Davidi Kitai : « Ma maman est ma première fan »

A la fois l'un des meilleurs joueurs de poker du monde et l'un des plus discrets, Davidi Kitai est pourtant aussi sans doute l'une des personnalités les plus captivantes. Le Belge s'est livré dans les grandes largeurs pour nous, l'occasion de découvrir un homme bienveillant et attachant.


La Belgique est un petit pays mais semble avoir un bon vivier de talents. Quel est votre secret ?

Je ne sais pas comment l’expliquer, mais les casinos qu'il y a en Belgique permettent déjà de faire découvrir le poker à la jeunesse, et de s'initier. 
Il y a une très bonne communauté de joueurs online néerlandophones, qui travaillent beaucoup ensemble. Je ne les connais pas très bien, mais ils sont très impressionnants.
Les belges francophones fréquentent aussi beaucoup les sites français comme les forums ou sites de coaching. Ils font de meilleures performances en tournois comme Pierre Neuville ou Michael Gathy, tandis que les joueurs belges néerlandophones sont plutôt spécialisés en cash games.

Quel que soit le pays, je trouve qu’il y a une nouvelle génération qui émerge : Allemagne, Pologne, Espagne, Portugal, ...
Même dans les high stakes MTT on commence à voir des nouvelles têtes, ça m’inquièterait presque un peu...  (sourire)

Sur le circuit, on voit beaucoup les mêmes têtes, donc il y a une espèce de respect qui s’installe et qui fait que le jeu se standardise beaucoup. À l’inverse, ces nouveaux joueurs débarquent et sont très imprévisibles et difficiles à lire. Surtout les joueurs slaves et du sud de l’Europe.
Ils ont beaucoup de joueurs amateurs qu’on retrouve d’ailleurs sur les circuits internationaux, mais ils ont aussi ces jeunes élites, qui en plus d’être déjà forts ne peuvent que progresser.

Tu voyages beaucoup pour le poker. Y a t-il un pays en particulier où tu te verrais t'installer ?

Davidi Kitai promo
"J'ai un côté citoyen du monde."

Il y a peu de pays où je me dis que j'aurais envie d'y vivre. Pour l'instant je vis à Malte, la vie est sympa mais je ne me vois pas m'y installer définitivement. Je suis très attaché à la Belgique y ayant tous mes amis et ma famille, mais je ne projette pas mon futur là-bas non plus. Tel-Aviv, Miami, Barcelone sont des endroits où je me sens bien, ou même le sud de la France. Ce sont toutes des possibilités à explorer dans un certain futur. J’ai vraiment un côté un peu nomade, citoyen du monde.

J’ai vécu quelques années à Los Angeles quand j’étais tout petit, parce que mon père a tenté le rêve américain. Il jouait au poker dans les années 80, c’était très différent. Ça avait un côté un peu clandestin.
C’est pour ça qu’il a décidé de partir à Los Angeles quand j’avais un an. Il allait à Vegas tous les week-ends en voiture pour jouer. Finalement, le rêve américain n'a pas eu lieu à cause d'un dollar très élevé et d'investissements non fructueux. On est rentré en Belgique et mes parents ont divorcé, en grande partie à cause du jeu.

Ma plus grande fierté, c’est d’avoir réussi à réconcilier ma mère avec le jeu. Elle est très fière de moi, c’est même ma première fan, alors qu’elle était très méfiante. Mon père lui m’a beaucoup mis en garde contre les dangers du jeu, notamment les autres jeux de hasard, l’addiction. Son expérience m’a beaucoup servi pour ne pas commettre les mêmes erreurs que lui.

Mon père va toujours à Vegas tous les étés, ça fait 30 ans maintenant, du coup il est toujours là avec moi quand je vais aux WSOP, et il était là pour mes trois bracelets.

Tu es un performeur, quelqu’un de passionné par la compétition, et on a l’impression que c’est ce qui te motive vraiment. Penses-tu que ce trait de caractère t’es venu du fait que tu avais besoin de convaincre ta maman que tu pouvais réussir dans ce domaine ?

