Gérer le Stress pendant la Bataille

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Le poker est-il : (a) un jeu stressant ; (b) un jeu que les gens pratiquent pour se détendre ; (c) les deux ?

Je prends la réponse (c). La vôtre peut être différente.

Pourquoi ?

De quoi va dépendre votre réponse ?

De votre façon d'appréhender le jeu, de l'importance de vos mises et de vos propres raisons pour vous asseoir et jouer à cette table.

Pour la plupart des gens, c'est un loisir. Ils jouent à la maison entre amis, vont de temps en temps faire un tour au casino du coin, ou allument l'ordinateur pour faire quelques parties en ligne.

Les mises sont en général basses, donc s'ils perdent ce n'est jamais grand chose, qui s'en rendrait compte ? Et s'ils gagnent, c'est tant mieux.

Par contre, augmentez les mises, ajoutez deux cuillerées d’ego démesuré, remuez bien, et vous verrez que tout change.

Perdre quelques dizaines de dollars contre un pote, c'est une chose. C'en est une autre d'être coincé dans une partie sans merci de No-Limit 10$/25$ au milieu d'une bande de gars munis de lunettes de mouches, sweats à capuche et regards maléfiques.

Du genre qu'on dirait qu'ils sortent d'une audition pour un remake de Les Joueurs.

Ce genre de situations produisent-elles du stress ? Bien sûr.

Cela peut-il affecter votre façon de jouer ? Absolument.

Quels effets peut avoir le stress sur votre jeu ?

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La frustration arrive même aux meilleurs.


Le stress affecte le corps, le cerveau et sa capacité à prendre des décisions.

L'une des principales sources de stress est la frustration, que vous ressentez quand : (a) vos objectifs sont compromis (vos trois derniers bluffs n'ont pas marché) ; (b) vous êtes dans une situation de pression constante (ça fait 5 fois qu'on relance votre c-bet) ; (c) vous n'arrivez pas à avancer (vous avez encore raté un tirage).

Et voilà, votre organisme part en vrille : poussée d'adrénaline, votre température corporelle joue aux montagnes russes, ... Ajoutez à cela un peu d'hypertension et toute capacité à raisonner disparaît.

Au poker, il est évident qu'enchaîner les mauvais résultats est agaçant et frustrant.

Mais sont-ils forcément sources de stress ? Engendrent-ils toujours ces changements physiologiques qui affectent votre façon de jouer ?

Le fait de planter une dizaine de tirages à la suite ferait monter la pression artérielle de beaucoup d'entre nous, mais pas de tous.

Certains trouvent ça vaguement énervant, à peu près autant que le bourdonnement d'une mouche. Oui, ils sont stressés, mais cela produit chez eux différentes manifestations émotionnelles.

Quelle est votre expérience émotionnelle ?

Dans le cadre d'une enquête effectuée il y a quelques années, on a administré à des étudiants une dose d'adrénaline en leur disant qu'il s'agissait d'un médicament pour booster leur capacité mémorielle, puis on leur a demandé d'attendre qu'elle fasse effet.

La moitié ont dû attendre dans une salle avec un mec plutôt marrant qui leur racontait des blagues, des anecdotes et faisait l'idiot, pendant que les autres attendaient avec un prof sinistre et déprimant.

Lorsqu'on les a ensuite interrogés, les étudiants du premier groupe ont déclaré que l'expérience avait été géniale, qu'ils avaient adoré.

Ceux du second groupe, en revanche, ont trouvé cela déprimant, désagréable, et ont même parlé d'effets secondaires déplaisants.

Même produit, mêmes effets physiologiques, expériences émotionnelles différentes.

Le bluff de sang froid : tension extrême ou zen attitude ?

Il y a quelque chose à retenir de tout ça.

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Etes-vous capable de rester calme pendant un gros bluff ?

Rappelez-vous la dernière fois que vous avez tenté un bluff pour un gros pot. Le cœur qui bat à 5000 à la seconde, la gorge serrée en attendant que votre adversaire se couche.

Pour certains c'est un moment zen, pour d'autres la pire des tortures psychologiques.

