Julie Monsacré : Une championne la tête sur les épaules

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Julie Monsacré a marqué l’une des plus belles performances françaises cet été lors des WSOP à Las Vegas en finissant 3ème du Ladies Event. Et la charmante et talentueuse joueuse va tenter de réitérer l’exploit ces jours qui viennent lors des WSOPE à Enghien les Bains.

Dans cette interview elle nous parle également des difficultés que peut poser le poker pour la vie de couple, et de l'importance d'une vie équilibrée en dehors.


Bonjour Julie, depuis combien de temps joues-tu au poker ? Et comment as-tu découvert ce jeu ?

J’ai commencé à jouer il y a 3 ans avec des amis et cela m’a tout de suite énormément plu. J’aurais certainement commencé bien avant si le jeu avait croisé ma route plus tôt.

Tout suite après les premières parties j’ai été passionnée et me suis créé un compte en ligne où j’ai joué en « Play Money » (argent fictif). Quand j’ai vu que ça se passait bien, je me suis créé un compte sur Pokerstars.com.

Je jouais comme une amatrice au début, donc vraiment pour le plaisir et sans gestion de bankroll, jusqu’à un soir où j’ai joué un Satellite avec des points FPP (Frequent Player Points – Points de fidélité). J’ai gagné ce Satellite et ne pensais pas jouer le tournoi pour lequel je m’étais qualifiée – un 11$ Rebuy de qualification pour le Main Event des WSOP à Vegas - mais je l’ai tout de même joué et  je l’ai "ship" ! (rires)

Je suis donc allé à Las Vegas pour les World Series, mais j’ai finalement gardé l’argent de mon package car je ne pensais pas avoir le niveau pour jouer ce Main Event.

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"J'ai découvert un nouvel univers avec des joueurs intelligents et sympathiques."

J’ai cependant rencontré beaucoup de joueurs durant cette période et ai découvert un univers dont j’ignorais l’existence : celui des joueurs de poker professionnels. Ceux-ci jouaient le circuit, en vivaient et se retrouvaient autour du monde pour jouer au poker et faire la fête.
Je trouvais ces joueurs intelligents, sympathiques, et comme j’en avais marre de bosser dans un bureau je me suis dit que j’allais investir une partie des 10.000$ dollars de mon package pour me construire une vraie bankroll et essayer de vivre du poker. Je me donnais 3 à 6 mois d'essai. Les premiers mois ont été concluants j’ai donc décidé d’en faire mon métier.

Tu as fait de ton hobby ton activité professionnelle. Comment tes proches ont réagi quand tu leur a annoncé que voulais devenir joueuse de poker pro ?

J’ai des parents ouverts d'esprit et cools donc ça c’est plutôt bien passé. J’ai quand même dû faire mes preuves auprès d’eux. Grâce aux premiers articles sur moi, ou même aux reportages, j'ai été plus crédible à leurs yeux.

Ce qu’ils comprennent moins en revanche ce sont les histoires de fisc. Ils ne comprennent pas que les joueurs puissent se faire redresser et taxer si violemment et être obligés de s’exiler pour ces raisons.

Comment décrirais-tu ton style de jeu ?

Je suis «Maman-Nit » (rires), enfin disons tight (serrée) avec des petites créations de jeu.

Quel est ta main favorite ?

Je n’en ai pas, mais  j’ai l’impression de perdre rarement avec 9-7 assortis.

Quel est le joueur de poker que tu respectes le plus ?

Il y en beaucoup que je respecte et apprécie, trop pour n'en citer qu'un... mais si je devais en choisir un que j'admire, ce serait Daniel Negreanu.

Joues-tu à d’autres variantes en dehors du No-Limit Holdem ?

Non, je regarde un peu et j’aime le Pot-Limit Omaha, mais je trouve que c’est un jeu très ingrat niveau variance (rires). Le poker Chinois j’aime bien aussi. Mais je préfère me perfectionner en Hold'em pour le moment.

