Interview : Almira Skripchenko, deuxième partie

Almira Skripchenko
Mais que tu as des grands yeux Almira (...) - C'est pour mieux te prendre tes chips mon enfant !

Retrouvez la seconde partie de notre interview avec Almira Skripchenko.

Est-ce que les choses sont différentes pour les femmes au poker ? Est-ce que les hommes vous traitent différemment ?

Un bon joueur ne jugera jamais un adversaire sur son apparence ou sur son sexe. Et même s'il le fait et que vous essayez de l'exploiter, cela peut se retourner contre vous. Je ne pense pas qu'il y ait un rapport. Il vaut mieux essayer d'exploiter à la place les faiblesses des joueurs au niveau de leurs compétences techniques.

Mais d'autres joueuses ont déjà dit qu'elles s'en sortent en se montrant plus agressives, parce que les hommes ne se méfient pas d'une femme ; est-ce que tu utilises cette image de faiblesse à ton avantage ?

L'agressivité ne fait pas partie de la nature de la femme. Vous pouvez la développer et l'exercer bien sûr, mais ce n'est pas quelque chose qui vient naturellement. Vous devez du coup vous entraîner comme le fait un sportif, comme un combattant, et toujours vous détacher de vous-même, du jeu et de la vie en général.

La question me revient toujours aux échecs. J'ai par exemple dû travailler sur mon personnage, et j'ai ainsi pu devenir très agressive aux échecs et dans le poker. Du coup je vais pouvoir essayer de gagner la partie qui que ce soit qui se trouve en face de moi. Mais je pense que le degré d'assimilation du jeu, notamment au poker, a progressé, et les joueurs peuvent donc toujours finir par comprendre ce que vous faites.

L'agressivité n'est pas ce qu'il y a de plus important, mais plutôt la taille des stacks à la table, et de trouver les bonnes occasions. Lorsque vous pensez que vous pouvez 3-better ou 4-better light (sur-relancer ou sur-sur-relancer avec un jeu faible, NDLR), et que votre adversaire a le stack parfait pour se coucher, vous devriez le faire, juste parce qu'il s'agit du bon move, peu importe qu'il soit agressif ou non. C'est juste qu'il s'agit de la bonne chose à faire.
Vous devriez en permanence essayer de faire le bon move en position, comme aux échecs.

Tu as parlé d'entraînement physique, mais qu'en est-il à propos d'entraînement au poker. Comment apprends-tu et fais-tu progresser ton jeu aujourd'hui ?

Mes coéquipiers d'équipe (la Team Winamax NDLR) sont des joueurs très forts et qui ne refusent jamais une analyse. Ils sont toujours d'une bonne aide. Je travaille également avec un coach, tout comme je le ferais pour les échecs.

Passes-tu maintenant beaucoup de temps à t'entraîner, à analyser des mains, et à jouer en ligne pour t'améliorer ?

Ta vie ne peut pas se résumer qu'au poker. Je continue de jouer aux échecs, et j'ai une famille et une petite fille. Je sais que le jeu peut finir par te captiver au point où rien d'autre ne compte plus, mais j'essaye de faire attention à ça et de laisser un temps pour tout.
Je n'essaye pas d'être la numéro 1 au monde, c'est un paradoxe, mais juste de m'entraîner, ainsi je peux progresser et c'est ce qui m'aidera dans les EPT.

Est-ce que ta place en table finale des World Series (2 000 $ No Limit Hold'em pour 78 000 $ de gains NDLR) t'as été très satisfaisante, une sorte d'aboutissement de plusieurs mois d'entraînement et de jeu, ou est-ce que cela a été frustrant d'être arrivée si près du but mais de ne pas avoir gagné ?

C'est très difficile, parce que je suis une perpétuelle insatisfaite. Lorsque j'ai été éliminée 7ème de ces World Series avec les rois contre des cinq... Si c'était allé de l'autre côté, j'aurais peut-être pu remporter ce tournoi vu que c'est mon adversaire Jordan Smith qui a gagné. Et puis je me suis donc posé la question, est-ce que je me serais encore satisfaite de cette première place ? J'aurais sans doute continué à jouer et à essayer de faire autre chose. C'est le problème : j'aurais probablement dû trouver une autre galaxie où jouer, parce que comme je vous le dis je ne suis jamais contente.

Mais être allée aussi loin dans une épreuve des WSOP est inestimable, non ?

D'une certaine manière cela m'a prouvé que je m'étais forgée une solide carapace. En tant que joueur d'échecs, c'est presque une question philosophique, avec la défaite y étant plus rare. Le poker vous enseigne comment l'accepter et comment aller de l'avant.

J'ai été fière de moi simplement à la pensée d'être devenue quelqu'un de plus fort.

Je pense que c'est exactement ce qui a pu se voir dans mon tournoi. J'ai joué trois jours contre d'excellents joueurs. A un moment j'étais presque chip leader.
Mais je ne suis pas une magicienne, je continue d'apprendre. Mon ami Manu m'ai dit qu'il allait faire de moi une machine en un an. Je ne suis pas sûr que cela m'aille tant que ça, mais ok, mon objectif est du coup d'essayer de devenir une machine.

Quelle est la suite alors maintenant pour toi ?

Je vais jouer le premier tournoi des WSOPE (Almira y aura finalement été éliminée dès le premier jour de compétition NDLR), ensuite j'ai quelques obligations liées aux échecs et quelques plus petits tournois français avec Winamax avant que je n'aille à Varsovie, Prague et à l'Amsterdam Classic. Voilà qui remplira ma saison.

Retrouvez la première partie de notre Interview

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