Gérer le Stress, 2ème partie

leo2767
Leo Margets

Nous nous sommes récemment penchés sur les effets physiologiques et psychologiques de la frustration et du stress, en particulier lorsque tout ne tourne pas au mieux à la table de poker.

Dans la première partie, je me suis focalisé sur les différentes réactions au stress et sur quelques astuces simples pour essayer d'arriver à le gérer.

Ici, j'aimerais m'attarder un peu sur le phénomène du stress en lui-même, les émotions qui l'accompagnent, et analyser plus en détails ce qui se passe dans votre corps et votre tête lorsque vous êtes assis à la table de poker.

Oui, je sais ce que vous pensez, je recommence à jouer au prof. Je peux pas m'en empêcher. Mais ne partez pas si vite, vous pourrez peut-être en retirer quelque chose.

Pour commencer, deux points clés :

1. Le stress n'est pas forcément une mauvaise chose, ce n'est qu'une émotion comme une autre.
2. La même quantité de stress peut provoquer des émotions très différentes.

Bon, je sais, pour l'instant tout ça reste très énigmatique, mais ne vous précipitez pas pour cliquer sur « précédent ».

En fait, ce n'est pas si compliqué, et cela devrait vous permettre de développer de nouvelles stratégies pour mieux comprendre votre jeu ou pourquoi vous êtes meilleurs que vos adversaires dans certains contextes et pas d'autres.

Le stress n'est pas forcément une mauvaise chose, juste une émotion comme les autres

Comme je l'ai déjà fait remarquer, il est scientifiquement prouvé qu'un trop haut niveau de stress en continu n'est pas bon pour la santé. Les choses sont quand même un peu plus compliquées que cela.

Par moments, le stress s'avère être un excellent facteur de motivation. S'il est assez élevé, il peut pousser les gens à accomplir des choses qui paraissent inimaginables dans un contexte « ordinaire ».

Ainsi, on a vu des parents forcer des portes de voitures en flammes pour secourir leurs enfants et se rendre compte uniquement plus tard qu'ils avaient fait ça avec une jambe cassée.

Dans ces moments de forte pression émotionnelle, on peut arriver à faire des choses incroyables.

hevad khan 11427
Quand le niveau d'émotions s'élève, des choses bizarres peuvent arriver.

D'un autre côté, que penseriez-vous d'un neurochirurgien qui serait dans cet état là ?

Non, effectivement. Je veux quelqu'un d'euphorique pour sortir mon gamin d'une voiture qui brûle. Mais s'il est sur la table d'opérations, je préfère que cette personne soit calme et stoïque.

Et vice-versa, avoir le calme d'un chirurgien ne s'avère pas très utile en cas d'incendie en plein milieu de la route.

Pour que ce soit bien clair, imaginez que c'est le petit du chirurgien qui est dans la voiture.

Adoptez l'approche de Boucles d'Or

En psychologie, on appelle cela les « interactions ».

La façon dont le stress vous affecte dépend de (ou « interagit » avec) différents facteurs, par exemple la tâche que vous avez à accomplir.

Cela fait plus d'un siècle que l'on connaît l'interaction entre le stress et la difficulté de la tâche. On appelle cela la loi de Yerkes-Dodson, d'après les deux psychologues qui s'y sont penchés.

Un conseil ? Bien sûr. Agissez comme Boucles d'Or.

Comme l'héroïne du conte, vous devez arriver à ce que tout soit « juste comme il faut » : pas trop chaud, pas trop froid, pas trop mou, pas trop dur.

Si vous êtes toujours à fond, euphorique, constamment shooté à l'adrénaline, votre raisonnement sera bon à jeter.

À l'inverse, si vous êtes assis là sans aucune énergie ni motivation, il vous manquera l'agressivité nécessaire.

Premier corollaire :

Vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi des bons joueurs à 5$/10$ se plaignent parfois de ne pas arriver à gagner lorsqu'ils jouent en 1$/2$ ?