Je n’ai pas tout à fait pensé à ça, mais peut-être que si j’allais voir un psy, il trouverait un rapprochement. Ce qui est sûr c'est que l'éducation de ma maman, typique de la mère juive, a aussi joué un grand rôle dans mes ambitions.

J’ai toujours été compétiteur, j’ai longtemps joué au foot à un bon niveau, au RWDM (Racing White Daring Molenbeek), le deuxième club de Bruxelles à une époque. C’était un très grand club dans les années 70. J’ai joué là-bas jusqu’à mes 16 ans, donc c’était assez sérieux et très, très compétitif.

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Le football jusqu'à 20 ans.

J’ai toujours eu cette envie de gagner, quels que soient les jeux. Je suis vraiment un compétiteur dans l’âme.

Parallèlement, j’ai aussi un rapport très particulier à l’argent, un certain détachement qui m’a notamment aidé à jouer des limites ou des buy-ins plus élevés, mais qui d’un autre côté fait que parfois ce n’est pas un moteur, ce qui peut me faire faire des erreurs dans des moments importants.

Pour compenser, j’ai décidé de me fixer des objectifs en termes de résultats. Depuis, je me trouve beaucoup plus régulier. Ce défi de devenir numéro 1 mondial, ne serait-ce qu’une semaine, c’est véritablement un pari avec moi-même.

Comment s’est faite cette transition du foot au poker ?

À 16 ans, j’ai beaucoup grandi. Jusque-là, j’étais un petit joueur très technique, mais en grandissant j’ai perdu en technicité et j’ai compris que je ne serai jamais joueur professionnel. Jusqu’à 20 ans, j’ai continué à jouer, mais dans un club beaucoup moins bon.

Le poker, je m’y suis mis à 22 ans, quand j’ai fini mes études. Je suis parti à Los Angeles pour apprendre l’anglais et c’est là-bas que j’ai découvert le poker.

Si tu n’étais pas devenu joueur de poker, que ferais-tu aujourd’hui ?

Je me posais beaucoup de questions sur mon futur pendant mes études. Je ne savais pas ce que j’allais faire d’autant qu’il faut avouer que je suis plutôt fainéant, disons que je ne suis pas un gros bosseur...

J’ai besoin de beaucoup de liberté, depuis l’adolescence, c’est quelque chose de très fort chez moi, donc j’ai un peu de mal avec l’autorité en général.
C’est pour ça qu’il n’y a aucun métier où je pourrais avoir autant de liberté que dans le poker. Je peux jouer de n’importe où, choisir mes tournois...

J’étais très intéressé par la finance, mais l’idée de travailler dans ce milieu me déprimait assez, que ce soit les heures de bureau, le côté répétitif ou le fait d’être employé.

Davidi Kitai
"J'ai tout de suite senti que les tournois étaient faits pour moi."

C’est pour ça que je suis parti à Los Angeles avec mes trois meilleurs amis, et en rentrant on a décidé de créer un site de vente en ligne et un magasin à Bruxelles. C’était un concept assez novateur, on vendait des produits et promotions pour diverses enseignes, donc il y avait un peu de tout.
Ça n’a pas vraiment marché parce que notre cible était les jeunes, mais à l’époque ils n’avaient pas de carte bancaire pour pouvoir payer sur Internet.

C’était une très bonne expérience, mais on a chacun perdu 40 000 €. J’ai pu rembourser ça grâce au poker, c’était vraiment facile à l’époque, alors que je ne jouais vraiment pas bien.

C’est après ça que je me suis lancé complètement dans le poker. J’ai continué encore 6 mois en Limit Hold’em, puis je suis passé en No-Limit. La transition a été assez compliquée parce que j’étais très irrégulier. Je faisais de très bons mois, puis de très mauvais. À la fin de l’année, j’avais quand même gagné plus qu’en Limit, mais moralement c’était très éprouvant.