En général, on voit la différence à la réaction du bluffeur après que l'autre joueur a foldé.

Ceux qui n'ont pas de problème pour gérer leur stress se contentent de récupérer le pot, rien de plus.

Quant aux autres, il n'est pas rare de les voir réagir plus explicitement, qu'ils lâchent un soupir de soulagement, secouent la tête ou même se mettent à rire.

Ça, ce sont des gens qui ressentent le stress de manière plus intense que les autres.

La prise de risque est inhérente au jeu

Le jeu, de par sa nature, implique une prise de risque.

Le risque engendre du stress, que nous gérons tous de manière différente. Certains ont appris à le réguler de manière à ce qu'il n'ait qu'un impact minime sur leur organisme et que leur raisonnement ne s'en ressente pas.

Parmi ceux-là, on retrouve les véritables pros qui ont une très longue carrière et quelques très bons joueurs amateurs.

D'autres n'arriveront jamais à passer au-dessus de leur stress. On les retrouve quasi-exclusivement dans les parties à bas enjeux.

Et puis d'autres encore ne peuvent pas résister à ce rush d'adrénaline. Ils deviennent les Icare du poker, esclaves de leur addiction, s'envolent bien haut pour mieux retomber et disparaître du circuit.

Pas moyen de l'éviter, alors apprenez à le contrôler

Impossible d'éviter complètement le stress lorsqu'on joue au poker. Ce ne serait d'ailleurs pas souhaitable.

Ce qu'il faut c'est apprendre à l'identifier, le dompter, et arriver à le maintenir à un niveau raisonnable.

Le meilleur moyen d'arriver à cela est de rester dans ce qu'on appelle en psychologie sa « zone de confort ». Même les meilleurs le font.

Il y a quelques années de cela, Andy Beal, un milliardaire de Dallas, avait lancé un défi aux meilleurs joueurs du circuit, les invitant à jouer contre lui en heads-up pour des sommes astronomiques.

Beal et ses poches pleines de billets avaient un but bien précis : forcer les pros à justement sortir de leur zone de confort.

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Intimidé par personne.

Pour contrer la tactique de Beal, les pros ont combiné leurs fonds, répartissant ainsi entre eux à la fois le stress et l'engagement financier.

Au final, ils ont réussi (enfin, surtout Phil Ivey) à renvoyer Beal au Texas plus léger de quelques millions.

Et au cas où de telles anecdotes vous fassent perdre le fil, je vous réserve une autre surprise : l'argent n'est pas le nerf de la guerre.

Bill Gates, une des rares personnes au monde qui aient les poches encore plus remplies que Beal, est un habitué du poker.

Gates pourrait participer aux plus grosses parties du monde sans que cela ait le moindre impact sur son compte en banque. Il est financièrement immunisé contre quoi qu'il puisse arriver.

Et pourtant il est bien connu à Seattle pour ne prendre part qu'à des parties à 10$/20$. Simplement parce qu'il ne se sent pas à l'aise au-delà.

Je doute qu'il soit conscient des mécanismes psychologiques derrière tout ça, mais il a complètement raison.

Il a trouvé sa zone de confort. Ce qui lui permet de rester en contrôle de son stress.

Ses décisions ne seront pas affectées et son jeu s'épanouira. Bien sûr, Bill joue pour se détendre.

Les conseils pratiques ?


  • Savoir comment vous appréhendez la frustration et sa conséquence directe, le stress. Vous affectent-ils facilement ? Un petit peu de stress suffit-il à vous renverser comme un château de cartes ? Si oui, contentez-vous de jouer à un niveau moindre où la pression sera moins importante. Et si non, n'hésitez pas à passer au niveau supérieur en même temps que votre maîtrise du jeu augmente.
  • Découvrez votre zone de confort, là où vous vous sentez bien, et ne laissez personne vous forcer à en sortir.
  • Attention à ne pas devenir un de ces junkies de l'adrénaline. Profitez-en si vous en êtes victime, mais n'en soyez pas sans-cesse en quête. Vous vous en porterez mieux sur le long terme.

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