0441 Phil Hellmuth
Les pleureurs pleureront.

C'est probablement parce que leur niveau de stress est trop bas. Ils n'ont pas assez de pression. Ils s'en fichent.

Oh bien sûr vous les entendrez se plaindre des "one-outers", des victoires pas méritées ou de bluffs qui n'ont pas pris. Mais la réalité c'est qu'ils ne se sentent pas assez impliqués. Ce sont des chirurgiens devant un incendie.

Second corollaire :

Vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi des bons joueurs à 5$/10$ se ramassent quand ils essayent de passer en 10$/25$ ?

Trop de stress. Trop de pression. Ils sont trop impliqués.

Oh bien sûr vous les entendrez se plaindre des gars qui relancent avec 4-3 ou de la chance qu'ont eu leurs adversaires, mais foncièrement, ils savent à quoi s'en tenir à ce niveau de jeu.

Le problème c'est que la pression émotionnelle est trop forte. Comme des secouristes en train de faire de la chirurgie.

Chose assez fascinante, il peut très bien s'agir du même joueur dans les deux cas.

Il connaît toujours aussi bien le jeu, peut toujours prendre de bonnes décisions. Si vous le lui demandiez, il vous expliquerait les changements tactiques qu'il doit faire. Mais malheureusement il n'y arrive pas. Il a perdu Boucles d'Or.

La même quantité de stress peut engendrer des émotions très différentes

Vous vous souvenez de cette expérience dont on a parlé dans la première partie de l'article ?

Si non, une petite piqûre de rappel. On a administré à des étudiants une dose de ce qu'ils pensaient être un nouveau médicament pour améliorer leur capacités mémorielles. En réalité (malheureusement un tel médicament n'existe pas), c'était de l'adrénaline.

Certains ont ensuite attendu dans une pièce en compagnie d'un mec drôle, qui racontait des blagues, organisait des jeux et s'éclatait, pendant que les autres attendait avec quelqu'un de mauvaise humeur, déprimé, et qui passait son temps à se plaindre.

g9064
Trouvez le niveau de stress "juste bon".

Plus tard, ceux qui étaient avec l'amuseur de service étaient de super humeur et n'ont constaté aucun effet secondaire.

Les autres étaient déprimés, stressés, et ont déclaré avoir subi tout un tas d'effets secondaires.

Même substance, même dose, même physiologie. Environnements différents, interprétations différentes.

Petite leçon pour les junkies du poker

Il y a une leçon à tirer de tout ça, simple mais trop souvent sous-estimée.

La façon dont vous appréhendez vos émotions est aussi importante que les émotions elles-mêmes.

Imaginez que vous avez parcouru la moitié de la planète pour jouer contre plus d'un millier de joueurs pour remporter le gros lot d'un million de dollars, ou que vous effectuez votre pèlerinage à Vegas pour les WSOP, ou que vous avez été invité dans ce club new-yorkais underground où "Teddy KGB" vous attend en marcel.

Moi ? Je suis passé par tout ça, et à chaque fois avec un degré d'émotions intense.

Parfois je me sens euphorique, excité, j'ai tellement envie de jouer que je peux presque en sentir le goût.

Et puis d'autres fois je suis un peu moins optimiste, tendu, avec presque un sentiment de peur et cette petite voix dans ma tête qui me murmure « T'es pas à ta place, idiot ».

Je suis prêt à parier une pile de petits jetons rouges que tous autant que vous êtes vous vous en sortez mieux quand vous arrivez à transformer cette hyper-émotion en énergie positive.

N'oubliez pas Boucles d'Or

Conseil : la prochaine fois que vous et vos jetons vous retrouvez face à une bande de pros redoutables ou qu'il y a trois « bracelets » à votre table, pensez à Boucles d'Or.

Pas d'anxiété ou de peur, la poussée d'adrénaline n'est pas une pulsion de mort.

C'est de l'excitation, vous êtes au taquet, concentré et aussi précis que n'importe quel chirurgien.