L’année suivante, en 2006, j’ai découvert les MTT. Ce fut une vraie révélation : J’ai tout de suite senti que c’était fait pour moi, surtout que les cash games devenaient de plus en plus mathématiques. J’avais besoin de ce côté créatif. Avant, c’était plus pour gagner de l’argent, mais en découvrant les tournois c’est devenu une vraie passion, j’ai aspiré à d’autres choses : progresser, maîtriser le jeu – même si je me suis vite rendu compte que c’était impossible, la recherche de la perfection...

En parlant de ça tu sembles justement très perfectionniste.

C’est marrant, parce que je suis extrêmement perfectionniste dans le poker, mais pas du tout dans la vie. (rires)
Disons qu’en fait je le suis pour ce qui me tient vraiment à cœur, sinon comme j’ai un côté un peu désinvolte pour la plupart des choses que je fais… J’ai plutôt tendance à laisser couler.

Au poker, je n’ai pas peur de faire des erreurs, je suis beaucoup mon instinct. Mais finalement, c’est ce traumatisme qui me fait progresser constamment.
La moindre erreur que je commets me travaille beaucoup, tant que je n’ai pas trouvé la solution. C’est essentiel pour moi, même si c’est parfois très difficile. En même temps, c’est ce qui me montre que j’ai encore une marge de progression et crée cette motivation.

Parlons un peu de la team Winamax. En tant "qu’ancien" dans l’équipe, est-ce que tu te sens investi d’un rôle particulier ?

Davidi Kitai et la Team Winamax
"Après le choc des départs de Ludo et Manu, je sens que mon rôle dans l'équipe a changé."

Je dois avouer que ça me fait un effet bizarre parce que j’ai vu partir beaucoup de joueurs avec les années, mais il y avait toujours un noyau dur, constitué pour moi de Ludovic Lacay et de Manu Bevand. Ils étaient là depuis le début, Ludo en leader d’opinion et Manu toujours très disponible pour toute l’équipe.

Leur départ m’a fait un choc, surtout que je ne m’y attendais pas vraiment. Cela étant dit, j’ai pu en parler avec eux et j’ai assez vite compris leur choix. En fait, ils sont trop doués pour n’être "que" joueurs de poker. Je comprends cette envie de passer à autre chose.

On a aussi perdu Mikedou (Ludovic Riehl) et Adrien Guyon récemment. Mikedou avec sa personnalité unique a lui aussi beaucoup apporté au groupe en quatre ans, et reste encore aujourd'hui un très bon ami à moi.

C’est une décision qui pourrait te concerner ?

Actuellement, pas du tout. Je me sens bien moins doué qu’eux dans d’autres domaines que le poker. Ils ont plus de qualités pour réussir en tant que chef d’entreprise ou dans d’autres domaines, notamment les jeux vidéo pour Manu par exemple.

Je trouve que c’est un choix courageux et très difficile, parce que c’est renoncer à 10 ans d’études et d’expérience. D’année en année j’ai l’impression de progresser et j’aurais beaucoup de mal à abandonner tout cela.

Et puis je suis toujours aussi passionné par le jeu, un peu contrairement à eux. Ça arrive à beaucoup de joueurs, mais j’ai la chance d’être toujours aussi investi dans le poker.

Le troisième élément, c’est l’image. Après quelques années, quand tu es connu dans un milieu, tu peux communiquer des choses qui te tiennent à cœur, écrire un livre, etc.
Je ne suis absolument pas prêt à lâcher tout ça.

Pour en revenir à la team Winamax, je sens que mon rôle a beaucoup changé. On organise beaucoup de séminaires pour que le groupe reste très soudé, c’est très intéressant. On parle beaucoup de stratégie aussi. Avant, j’étais un peu en retrait parce qu’il y avait des joueurs plus expérimentés que moi, et je n’étais pas forcément à l’aise pour parler de poker.

La Team Winamax 2016
"On a aujourd'hui à mes yeux la team Winamax la plus forte qu'on ait connue."

