Gros gagnant en ligne, il arrête le poker pour ouvrir un restaurant

Di Dang
Di "Urindanger" Dang

À une époque, le nom « Urindanger » inspirait la peur même chez les plus chevronnés des pros du poker high stakes en ligne.

Di « Urindanger » Dang est l’un des joueurs de poker en ligne ayant rencontré le plus de succès. Avec son frère Hac « Trex313 », ils ont remporté plus de 10 000 000 $ sur Full Tilt Poker pendant l’âge d’or du poker.

Aujourd’hui, son compte est inactif, et Di n’a aucun projet de le réactiver. Et ce pour une bonne raison : Di et Hac se sont lancés dans une autre aventure, la restauration.

Les deux frères ont en effet ouvert un restaurant, Chasin’ Tails, chez eux, en Virginie.

Réussir à ouvrir un restaurant qui marche n’a rien de simple, mais Chasin’ Tails reçoit des critiques unanimes. Ils ont d’ailleurs déjà ouvert deux autres franchises, et d’autres sont dans les tuyaux.

Di apprécie toujours de jouer au poker de temps en temps, et on ainsi pu le voir disputer l'Event 62 de Pot-Limit Omaha High Roller à 25 000 $ lors des WSOP. Nous en avons profité pour discuter avec lui.


Di, tu joues beaucoup au poker ces temps-ci ?

Je joue un peu, de temps en temps. Je suis venu aux World Series parce que j’avais une semaine de vacances.

Et online ?

Non, plus du tout.

Di Dang aux WSOP 2016
"Ca me manque de gagner beaucoup d'argent, mais il faut aussi se souvenir des jours où on perdait."

Est-ce que ça te fait bizarre ? Ça te manque ?

Il y a des bons et des mauvais côtés. On essaye vraiment de réussir dans un autre domaine. Donc c’est complètement différent. Mais ça me manque de gagner beaucoup d’argent, évidemment. Mais il faut se souvenir des jours où on perdait beaucoup.

Globalement, je pense que c’est plutôt une bonne chose de ne plus jouer.

Comment se passe la vie de restaurateur ?

Plutôt bien. On a trois restaurants et on devrait en ouvrir deux autres d’ici la fin de l’année.

C’est beaucoup plus de travail et d’implication que ce qu’on imaginait. On pensait ouvrir, trouver un moyen de faire venir les gens et se détendre. (rires) En fait, c’est beaucoup plus exigeant.

Comment s’est passée la transition du poker à la restauration ?

Je pense sincèrement que nos compétences dans le poker nous ont beaucoup aidés.

On apprend tellement au poker. Il faut de la discipline, il faut être toujours prêt à apprendre pour rester au meilleur niveau, etc. Je pense que beaucoup de gens ne se rendent pas compte que beaucoup de ces leçons peuvent les aider dans d’autres secteurs.

C’est très gratifiant de voir que le travail investi dans le poker nous aide dans la restauration.

Qu’est-ce qui est le plus satisfaisant : gagner au poker ou recevoir de super critiques ?

C’est exactement la même chose. Au début, quand on a eu des critiques négatives, on l’a très mal pris. C’est comme un bad beat au poker. Ça fait très mal.

L’avantage dans la restauration, c’est qu’il y a un aspect encore plus gratifiant, qu’on ne retrouve pas dans le poker : on voit qu’on a un impact dans la vie des gens.

Lequipe du restaurant Chasin Tails
L'équipe derrière la chaîne de restaurants The Chasin'Tails.

Le poker est un milieu féroce. Tout le monde veut gagner le plus d’argent possible.

Dans nos restaurants, on est une équipe, une famille. On a l’impression de contribuer un peu au monde.

Est-ce que tu as l’impression d’être sorti du poker au bon moment ?

Oui, je pense sincèrement que le poker est sur le déclin. Je pense que c’est pour ça qu’on est parti, mais il reste encore de belles parties.

J’ai encore des amis dans le poker, ils m’en parlent et parfois ça me titille. Ça me donne envie d’aller à Macao ou à Shanghai.

Mais je pense avoir fait le bon choix, car ça ne va pas durer. Le niveau est tellement plus élevé. Il y a tellement de joueurs qui jouent presque parfaitement. C’est difficile d’avoir un quelconque avantage sur qui que ce soit.

Donc il y a beaucoup plus de « mauvais jours ».

Si un jeune joueur venait te demander s’il devrait se lancer dans le poker, est-ce que tu lui conseillerais de se lancer dans une autre voie ?

Oui, je pense. Il ne reste plus qu’un tas de requins. Il n’y a plus autant d’argent à prendre. Selon moi, ce n’est plus rentable.

Hac Dang au Main Event des WSOP 2014
Son frère Hac, participant au Main Event 2014.

Certains y arriveront toujours, c’est sûr. Même s’ils se lancent demain. Parce qu’ils auront la bonne attitude, sauront gérer leur bankroll, auront de la discipline, etc.

Mais globalement, c’est beaucoup plus difficile d’y arriver qu’avant. Je dirais qu’une toute petite minorité arriverait à en vivre aujourd’hui, alors qu’à une époque j’encourageais tous mes amis à se lancer. Je leur apprenais à jouer, et hop. C’était facile.

Malgré tout ça, est-ce que tu t’amuses toujours quand tu joues ? Est-ce que c’est sympa de se retrouver à nouveau à une table de poker ?

Oui. Je suis un peu nerveux parce que je n’ai pas joué depuis longtemps. Je suis beaucoup plus stressé qu’avant. Ce tournoi que j'ai joué était un tournoi à 25 000 $, ce qui est plutôt pas mal, mais à l’époque je jouais pour beaucoup plus que ça. Je me souviens d’une partie à Macao pour 250 000 $.

Au restaurant, on bosse pendant 8 heures et on touche 5 000 $, si c’est une bonne journée.  

Maintenant que je ne suis plus dans le poker, ce tournoi me paraît énorme en termes d’argent. Il y a beaucoup plus de pression.

Est-ce que tu te rends compte que le niveau est beaucoup plus élevé ?

C’est évident, oui. Il y a beaucoup de joueurs qui jettent leur argent par les fenêtres. Je pense que les joueurs travaillent beaucoup, regardent des vidéos, font des simulations. On n’avait pas tout ça il y a 6 ou 7 ans.

Ils sont beaucoup plus proches de la "GTO" (Game Theory Optimal - stratégie optimale).  

J’ai vu que Jens « Jeans89 » Kyllönen (vainqueur du tournoi NDLR) était à ta gauche l'autre jour. Tu avais déjà joué contre lui en ligne ?

Di Dang et Jens Kyllonen
Di Dang et le futur vainqueur Jens Kyllönen.

Wow. Je ne savais pas du tout que c’était Jeans ! J’ai beaucoup joué contre lui à l’époque. Il faisait partie des habitués des high stakes.
Il est super fort ce gars. Si je me souviens bien, il n’avait jamais de mois en déficit. Je l’admire énormément.

Est-ce que ton frère Hac joue toujours ?

De temps en temps. Il est comme moi. Il passe beaucoup de temps au restaurant. Parfois, il va au Canada pour jouer un peu, mais globalement on est sorti du poker.

Est-ce que vous êtes très impliqués dans le restaurant au quotidien ?

Oui, pas mal. Hac fait souvent la plonge. Sans déconner. On sort les poubelles, on débarrasse les tables... Selon où on a besoin de nous.

C’est bien, parce que ça montre l’exemple. On est au restaurant tous les jours.

C’est notre nouvelle vie.

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