc peut-être pu toucher quelque chose.

Il est très possible que Hellmuth joue maintenant face à une top double paire, des paires intermédiaires avec K-Q ou Q-J, des tirages avec K-T, K-J, J-T, ou un tirage couleur.

Hellmuth floppe brelan as
Un gros flop.

Une mise est le bon move ici, puisqu'il veut faire payer les mains à tirage(s) et les mains plus mauvaises que la sienne.
Cependant, miser 550 $ dans un pot de 1 700 $ est inhabituel car assez faible.

Cela ne veut pas dire que c'est nécessairement mauvais, mais une mise de 850 $ n'aurait certainement pas chassé n'importe quelle main décente à potentiel, mais aurait en revanche fait monter encore plus le pot tandis qu'il était toujours favori.

Glantz se couche néanmoins, et la question est maintenant : Bracy devrait-il suivre ou relancer avec son tirage couleur mais surtout quinte flush royale ?
Il opte pour un call, ce qui est la décision correcte.

Même si Hellmuth n'avait "que" A-Q, il serait largement derrière, et ne ferait pas coucher de nombreuses mains meilleures.
L'éventail de Hellmuth est assez fort après un 3-bet pré-flop et la prise d'initiative sur un flop face à deux joueurs.
En payant, Bracy conserve deux moyens de gagner la main – en touchant une quinte ou une couleur (de préférence une quinte, celle-ci serait mieux cachée) ou en volant le pot si Hellmuth montre de la faiblesse.

Une Turn dangereuse

Lorsque la couleur rentre, Hellmuth checke. Principalement pour voir ce que son adversaire va faire. Comme aucune mise ne sera faite, il va lancer une dernière cartouche à la river - un plan de jeu un peu suspicieux.

Le problème aussi est que l'éventail de Bracy possède beaucoup de mains avec un cœur au moins, par exemple K-Q, qui a donc désormais des outs supplémentaires et qui paierait sans problème une mise à la turn.

Tony Bracy
Le piège se referme.

Si Bracy mise seulement ses couleurs, il serait également meilleur de miser et de gagner de l'argent sur les tirages puis de check-fold à la river, plutôt que de devoir payer une mise à la turn (si Bracy misait) puis de se coucher à la river.

Donc du point de vue d'Hellmuth, il aurait été mieux de miser. Mais qu'en est-il pour Bracy ?

Pour lui la question cruciale est la suivante : Peut-il se faire payer deux fois (à la turn et à la river) s'il mise ?
Pour être honnête il n'aurait droit à deux mises que contre des mains très fortes. On ne peut donc pas trop le blâmer pour checker ici.

Hellmuth tombe dans le piège

A la river, Hellmuth pense qu'il est bon, et essaie de gagner un peu plus d'argent (value bet) avec une petite mise.
Miser 1 000 $ dans un pot de 2 800 $ est un bon sizing, puisque même avec un as dans sa main, Bracy paierait (même si avec difficulté).

En dehors du jeu d'acteur de Bracy qui en fait beaucoup, rien n'indique qu'Hellmuth n'a pas la meilleure main ici.

Après la relance à 2 450 $, les choses semblent en revanche un peu différentes. Hellmuth paye rapidement - rien de choquant vu qu'il a une cote du pot de 4 contre 1. Mais peut-être aurait-il quand même pu prendre un petit peu de temps pour réfléchir.

En face, la relance de Bracy est un move faible. La seule chose correcte aurait été de faire tapis.
En poussant tous ses jetons, Bracy aurait polarisé au maximum son éventail. En d'autres termes Hellmuth pouvait le voir soit sur le jeu max, soit sur rien du tout. Et Bracy aurait du coup été payé par presque toutes les mêmes mains qui allaient payer sa relance.
Notez ici que Bracy donnerait alors une cote de 2 contre 1, et pourrait être payé par A-Q et les brelans.

Conclusion

Phil Hellmuth floppe un monstre qui va le conduire à sa perte sur cette main.

Tony Bracy de son côté aura manqué la chance de prendre tous ses jetons au Poker Brat. Sa relance à la river aura en effet été trop timide, car il n'a pas su reconnaître à quel point l'éventail de son adversaire était fort.