Aujourd’hui, c’est à moi de montrer l’exemple, d’aider certains joueurs, d’autant qu’il y a un vrai échange avec la communauté chez Winamax, que ce soit sur les forums, les chats ou pendant les WiPT, ce qui crée une vraie proximité entre les joueurs pro et le reste de la communauté. C’est quelque chose que les autres teams n’ont pas forcément.

Stéphane Matheu, coach et manager de l'équipe, joue aussi un rôle essentiel sur la régularité de nos résultats. Avec ses compétences du monde sportif et du tennis en particulier, il nous fait tous progresser individuellement, sur l'aspect mental notamment mais aussi sur plein de domaines différents (la discipline, la rigueur, la nutrition..). Collectivement, on lui doit beaucoup aussi : dans un jeu individualiste, cette cohésion du groupe, cet esprit d'équipe propre à la team Winamax nous permet d'avoir un "edge" sur les autres joueurs du circuit.

Il règne un réel esprit de partage, et pour la première fois l'équipe n'a pas de personnalité à gros ego ; on a aujourd'hui à mes yeux l'équipe la plus forte qu'on ait jamais connue.

Beaucoup de joueurs de poker viennent du milieu des jeux vidéo. Est-ce que c’est aussi ton cas ?

C’est vrai que la plupart des joueurs de poker sont passés par les jeux vidéo, les jeux de cartes type Magic ou mêmes les échecs. Moi, pas du tout.
J’ai toujours aimé les jeux de société et les jeux vidéo, mon père jouait très bien au backgammon et je sens que j’aurais pu être bon et pu essayer d’apprendre, mais je n’ai jamais eu l’envie de m’y plonger complètement. Peut-être à cause de mon côté impatient.
Je n’aime pas non plus m’éparpiller. Même au poker je ne joue qu’au No-Limit Hold’em et au Pot-Limit Omaha.

Davidi Kitai observe
"La plupart des tells, je les ai d'abord observés chez moi."

Pour en revenir au poker, tu es particulièrement connu pour tes lectures incroyables. Beaucoup de vidéos circulent et certaines font encore le buzz 6 mois ou un an plus tard. Quel est ton secret ?

J’ai toujours eu ce côté "hero caller", mais pendant longtemps j’étais dans l’ombre. On a commencé à me remarquer à l’EPT Berlin parce que c’était à une table télévisée. J’étais particulièrement fier de ne pas avoir eu peur de me ridiculiser devant les caméras et d’avoir suivi mes lectures.

C’est quelque chose que j’avais déjà fait en tournoi, mais c’était plus compliqué devant les caméras parce que si je m’étais planté personne n’aurait compris ce que je faisais, et on se serait un peu moqué de moi (sourire).

La plupart du temps, c’est le cheminement du coup qui me permet d’évaluer la situation. J’arrive à reconnaître les situations polarisées : soit le joueur n’a rien, soit il a les nuts. Les tells m’ont aidé dans les situations "close", comme mon deuxième call à Berlin contre Andrew Chen. Ce n’était pas du tout un coup de poker, c’était du 100% tell. J’ai encore du mal à l’expliquer aujourd’hui et tant mieux c’est quelque chose que je préfère garder pour moi, vis-à-vis de lui. Mais c’est un coup que je n’ai jamais refait depuis, et que je ne referai probablement jamais.

Je ne suis pas un spécialiste des tells, je pense simplement que j’ai un bon esprit de déduction et d’observation. Tout le monde a des tells. Un joueur qui fait un énorme bluff ne pourra jamais garder son calme à 100%.

C’est pour ça que j’essaye d’être toujours bien équipé, avec une écharpe pour cacher ma bouche et ma gorge qui sont les zones qui dégagent le plus de tells, et que j’évite de jouer avec mes jetons. Il y a aussi la façon de miser, la façon de parler… Tout ça, ce sont des tells globaux, qui concernent tout le monde. D’ailleurs la plupart de ces tells, je les ai observés d’abord chez moi, c’est ce qui me permet ensuite de les chercher chez les autres.