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"Faire quelque chose en dehors du poker est indispensable pour respirer un peu."

Es-tu plus une joueuse de cash game ou de tournoi ?

Je me suis un peu construite toute seule et j’ai démarré mon apprentissage avec les tournois, je ne sais pas pourquoi, sûrement moins risqué et avec un esprit de compétition.

J’aime le Cash Game bien évidemment, mais je n’ai pas encore la rigueur et l’autonomie nécessaires pour en jouer comme je l’aimerais. Donc je suis définitivement une joueuse de tournois. J'aime aussi beaucoup les sit-and-Go, principalement les heads-up.

J’ai vu que tu habitais à Londres ?

Oui j’habite à Londres avec mon copain qui est joueur pro depuis début 2013. On vit dans un quartier où il y a d'autres joueurs de poker donc c'est plus sympa.

Joues-tu en Live à Londres ?

Pas vraiment. Je suis encore un peu timide avec mon anglais. Je joue plus online sur le .com. J’ai d’ailleurs eu un immense plaisir à le retrouver : choix, quantité, diversité, prizepools, c’est juste un bonheur.

Quel est ton programme poker pour les mois à venir et quels sont tes ambitions ?

Je vais jouer le WPT de Marrakech avec PMU (interview réalisé auparavant NDLR), l'Event Ladies de l'EPT Londres à domicile, le WSOPE Ladies Event, sûrement le Million Poker Race à Marrakech... et bien sûr beaucoup online.

Pour ce qui est de mes ambitions poker, je veux continuer à grinder le .com et essayer de me qualifier par satellites pour des lives.

J’ai prévu un programme hors poker aussi... Je me suis rendue compte que beaucoup de choses me manquaient : rythme de vie, contact social, sommeil, bouffe, etc. Je pense donc de plus en plus à faire quelque chose à côté qui ne me prenne pas tout mon temps mais qui me permette de respirer un peu. Histoire de voir un peu autre chose que des cartes et de retrouver un peu le sens de la réalité. Reste à trouver quoi ! (rires)

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Concilier poker et vie de couple / vie de famille : difficile mais pas impossible.

Tu vas donc participer au Ladies Event à Enghien les Bains. Penses-tu qu’il y aura assez d’affluence pour justifier un des bracelets WSOP si convoités ?

Je suis en fait assez partagée à ce sujet. C’est une bonne idée, mais cela peut faire un carton ou un bide : je pense que tout repose sur la participation des joueuses étrangères, régulières du circuit.

Quand on est un couple de joueurs professionnel de poker, le poker est-il omniprésent dans la relation ?

Oui, mais malgré moi. En gros, il est omniprésent, mais je pense aussi qu’il peut ne pas l'être... Cela rejoint complètement l'idée que j'expliquais dans la précédente question : avoir autre chose à côté, comme activité ou comme passion...

Quels sont les différences principales avec les couples « normaux » ?

Si j'imagine ma vie de joueuse avec une personne qui a une vie "classique" : quand il rentre du boulot vers 20h, vu que je suis à la maison, il attendrait peut-être que je prépare le repas, qu'on dine ensemble, qu'on regarde un film... sauf qu’à 20h pour moi c’est l’heure vers laquelle je me mets à bosser, donc au niveau du rythme de vie c’est compliqué.

En fin de semaine les gens "normaux" aiment bien partir en week-end, sortir vendredi et samedi soir, et pour nous c’est compliqué. Par exemple j’aime particulièrement jouer le samedi soir, et le dimanche je débute ma session dans l'aprèm. Les autres passent leur dimanche à se reposer en mode cocooning, à se plaindre sur la reprise du boulot le lendemain, toi tu passes ton dimanche à grinder et tu ne te couches pas avant 4-5 heures du matin, et le lundi tu fais grasse matinée... Si tu es avec quelqu’un qui a une vie classique il faut qu’il soit très tolérant et intéressé par ce jeu, ou alors être avec quelqu'un qui a aussi une vie marginale.

