Faut-il croire aux "rush" et jouer là-dessus ?

Mike Matusow

Tout vous sourit, vous accumulez les bonnes mains, vous touchez tous vos flops et même vos river. La chance est avec vous et vous vous sentez invincible : Vous êtes en rush. Faut-il en profiter ou garder la tête froide ?

On est tous passés par là.

On gagne quelques mains d’affilée, et voilà : on commence à faire des blagues, à se taper dans les mains et à empiler nos jetons en se vantant de notre génie à qui veut l’entendre (ou pas).

C’est inévitable. On est en plein « rush ». On plane totalement. On se sent invulnérables. On imagine que c’est notre talent qui nous a ramené tous ces jetons.

La réalité finit par reprendre ses droits, mais peu importe. Alors évidemment, il n’y a aucun problème avec ça. C’est génial de gagner plein de jetons, et si on ne peut pas profiter de ces moments-là, alors à quoi bon ?

Mais très souvent, un joueur en plein rush fait ensuite quelque chose de très intéressant.

Il regarde ses cartes, suit une relance d’un joueur serré et dit : « Faut bien que je joue mon rush » pour justifier ce qu’il sait être un très mauvais choix stratégique.

Est-ce sensé ? Est-ce intelligent de vouloir « jouer son rush », est-ce que c’est rentable ? Ou bien est-ce que ça vous coûte de l’argent sur le long terme ? En bref, les rush sont-ils réels ?

La réponse est complexe. Je peux penser à au moins trois raisons qui poussent quelqu’un à jouer son rush, mais elles ne sont pas toutes convaincantes.

1. Je joue mon rush parce que je suis sur un bon run

La plupart des joueurs de poker pensent que c’est vrai. Ils ont tort. C’est faux. Et voilà de quoi vous en convaincre : on ne voit ses rush qu’avec le recul. Vous gagnez une grosse main. Génial. Est-ce que c’est un rush ? Non.

Bon, vous en gagnez deux d’affilée. Un rush ? Peut-être. Trois ? Quatre sur cinq ? Vous finirez forcément par penser que c’est un rush. Mais vous ne le saurez que rétrospectivement. Vous gagnez très souvent une main. Vous gagnez rarement la deuxième. Pas de rush.

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Il n'y a pas de mal à être en réussite. Ne comptez juste pas à ce que ça dure forcément.

Vous comprenez ? Les rush ne peuvent pas être prédits, et leur fin non plus. Alors quand vous dites « je joue mon rush », ça veut dire que vous estimez que ce qui s’est passé va continuer. Et logiquement, c’est faux.

Chaque main est aléatoire. Toucher deux couleurs d’affilée ne change pas la probabilité de base d’en toucher une sur la prochaine main. Elle est exactement la même.

Chaque main est indépendante de la ou des précédentes, et les probabilités ne sont pas influencées par les succès ou échecs passés.

Cet argument est donc totalement faux. La probabilité de remporter la main suivante n’augmente pas parce que vous êtes « sur un bon run », tout comme la probabilité de perdre si vous êtes dans la situation inverse.

2. Je joue mon rush parce que je suis plus perspicace quand je gagne

Cet argument est un peu plus solide. La plupart d’entre nous jouons mieux quand nous gagnons que quand nous perdons. Gagner booste la confiance et augmente votre agressivité. Il peut donc être pertinent de jouer un rush si vous jouez de manière plus affutée quand c’est le cas.

Mais cet argument n’a en fait rien à voir avec le rush. Il est simplement basé sur le fait que vous avez tendance à mieux jouer au poker quand vous gagnez que quand vous perdez.

ram vaswani
Un fait : vous avez tendance à mieux jouer quand vous gagnez que quand vous perdez.

Il est pourtant essentiel de réussir à maintenir un haut niveau de jeu même lorsqu’on se fait malmener. Si vous voulez jouer un rush parce que vous jouez comme un dieu, tant mieux, mais soyez conscients que le « rush » n’y est pour rien.

3. Je joue le rush parce que je peux dominer cette table

Là, on parle sérieusement. Ce dernier argument est beaucoup plus proche de la réalité. Mais là encore, le rush n’y est pour rien. C’est la perception qu’ont les autres du rush qui importe. Ça fonctionne parce que la plupart des joueurs de poker ne comprennent pas les deux arguments précédents.

Comme la plupart des joueurs sont persuadés que les rush existent, ils pensent qu’ils continuent. À coup de remarques prophétiques, ils se persuadent que vous êtes invulnérable.

Remarquer que vous êtes sur une bonne série n’a pas beaucoup d’importance. Mais cela peut pousser les joueurs à ne pas aller contre vous.

Quand vous êtes en « rush » et que quelqu’un agit comme ça, vous savez à 100 % que vous pouvez le dissuader avec une simple relance.

Vous le contrôlez parce qu’il est persuadé que votre rush est mystique, réel et durable. Il a donc peu de chance de répondre à votre agression.

andy black
Vous pouvez avoir le contrôle de vos adversaires s'ils pensent que votre rush tient de la magie.

Et encore une fois, si ça fonctionne, ce n’est pas parce que les rush existent, mais parce votre adversaire le croit. C’est la clé : la croyance bat la réalité.

Conclusion

Au final, la réponse à la question « Est-ce que je dois jouer mon rush ? » est à la fois « oui » et « non ».

Si vous adversaires ont lu cet article, alors non. S’ils croient au pouvoir des rush, alors oui. Tout simplement parce qu’ils auront peur de vous et ne joueront pas leur meilleur poker. La clé, ce n’est pas que les rush existent ou pas, mais que les autres le croient.

Un petit aparté sur la « main chaude »

Les rush du poker ont des cousins dans d’autres sports : la soi-disant « main chaude ».

On la retrouve au basket, au baseball, etc. On a tendance à faire rester plus longtemps sur le terrain un joueur dans cette situation.

Au poker, les joueurs qui pensent « être sur un bon run » ont tendance à participer à plus de tournois.

Ces dynamiques sont-elles réelles ? Peut-être. Ou peut-être pas.