Davidi Kitai vainqueur HR WSOPE Berlin 2
Face à Mustapha Kanit et Jonathan Duhamel lors de sa victoire dans le High Roller des WSOPE à Berlin.

Il faut donner un minimum d’informations, et le faire de manière constante surtout, pas seulement quand on bluffe.

Quoi qu’il en soit, il ne faut jamais se baser complètement sur les tells, ce n’est pas une science exacte. Souvent, je suis dans des situations où je ne sais pas si mon adversaire bluffe, mon instinct me dit de payer mais ma raison me freine. À ce moment-là, les tells peuvent faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre.

J’ai également lu que tu te disais avoir beaucoup d’empathie, ce qui t’aide à "rentrer dans la tête" de tes adversaires. Est-ce que tu peux le définir ?

C’est difficile de mettre des mots là-dessus, surtout que je suis loin d’être un spécialiste de la psychologie.

En fait, c’est Manu B. qui m’a fait remarquer cette qualité et c’est vrai que je suis généralement très intéressé par le comportement humain, je suis de nature très curieuse et j’essaye toujours de comprendre les autres. C’est pour ça que j’essaye de me mettre à leur place et de comprendre leur façon de penser. Une fois que tu comprends le "thinking process" de quelqu’un, c’est très utile pour le meta-game.

Je peux par exemple ressentir qu’un joueur en a marre que je relance toutes ses mains et qu’il va bientôt me 3-bet, ce qui m’aide à anticiper. J’arrive à savoir quels joueurs vont essayer de m’éviter, ou au contraire d’aller contre moi. C’est très important, surtout quand on est un peu connu sur le circuit.

Davidi Kitai
"J'aime être en accord avec mes valeurs et je crois au karma."

Il paraît aussi que tu crois au karma, en tout cas dans le poker…

Je suis ultra rationnel, voire un peu trop. En tant que joueur de poker, il faut être très cartésien, très pragmatique. Or le karma, ça paraît moins rationnel, mais je vois ça plutôt comme une façon de vivre. J’aime être en accord avec mes valeurs et droit dans mes bottes. C’est ce qui fait que j’ai un comportement très éthique et qui m’évite de déraper.

Donc oui, je crois au karma et c’est vrai que parfois ça m’échappe un peu, surtout en tournoi par exemple. Je vais chercher à tout prix à faire des choses bien dans l’idée que ça entraînera de bonnes choses à table.

Au final, l’essentiel c’est que ça m’aide à être bien dans ma tête, que ça aide mon esprit à rester sain, loin des ondes négatives. Je vois beaucoup de joueurs se plaindre de malchance, mais ça ne sert à rien puisqu’on ne peut pas contrôler ça. Et souvent, ensuite ils font des bad runs.
C’est un peu bizarre, parce que mon expérience personnelle fait que je commence à y croire vraiment et je trouve que c’est une façon de penser très positive, mais d’un autre côté j’ai l’impression de sortir de la logique pure du joueur de poker qui veut rester absolument rationnel.

Ça reste un peu abstrait, mais le karma peut aussi être lié aux questions existentielles qu’on se pose. Je ne crois pas en Dieu, je suis plutôt agnostique, mais je crois en quelque chose.

Est-ce qu’il y a un ou des livres qui t’ont marqué ou fait avancer en tant qu’individu et dans le poker ?

A titre personnel, le livre qui m'a marqué est L'homme révolté d'Albert Camus, qui traite du droit à la révolte et de ses limites, et du caractère absurde de l'existence.

Le pouvoir du moment present
"Johannes Strassmann avait trouvé la paix intérieure grâce à ce livre."

J’ai eu aussi beaucoup de discussions existentielles avec Manu, qui est très doué en sciences et en philosophie. Il m’a appris énormément de choses et m’a conseillé beaucoup de livres.

