Etude de main : Bluff ou Monstre, Mister Watson ?

David Peters
Une décision difficile pour David Peters.

Lors du dernier gros tournoi de l'année à Prague, David Peters avait réussi à souffler la place de numéro 1 au classement du Global Poker Index au nez et à la barbe du prodige Fedor Holz.

Depuis l'Américain s'est maintenu au plus haut niveau et ça ne semble pas prêt de changer. Il est actuellement 2è de ce même classement pour 2017.

Lors du Challenge à 100 000 $ des Aussie Millions en début d'année cependant, il s'est trop attaché à une main et n'a pu s'en défaire...
C'est cette main que nous allons étudier aujourd'hui.

Du Flop à la River

Le 100k$ Challenge des Aussie Millions est un tournoi très exclusif. Cette année, seulement 18 joueurs s'y seront inscrits.

A ce stade de la partie, ils ne sont plus que 6 joueurs encore en course. Et seuls 3 d'entre eux vont se partager l'argent, avec 882 000 dollars australiens pour le vainqueur.

Les blindes sont de 3 000 / 6 000 / 1 000 et les tapis assez profonds.

David Peters est en petite blinde avec 178 000, soit l'un des plus petits tapis.

Mike Watson relance et tout le monde se couche jusqu'à Peters, qui paye avec    

Cela amène le pot à 37 000, et le flop distribué est le suivant :      

Peters checke, et Watson mise 15 000. Peters suit, et le pot fait maintenant 67 000.

La turn est le  

Peters checke à nouveau. Watson poursuit avec une autre mise de 45 000, que Peters suit encore.
Le pot est à présent de 157 000 et les deux joueurs vont voir la river, qui est le  

A un dernier check de Peters, Watson répond par un all-in.
Peters doit maintenant risquer tous ses jetons s'il veut payer. Il prend un long moment pour réfléchir et prendre sa décision, et décide finalement de risquer sa vie dans le tournoi.

Watson montre     pour la deuxième meilleure main possible touchée à la river.
C'en est donc fini du tournoi de Peters, qui manque les places payées.

Revoyez tout d'abord cette main dans la vidéo ci-dessous :

Analyse

Vous pourriez penser que le call de Peters à la river avec deux overcards supérieures à sa paire est un peu large. Mais en y regardant de plus près, il devient clair qu'il avait de bonnes raisons de le faire.

Peters reçoit une main avec laquelle il est standard de défendre sa blinde face à une ouverture.

Watson relance depuis le cut-off avec un gros tapis, ce qui veut dire que son éventail est assez large. Il est à la deuxième meilleure place pour parler, et peut donc tout à fait essayer de voler les blindes.

peters
Un call standard ici.

Le call de Peters est standard. Sa main est trop forte pour la coucher ici.

Rester fort sous la pression

Le flop est très beau pour Peters. Il trouve la top paire, et est derrière seulement face à toutes meilleures mains de départ du Texas Hold'em.
Celles-ci feraient partie du top de l'éventail de Watson : A-A, K-K, Q-Q, J-J, A-T, K-T, auxquelles il faudrait ajouter les paires de 10, de 7 ou de 2.

Mais comme l'éventail de Watson a tellement d'autres mains plus faibles dedans aussi, en aucune manière Peters ne devrait se coucher face à la mise de continuation "obligatoire" de son adversaire.

La situation change quand le J arrive à la turn. Du point de vue de Peters, c'est une carte supérieure peu amicale, même si pas nécessairement un désastre.

Mais Watson mise donc d'un montant qui doit faire s'inquiéter Peters à propos de la river. Pourra t-il se coucher sur cette dernière carte ?

Le Canadien met 45 000 pour faire passer le pot à 112 000. Si Peters paye, il gonflera à 157 000. Les tapis effectifs seront en revanche de 110 000 lorsque les deux joueurs seront à la river.

Mais Peters sait que si vous jouez contre un joueur de classe mondiale tel que Watson, vous devez rester fort quand la pression est mise.

Et puis aussi c'est important, le valet de pique ouvre de nombreuses possibilités de tirages et de combos, qui rendent un semi-bluff aussi bien plus probable.

Bluff ou Monstre ?

Le K fait donc son apparition à la river. Une carte qui contente A Q, K Q et Q 9. En revanche les tirages combinés couleur et quinte par le ventre ne sont pas rentrés.

Watson part à tapis, et Peters ne se demande pas vraiment si Watson a touché un valet ou un roi.
La question est plutôt de savoir si Watson a touché la quinte avec A-Q ou Q-9 ou même 9-8 à la turn. Ou il pourrait avoir un brelan.

Mike Watson 100k challenge Aussie Millions
A vous l'honneur Monsieur Watson.

En effet regardez donc - qui de sain d'esprit irait donc à tapis ici avec juste une paire de rois ? Ou même les valets ?

Peters a déjà payé deux fois, ce qui le fait paraître plutôt fort. Il est donc face à la question : bluff ou monstre mister Watson ?

Si Peters se couche ici il aura toujours un bon tapis d'environ 200 grosses blindes. Mais s'il gagne le coup, il aura soudainement une grosse chance d'aller chercher le gros lot.

Ceci étant, vu que ce tournoi était joué avec une "shot clock" (un chrono), les joueurs n'avaient pas réellement le temps de passer en revue toutes les mains et les options.

Peters aura vu que le tirage couleur ne sera pas rentré, ce qui l'aura peut-être conduit à prendre cette décision.

Le point de vue de Watson

L'expérience de Watson est différente dans cette main. Le flop est très sec et celui-ci ne touche rien sinon des tirages backdoor, et il n'y a qu'une carte supérieure.

shot clock - un chrono de poker
Tic tac tic tac...

Ensuite le J à la turn est quelque part une carte rêvée. Elle lui donne un tirage couleur et un tirage quinte par les deux bouts.
Au cas où son overcard lui donne aussi des outs, il peut à présent en avoir jusqu'à 18 !

Autant dire qu'il n'en faudra pas plus à un joueur de la trempe de Mike Watson pour comprendre qu'il est dans une parfaite situation pour un semi-bluff. Le semi-bluff a ici beaucoup d'équité pour le pot, de fold equity (espérance de faire coucher), et donne de très bonnes cotes implicites.

Une autre question reste sans réponse cependant. Watson irait-il à tapis si la river était une brique (une carte qui ne change rien) ? Nous ne savons pas, mais c'est certainement possible.

Et c'est exactement ce qui justifie le call de Peters - même s'il avait tort cette fois-ci.

Conclusion

Mike Watson et David Peters ont donné tout ce qu'ils pouvaient dans cette main, avec un joueur maximisant la pression à chaque tour, tandis que l'autre trouve encore et encore de bonnes raisons de ne pas lâcher sa main.

Au final, c'est Watson qui en ressortit vainqueur, traçant son chemin vers une deuxième place dans ce tournoi pour 400 000 $ AUD à l'arrivée !