Et au niveau de l’argent dans le couple je pense que ça créé un vrai problème, ça peut être compliqué pour quelqu’un qui a un revenu fixe d’accepter que son partenaire mette en jeu tous les jours des sommes importantes. Il verra ça comme des dépenses sans voir les possibilités de gains, ce qui peut effrayer beaucoup de monde.

Penses-tu qu’une femme qui ne s’intéresse pas au poker peut être en couple avec un joueur pro ?

J’ai plusieurs exemples autour de moi et globalement ça n’a pas été une réussite. Il y a certains joueurs qui ont eu beaucoup de peine à devoir se séparer ou à s’être fait quitter par leur nana justement par ce qu’elles ne supportaient plus qu’ils soient comme des geeks derrière leurs ordinateurs, ou que ce jeu soit leur priorité dans la vie, ou bien que leurs revenus soient si aléatoires. En effet surtout ce paramètre ne les tranquillisait pas du tout.

En plus de ça il faut avoir une confiance absolue quand son conjoint part faire le circuit, il y a tout un monde de "fête" excessive autour du tournoi et ça n’aide pas ! Après il y a un autre profil de fille, qui est libérée de tout engagement, et qui peut du coup suivre le joueur partout où il va. (rires)

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L'hygiène de vie : indispensable aussi pour le joueur de poker.

Sur quel aspect faut-il être vigilant pour réussir sa vie de famille en tant que joueuse pro d’après toi ?

Tout d’abord je pense que c’est vraiment possible. Ça peut paraitre compliqué, mais on a l’avantage de travailler quand on en a envie, on peut se trouver des plages horaires pour bosser. Mais à un moment il faut faire quelques concessions surtout avec un enfant en bas âge. Tu ne peux pas te faire un mois et demi à Las Vegas pendant les WSOP, tu ne peux pas faire tous les tournois du circuit, tu vas privilégier ceux qui sont près de chez toi.

Après, en ce qui concerne l’argent, je pense qu’il faut avoir une situation dans le poker qui est assez stable de façon à pouvoir assurer les arrières pour l’enfant, ou un plan B.

Si tu te plantes en étant seul ce n’est pas si grave, mais avec un enfant ça doit mettre une pression supplémentaire. Et si tu es parent et que tu te prends un redressement fiscal, ça doit carrément faire flipper !

Pour toi, quelles sont les choses importantes pour maintenir une balance saine entre la vie de joueuse de poker et la vie de tous les jours ?

Là-dessus j’ai mon opinion, mais ça ne veut pas dire que je l’applique toujours (rires).

Déjà il ne faut pas avoir que le poker dans sa vie ! Il faut avoir quelque chose à côté, si ce n’est pas un boulot, au moins une passion, un sport, un art, un truc à côté qui te permet de relativiser. Et si possible être bien entouré, famille, amis.

Il faut aussi vraiment faire attention à l’hygiène de vie. Etre fatigué, avoir mal mangé, être de mauvaise humeur : tout ça va se répercuter sur ton jeu. Je ne dis pas qu’il faut manger du riz et du poisson et être au lit à 22h00, mais en tout cas ne pas faire la fête avant le tournoi et essayer d’éviter les situations de stress comme prendre un avion en dernière minute pour arriver au tournoi en enregistrement tardif etc. Etre bien dans son corps et dans sa tête en somme...

Il faut voir ça comme un VRAI boulot. Certains font tout à l’envers, et je suis sûre qu’ils seraient bien meilleurs s’ils faisaient un peu attention. Un mec comme Nicolas Cardyn est un bon exemple, il fait du yoga, du sport, et s’intéresse à pleins de choses. J'essaie de m'inspirer plutôt de ce genre de joueurs.


Interview réalisée par Chris Baum

 

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