Il y a quelque temps je lisais un livre qui est justement un peu lié à tout ça, le bouddhisme, la méditation... C’était un livre que Johannes Strassmann m’avait conseillé  et qui lui tenait énormément à cœur. Il avait l’air vraiment heureux et épanoui, comme s’il avait trouvé une paix intérieure. Il m’avait expliqué que c’était en grande partie grâce à ce livre, The Power of Now.
Quand j’ai appris la tragédie de son décès, j’ai décidé de me plonger dans ce livre, par respect pour lui.

C’est vrai que je me sens assez proche de la philosophie qui y est développée. L’idée c’est d’être au maximum dans le moment présent, sans laisser l’esprit s’échapper dans le passé ou le futur et sans trop penser.

Mon coach mental, Pier Gauthier, m’avait déjà beaucoup fait travailler là-dessus parce qu'il est très important pour les joueurs de poker d’arriver à être totalement dans le moment présent. C’est ce qui permet d’être véritablement concentré.

J’ai déjà quelques techniques qui me permettent de me rendre compte quand je suis déconcentré et pour essayer de me recentrer. C’est vraiment très utile pour le poker. La méditation est également un excellent outil.
Beaucoup de joueurs sont déconcentrés, sans s’en rendre compte. Leur esprit est parasité par des éléments en dehors du poker : l’interview après la partie, les réactions de leurs proches, etc.

Tu peux par exemple être détaché de ta table finale tout en étant concentré. C’est un état d’esprit qu’il faut réussir à avoir.

Davidi et Caroline
Davidi et Caroline.

Du coup, c’est un peu différent de l’approche qui veut qu’il faille visualiser la victoire pour y parvenir.

Oui. Je ne crois pas à ça, en fait. Je pense plutôt qu’il faut prendre les choses étape après étape. À la rigueur, avoir un objectif par jour, mais même ça c’est déjà très difficile.

Tu te verrais écrire un livre sur le poker un jour ?

Pourquoi pas, oui ! Je ne sais pas encore sous quel format : livre, vidéo, ...
Mais c’est quelque chose qui pourrait m’intéresser. Je trouve que la plupart des livres qui ont été écrits jusque-là sont trop théoriques et n’ont pas été écrits par les meilleurs joueurs. Moi j’aime les livres pratiques, avec des exemples concrets. Par exemple le livre de Gus Hansen m’a plu.
Ecrire un livre n’est pas du tout un projet pour l’instant, mais dans l’absolu ça peut être une idée un jour.

En dehors du poker, quelles sont tes autres passions ?

Le poker prend énormément de place dans ma vie. Je n’ai aucune passion qui soit aussi intense que ma passion du poker.
J’ai quand même quelques petits kifs assez simples, peut-être même banals. J’aime faire de petites sorties avec mes amis, manger des tapas et boire des bières dans un bar, ou jouer à FIFA entre potes.

A la base j’ai un côté solitaire, donc j’aimais faire des trucs seuls. Par exemple j’aime beaucoup me balader sur la plage quand je suis en tournoi à l’étranger, regarder le lever ou le coucher de soleil... Ce sont des moments et des sensations très forts et très agréables pour moi, pendant lesquels je suis véritablement dans le moment présent, pour en revenir à ce qu’on disait.

Davidi Kitai 90 ans grand mere
Pour les 90 ans de sa grand-mère : "C'est important d'avoir une famille aussi proche."

Mais aujourd'hui je peux partager tous ces moments à deux car j'ai rencontré l'amour de ma vie il y a sept mois. Elle s'appelle Caroline et c'est l'as de trèfle qui pique mon cœur !

Il y a aussi ma grand-mère, "mémé", à qui je dois la vie par son courage et la notion de famille qu'elle m'a inculquée. Et mon grand-frère Michael qui est mon conseiller, mon avocat, mon ami, mon modèle.

J'ai aussi mes 14 cousins et cousines, que je vois très souvent et dont je suis très proche. Ils me permettent de toujours garder les pieds sur terre quand parfois dans le poker on peut un peu se perdre dans le côté illusoire, le luxe et les apparences. C’est très important d’avoir une famille aussi proche et de toujours sentir leur amour.