Vincent Serrano : Profession Croupier

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Vincent Serrano, croupier régulier des EPT.

Ils sont de tous les tournois, cantonnés dans l'ombre, mais pourtant indispensables au jeu. Ils, ce sont les croupiers. PokerListings a décidé de mettre aujourd'hui à l'honneur l'un d'entre eux, Vincent Serrano, officiant sur chacun des tournois de l'European Poker Tour.


Vincent, comment se retrouve-t-on croupier français à l'EPT ?

En fait, je travaille sur le circuit EPT depuis deux ans. Mon premier EPT était à Deauville. Je travaillais avec les casinos Barrière à l'époque, et les floor managers qui travaillaient à l'EPT Deauville m'ont remarqué, m'ont invité à leurs événements, et m'ont intégré à la liste des croupiers de l'EPT.

Comment es-tu devenu croupier, c'est une vocation ?

Pas forcément. En fait je viens de l'Aviation Club de France, à Paris, puis j'ai arrêté pour voyager : j'ai été directeur de tournoi en Australie, j'ai travaillé dans le commerce à Los Angeles, etc.

Quand je suis rentré en France, tous mes amis de l'Aviation étaient passés sur le circuit événementiel, ce qui m'a permis d'avoir les contacts nécessaires pour travailler avec Barrière, Partouche, ...

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"Le circuit évènementiel est un bon compromis pour voyager."

Ayant beaucoup travaillé dans les cercles, je leur ai simplement envoyé mon CV, et c'est comme cela que ça s'est fait.

Y a-t-il une raison particulière à ce basculement ?

Oui, c'est assez difficile de travailler dans les cercles, notamment à cause des horaires de nuit. En plus j'avais envie de continuer à voyager donc le circuit événementiel semblait être un bon compromis.

Tu fais donc maintenant partie de l'équipe officielle des croupiers de l'EPT ?

En quelque sorte, oui. En fait, il y a un noyau dur dans l'équipe des croupiers, et des croupiers liés à chacun des trois directeurs de tournois de l'EPT – Toby Stone, Teresa Nousiainen et Thomas Lamatsch – qui varient selon les tournois. Je fais partie de l'équipe de Toby, c'est pour ça que je suis ici à Londres.

Pour l'EPT Berlin par exemple, Thomas ramène "ses" croupiers.

Mais comme j'ai déjà travaillé avec les trois, je suis sur toutes les listes et je fais donc tous les EPT.

Donc vous vous retrouvez presque tous de tournoi en tournoi ?

Voilà, mais ça dépend aussi de la taille des EPT : Londres, Monte-Carlo et Prague sont les plus gros, les effectifs sont un peu restreints sur les autres, comme à Barcelone ou à San Remo par exemple.

Tu es donc basé à Londres ?

Tout à fait. En fait j'étais, jusqu'à il y a peu, superviseur à l'Hippodrome, mais j'ai préféré retourner sur le circuit suite à quelques divergences.

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Je suis quand même resté à Londres parce que c'est une ville que j'adore, et je suis retourné sur le circuit.

Est-ce que tu aimes particulièrement le poker ou est-ce que c'est "juste" un boulot pour toi ?

C'est quelque chose que j'aime assez, même si je ne suis pas un joueur. Déjà, le fait de travailler dans un casino m'empêchait par contrat d'aller jouer dans un autre casino, et en plus je n'aime pas spécialement jouer online. J'aime trop le bruit des jetons, les cartes, la possibilité de voir son adversaire.

Du coup c'est vrai que je n'ai pas beaucoup joué ces derniers temps, mais j'aime bien faire un petit tournoi ou me poser à une table de cash game de temps en temps.

Quand on deale pendant des grands tournois comme ceux de l'EPT, on côtoie forcément de grands joueurs. C'est instructif ?

Ça dépend. Ça peut l'être, mais je pars du principe que c'est difficile d'analyser le jeu des joueurs sachant que jusqu'à l'abattage ce ne sont que des suppositions.

Cela arrive quand même quelques fois, notamment sur les tournois un peu plus relax où on a parfois l'occasion de discuter avec les joueurs. On peut leur poser quelques questions et là ça peut devenir très intéressant.

Tu arrives à déceler des choses avec l'expérience, des tells par exemple ?

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"On sait tout de suite si le joueur en face vient du live ou du online."

Parfois, oui. En tout cas il y a une chose qu'on sait tout de suite en tant que croupier, c'est si on est en face d'un joueur qui vient du live ou du online.

Ils ont une certaine façon de toucher leurs jetons, de toucher leurs cartes, de passer, de relancer... C'est un tout. C'est vraiment évident.

Tu as quelques anecdotes à partager, par exemple lors d'EPT ?

Rien qui me revienne en tête spontanément. Évidemment il nous arrive des trucs marrants, mais soit c'est couvert par la presse, soit ce sont des trucs qui seuls les croupiers peuvent comprendre ou apprécier, comme certains moments de complicité avec les joueurs par exemple.

Est-ce que certains joueurs en particulier t'ont marqué ou impressionné ?

Au niveau des tournois, celui qui m'a le plus marqué est l'EPT Copenhague de l'année dernière : je n'ai jamais vu autant de joueurs s'envoyer en l'air pré-flop. C'est un peu pour ça que Copenhague n'est plus là cette année, c'était un EPT très compliqué et beaucoup de joueurs préféraient ne pas y aller. J'ai appris beaucoup de choses sur le jeu pré-flop en tournoi lors de cet EPT, ils jouaient de manière très agressive.

