Andy Black : « Le niveau de jeu est bien plus élevé dans les tournois européens »

Andy Black

Andy Black est un joueur unique. L’Irlandais enchaîne les performances aux WSOP depuis les années 90, mais après avoir été éliminé du Main Event en 1998, il s’est débarrassé de toutes ses possessions et est parti en Angleterre pour vivre comme un moine bouddhiste pendant 5 ans.

Lorsque Black est revenu de cet exil, il a réalisé la meilleure performance de sa carrière, une 5è place lors du Main Event 2005 qui lui a rapporté 1,75 million de dollars et le surnom de « The Monk » (le moine).

Depuis, il est plus ou moins présent sur le circuit, même si on commence à le voir de plus en plus souvent dernièrement.

Black fait partie des derniers joueurs à pouvoir se souvenir d'avoir joué au Binion’s avant l’explosion des WSOP, ce qui lui permet d’avoir une perspective unique sur le poker actuel.

Nous l’avons retrouvé à l'occasion d'une pause lors de ces WSOP 2017.


Est-ce que tu joues beaucoup ces derniers temps ?

Andy Black
"J'ai parfois l'impression d'être un idiot."

Je joue pas mal, oui, mais surtout en Irlande. J’ai un petit d’un an qui m’attend.

Est-ce que tu apprécies toujours le poker ?

Oui, tout à fait. Pendant quelques années, j’avais perdu la passion, mais elle est revenue ces dernières années.

Penses-tu que ce type de « burn-out » est normal ?

Je ne sais pas si c’est normal, mais je pense que c’est très fréquent. Quand on fait du poker, c’est assez répétitif. Alors si tu n’y injectes pas une certaine créativité, ça peut devenir assez monotone et usant, comme tout. Je crois que c’est ce qui m’est arrivé.

Comment vois-tu la situation actuelle du poker ?

Par certains côtés, elle n’est pas si mal. Il y a beaucoup de joueurs, notamment beaucoup de très jeunes joueurs à haut niveau. L’aspect mathématique qu’ils ont amené est vraiment incroyable.

Honnêtement, le niveau de jeu est extraordinaire actuellement. Au point que j’ai parfois l’impression d’être un idiot.

Et en ce qui concerne les comportements à table, j’ai l’impression que ça va mieux depuis quelque temps.

Bon, il y a toujours une certaine tendance à ignorer le reste du monde. Mais c’est parce que les joueurs qui viennent d’internet n’ont pas l’habitude d’interagir. Ce n’est pas génial pour eux au niveau social.

Andy Black
"Les anciennes règles légitimaient le droit à être un ***"

Mais j’ai quand même l’impression que c’est moins pire qu’il y a quelques années. Ils se sont adaptés. Beaucoup sont devenus de vrais joueurs live.

Et on voit moins de joueurs en traiter d’autres de fish à table.

Est-ce que le poker a progressé sur d’autres plans ?

La règle du chrono aurait dû être mise en place il y a déjà longtemps. Il ne s’agit pas simplement d’une question de temps, mais du droit d’être un connard.

Les anciennes règles encourageaient les gens à agir comme des connards. Ça légitimait ce type de comportement.

Globalement, je trouve que le poker se porte bien actuellement. Même si pour moi ce serait mieux s’ils étaient un peu moins intelligents ?

Penses-tu que cela pourrait poser un problème que le niveau soit aussi élevé ?

Ça complique les choses, mais le fait est aussi que la législation américaine a fait baisser le niveau des WSOP.

Pour moi, le niveau de jeu est bien plus élevé dans les tournois européens. Plus élevé qu’ici.

Tu as toujours beaucoup pratiqué la méditation. Est-ce que c’est encore quelque chose d’important dans ta vie ?

Je n’ai plus trop besoin de méditer. (rires)

Andy Black
"Pour le cheminement spirituel je suis passé de demandeur à quelqu'un qui offre."

Non, je plaisante. Je continue évidemment. Je vais d’ailleurs donner quelques cours dans le Montana pendant quelques jours, juste avant le Main Event.

Enfin c’est plutôt guider que donner des cours. Je ne me vois pas trop comme un « prof », mais je ne trouve pas d’autre mot.

Récemment, je me suis rendu compte que j’étais passé de quelqu’un en demande à quelqu’un qui offre.
C’est intéressant.

Est-ce épanouissant ?

Oui, je suppose. L’objectif de tout cheminement spirituel est de se débarrasser des pensées parasites, ce n’est pas que dans le bouddhisme.

Donc paradoxalement, difficile d’avoir la sensation d’avoir « obtenu » quelque chose. C’est difficile à expliquer.

Cette idée de « chercher quelque chose », c’est le travail de départ, où on essaye de se développer, d’apprendre et d’explorer. Mais au bout d’un moment, ce n’est plus ça le propos.

Tu viens à Vegas depuis très longtemps. Est-ce que certaines choses te manquent de l’époque d’avant Moneymaker et le boom ?

Être plus jeune ? (rires)

David Devilfish Ulliott
Le regretté "Devilfish", Dave Ulliott.

Rien d’autre ?

Je sais pas, je trouve que ça résume bien les choses. Je me souviens de la première fois que je suis allée au Binion’s et que Devilfish vendait des bijoux à table. On en verrait plus des trucs comme ça.

Et puis le dealer de coke du quartier était un des croupiers. Ironiquement, il avait un nez énorme.

Il y avait des tas de trucs dans ce genre. Mais c’est peut-être juste une question d’âge. Quand tu as la vingtaine, tout te paraît fou.

L’un des trucs les plus drôles dont je me souvienne, c’est ce bar du Binion’s où toutes les petites amies attendaient que leur copain revienne en ayant gagné quelque chose, pour qu’elles puissent s’acheter à boire et à manger.

À l’époque, l’argent était moins présent qu’aujourd’hui. En Irlande, si un gars rentrait dans la salle et que tu ne le connaissais pas, tu pouvais être sûr que toute la salle se retournerait pour le fixer.

Et s’il gagnait, on était foutus.

Quel est ton programme pour les WSOP ?

En fait j’ai réservé quelques allers-retours pour aller voir mon bébé d’un an. J’avais prévu de ne rester ici que 3 semaines et de faire deux voyages, mais tout se passe bien à la maison donc je pourrai peut-être rester plus longtemps.

Mais au moindre coup de fil, je rentre.

C’est vraiment bon d’être ici. J’ai l’impression d’avoir une chance à saisir.

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