Anatoly Filatov : « Nous les Russes, nous sommes connus pour nos bluffs insensés »

Anatoly Filatov
Anatoly Filatov

Un certain mystère entoure le poker russe. Ces dernières années les joueurs russes brillent, mais la barrière de la langue empêche beaucoup des plus grandes stars de vraiment percer à l’international.

Mais ce n’est pas le cas du Moscovite Anatoly Filatov.

En plus de parler très bien anglais, Filatov est très impliqué dans le poker.

Grinder assidu aux WSOP, il est également capitaine des Moscow Wolverines dans la Global Poker League, et a même remporté le trophée PokerListings "l’Esprit du poker" du joueur le plus inspirant avec une majorité écrasante l'an dernier.

« C’est précisément ce que j’essaye de faire », nous répond-il lorsqu’on lui demande s’il est un ambassadeur du poker.

« C’est ce que j’aime. Je streame sur Twitch, j’essaye de répondre au mieux aux questions et j’ai participé à plusieurs conférences. C’est mon rôle. »

Filatov, de l’ombre à la lumière

Il y a une raison simple pour expliquer la relative absence des Russes au plus haut niveau, selon lui.

Anatoly Filatov
« Je pense qu'il y aura bientôt plus de joueurs russes connus. »

« Les Russes n’aiment pas parler anglais, on a tendance à être un peu fermés de temps en temps », explique-t-il.

« Dans 2, 3 ou 5 ans peut-être, je pense qu’il y aura plus de joueurs russes connus. »

Les Russes n’aiment peut-être pas parler anglais, mais ils savent comment gagner des tournois.

Aux WSOP de cet été 2016, Andrey Zaichenko a remporté le Triple Draw 2-7 à 1 500 $, et Viatcheslav Ortynskiy s’est adjugé le tournoi de PLO 6-Max à 3 000 $. Sans oublier bien sûr la Russo-américaine Safiya Umerova gagnante du NLHE Shootout à 1 500$.

Il aurait pu y en avoir quelques autres avec un peu plus de chance.

« On n’a pas beaucoup de chance en ce moment », confirme Filatov.

« Andrey Pateychuk a terminé 15è du Hold’em à 2 000 $ et Mikhail Petrov 16è du Turbo à 1 000 $ notamment. »

Avoir un groupe de joueurs aussi proches les uns des autres est en tout cas un atout en termes de stratégie.

« Nous ne sommes pas aussi proches que les joueurs allemands, mais nous parlons beaucoup sur Whatsapp ou en visioconférence », explique Filatov. « On parle de certaines mains, de stratégie... On a plusieurs groupes. »

Chef de file des Wolverines

Alexy est le capitaine de l’équipe des Moscow Wolverines, qui participe à la Global Poker League. Son équipe est l’une des plus impressionnantes de la première saison qui bat actuellement son plein.

Sergey Lebedev
Le très sous-coté Sergey Lebedev.

Il a décidé de suivre une approche originale dans son équipe et n’a pris que des joueurs russes (ou presque). Cette stratégie semble avoir payé.

« Mon objectif, c’était de prendre des gars avec qui je sentais une connexion », nous dit-il.

« D’autres équipes semblaient moins solidaires. Nous, nous sommes tous ensemble. On mange ensemble et on discute beaucoup. J’aime bien. Et puis on parle tous russe. »

Mais si les Wolverines ont eu autant de réussite, c’est aussi et surtout grâce à Filatov lui-même, qui a écrasé la compétition lorsqu’il a joué.

« Je suis assez confiant. Nous sommes premiers et j’aime bien le Cube. C’est sympa de suivre mes coéquipiers, comme Sergey Lebedev et les autres. On s’amuse bien là-dedans. »

Pour beaucoup de fans de poker, Lebedev est une véritable révélation de la GPL. Et c’est grâce à Filatov que le grand public peut enfin le découvrir.

« Sergey Lebedev est en pleine bourre en ce moment. Il a déjà été très bon sur l’EPT, là il a terminé 7è du NLHE turbo à 5 000 $ aux WSOP et 12è de celui à vitesse normale. »

Le poker à Moscou

Si la Russie commence à faire parler d’elle sur le circuit international, le poker est encore dans une position précaire au pays.

Anatoly Filatov à la BOM
Filatov lors de la Battle of Malta 2015.

La loi n’est pas très claire.

« Ils parlent de légaliser le poker depuis deux ou trois ans, mais rien ne se passe.

Peut-être que ce sera légalisé à Sotchi ou en Crimée cette année. Il y a des installations pour des tournois live. Le poker en ligne suivra peut-être. Je n’en sais rien. Mais je l’espère. »

Il y a d’autres possibilités à Moscou, évidemment, mais Filatov n’est pas très partant pour les parties pseudo-clandestines.

« Je n’y participe pas, j’ai peur de me faire avoir.

En hiver, je préfère jouer en ligne. Je ne veux pas sortir de chez moi. Il fait trop froid, il neige, etc. J’ai plus de mal à jouer en ligne en été. »

Malheureusement, la situation politique est tellement instable à Moscou que Filatov a peur de devoir en partir.

« Je ne veux pas déménager, mais avec la situation politique, je ne sais pas si je pourrai rester ici. Mais j’aime ma ville. »

Le style russe

Pourquoi les Russes se sont-ils imposés sur le circuit international ? Sauraient-ils quelque chose qui nous échappe ?

Andey Zaichenko
Andey Zaichenko vainqueur d'un bracelet pour la Russie aux WSOP cet été.

« C’est différent », explique Filatov. « On est connu pour nos bluffs insensés. Mais on progresse chaque année.

Les Russes ont un jeu plus solide maintenant, le poker a évolué et il y a moins d’amateurs. Donc on a dû changer notre jeu aussi. »

Avec trois bracelets pour la Russie cet été, le bilan est plutôt bon dans ces World Series of Poker 2016.

En ce qui le concerne, Filatov n'a pas réalisé de grands WSOP, avec une seule place payée en quelques 16 tournois. Il a terminé 31è du tournoi de 6-Max à 3 000 $.

« C’est comme ça », relativise-t-il. « Je joue jusqu’au dîner et après je me fais sortir. »

En attendant de retrouver la forme peut-être dès ce mois d'août du côté de Barcelone et son EPT.