Par exemple, je suis fan de Michael Tureniec, je trouve que c'est un excellent joueur très très agressif pré-flop, et j'adore ça.

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"Un joueur comme Negreanu nous donne vraiment l'impression de faire partie du tournoi."

Et puis Steve O'Dwyer, mon joueur préféré de tout le circuit. Je l'ai beaucoup croisé l'année dernière et c'est un joueur qui m'impressionne énormément. En plus c'est quelqu'un de très agréable, pas forcément très expansif mais toujours poli et aimable – le genre de petites attentions que les croupiers apprécient énormément parce que sur de gros tournois comme ça on ne s'attend pas forcément à ce que les joueurs nous répondent.

Après, il y a aussi des joueurs plus connus avec qui c'est très agréable de travailler. Negreanu par exemple, c'est un mec extra qui met une super ambiance à la table. En tant que croupier, ça nous donne l'impression de vraiment faire partie du truc.

Tu n'as donc pas suivi de formation de croupier ?

J'ai fait une formation de deux semaines à l'Aviation, un peu à la va-vite. Mais en cercle c'est toujours comme ça, tu te formes sur le terrain. Tu commences en 2/2, 2/4, et puis au bout de deux semaines on te jette dans la fosse aux lions à la table à 10 000. Certains ne tiennent pas le coup, se rendent compte qu'ils n'aiment pas vraiment ça, et d'autres continuent.

Mais c'est vrai que je n'ai jamais fait de formation comme ce que propose l'IFCP (Institut de Formation des Croupiers) en France, je suis arrivé avant.

Il y a donc d'autres voies qu'une formation "officielle" pour devenir croupier.

Oui, bien sûr.

Quelles sont les qualités nécessaires pour devenir croupier ?

Être bon en maths ! Ce n'est pas très important pour le Hold'Em, mais dès que tu deales sur du Pot Limit, mieux vaut maîtriser tes tables de multiplication...

Il faut de la concentration, de la patience, de la dextérité... Mais tout ça, ça vient avec l'expérience. Honnêtement, quelqu'un de motivé arrivera forcément à être un bon croupier.

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"Un bon croupier doit aimer le jeu mais ne pas être trop joueur."

Il faut quand même aimer le jeu, non ?

Il faut aimer le jeu, mais je connais beaucoup de croupiers qui ne sont pas joueurs.

Quand je suis arrivé à l'Aviation, un croupier de là-bas très expérimenté m'a dit quelque chose de très intéressant : « Dans la ruée vers l'or, ceux qui ont gagné de l'argent ce ne sont pas ceux qui cherchaient l'or, ce sont ceux qui vendaient les pelles et les pioches. »

C'est ce que je dis aux joueurs quand je parle avec eux : moi je suis sûr qu'à la fin du tournoi j'aurais fait mon argent, je suis sûr que je serai à la table finale. On est de l'autre côté de la barrière et au moins on est sûrs de pas se planter.

Je connais quand même beaucoup de croupiers qui par contre sont très joueurs. C'est peut-être ce qui distingue un bon croupier d'un mauvais, en fait. Ceux-là ne sont pas sortis du jeu, ils sont toujours des joueurs et ils ont tendance à trop analyser le jeu, à trop parler avec les joueurs au lieu d'être concentré à 100 % sur leur travail.

Croupier est finalement un métier encore assez méconnu.

C'est un métier encore méconnu, et pourtant c'est de plus en plus difficile d'y gagner sa vie. Il y 5 ou 10 ans, c'était un métier encore moins connu, tout simplement parce que le poker était moins connu, donc il y avait plus de travail. Aujourd'hui, un peu à cause des instituts de formation comme l'IFCP ou les écoles qu'il y a à Londres, il y a de plus en plus de main d’œuvre, et moins chère.

Résultat, sur certains tournois la qualité de service est moindre, puisque les croupiers sont moins expérimentés, mais ils coûtent moins cher.

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"Croupier est un métier encore méconnu, mais il est de plus en plus difficile d'y gagner sa vie."

Quand on a huit ans d'expérience, comme moi ou certains de mes collègues, on a vu la situation évoluer, et c'est vrai que c'est plus difficile aujourd'hui de travailler pour des événements considérés comme bien payés. C'est la loi de l'offre et de la demande, mais parfois certains tournois s'en ressentent.

Est-ce que tu as le droit de parler un peu de ta rémunération ?

On est payé soit à la journée, soit à l'événement. Après, sur un EPT, tout le monde n'est pas payé pareil puisqu'il y a beaucoup plus d'effectifs les premiers jours.

Te vois-tu travailler longtemps en tant que croupier, ou tu as déjà d'autres projets ?

Pour l'instant je me sens bien, ma partenaire fait le même métier, donc pour l'instant c'est un rythme de vie qui nous convient. Ça changera évidemment quand j'aurai envie de fonder une famille, parce que le circuit événementiel est difficilement compatible avec ça.

Tu as déjà une idée pour l'après ?

Pour l'instant, aucune idée. Si c'est possible de devenir par exemple floor manager, pourquoi pas, mais sinon je ne me ferme aucune porte.

J'ai une maîtrise en Management et j'ai beaucoup d'expérience à côté, donc de toutes façons je ne me fais pas trop de souci.

 

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