A la rencontre de la nouvelle Liv Boeree - Interview

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Liv Boeree bien loin des tables de poker au Burning Man.

Un voyage au festival Burning Man. Une relation solide. Un combat passionné contre le réchauffement climatique. Une nouvelle vision du poker : la Liv Boeree d'aujourd'hui n'est plus tout à fait la Liv Boeree que vous avez connue ces dernières années.

Entre cette nouvelle relation avec Igor Kurganov et un été placé sous le signe de la découverte de soi, Boeree a complètement changé sa vision du poker, s'est trouvée un désir de changer le monde et l'inspiration pour avancer avec la conviction que le poker peut faire bouger les choses.

PokerListings a pu la rencontrer à Londres lors de l'EPT, et aborder tous ces sujets avec elle.


Comme Vicky Coren, es-tu une véritable Londonienne ?

Non, je suis une fille de la campagne. Je viens d'une petite ville à 20km de Londres. Mais j'habite désormais à Londres et j'adore ça.

Liv Boeree2013 WSOP EuropeEV011K LadiesGiron8JG8292
"Rien n'est éternel, il faut savoir l'accepter."

Comment as-tu intégré le cercle de Philipp Gruissem, Igor Kurganov et compagnie ?

Je les connais depuis longtemps. Igor et moi sommes ensemble depuis sept ou huis mois et je suis très amoureuse.

Tous ces joueurs allemands, ils sont vraiment très sympa, en plus d'être d'excellents joueurs de poker. J'ai de la chance de les connaître ! (rires)

Tu t'es rendue avec eux au festival Burning Man, comme tu l'as raconté dans un billet très intéressant sur ton blog. Comment t'es-tu retrouvée là-bas ?

Antonio Esfandiari, un autre très bon ami à moi, y va tous les ans depuis plusieurs années et m'y a invitée.

On te connaît plutôt comme une fan de hard rock, cigare à la bouche et guitare à la main. Le Burning Man, c'est pas plutôt un truc de hippie ?

En fait, il y a des gens de tous les milieux, c'est extrêmement divers.

L'idée même du festival est de briser ces barrières qui t'empêchent de rencontrer les gens en temps normal.

Honnêtement, je ne me suis jamais sentie aussi en sécurité, aussi aimée, aussi bien accueillie de ma vie. C'était un véritable tourbillon de chaleur humaine et de générosité.

Il n'y a pas d'argent. Si tu veux quelque chose, il suffit d'aller demander à quelqu'un. L'idée n'est même pas de donner quelque chose en échange, c'est juste une question de partage.

Igor Kurganov
Igor Kurganov, le nouveau boyfriend de Liv.

Igor et moi, on se considère comme des hippies modernes. Par exemple, on est très intéressés par les énergies vertes et on a utilisé des panneaux solaires pour générer de l'électricité au festival.

Que symbolise le fait de brûler cette immense figure ?

L'idée est de ne pas s'attacher. Rien n'est éternel et cela permet de symboliser le côté éphémère des biens matériels.

C'est quelque chose qui résonne particulièrement chez les joueurs de poker. On peut passer du jour au lendemain d'une grande victoire à une terrible défaite. Il faut savoir accepter ça. Il y a des gens qui vivent et d'autres qui meurent, on doit faire avec.

Est-ce que ce voyage t'a permis de te découvrir ?

Oui ! Principalement le côté altruiste, le sens de la communauté.

Il y avait une soixantaine de personnes dans notre campement. On vivait dans des conditions loin d'être très confortables, mais après 5 ou 6 jours passés ensemble, on était tous très proches.

C'est à l'opposé du poker, où chacun se bat pour lui-même. Et c'est vraiment quelque chose que j'avais besoin d'apprendre.

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Le festival Burning Man, l'antithèse du poker.

Beaucoup de joueurs européens ont quitté PokerStars ou ont vu leurs contrats révoqués. Est-ce que cela t'effraie ?

Le marché évolue et PokerStars a été racheté. Les choses sont en train de bouger, c'est normal.

Personnellement, j'ai une confiance absolue dans la nouvelle direction de PokerStars. Les contrats n'ont rien de définitif et l'on n'y peut rien.

Quoi qu'il arrive, je n'ai pas l'intention d'aller voir ailleurs. J'adore PokerStars et je suis très heureuse d'en faire partie.

Tu fais partie des rares joueurs à avoir été à l'université. Quelle carrière aurais-tu pu faire en dehors du poker ?

Je n'ai pas l'intention de revenir à l'astrophysique. Ça fait trop longtemps que j'ai laissé tout ça derrière moi. En plus, j'ai l'impression que mes talents seraient mal exploités dans un domaine académique.

J'ai beaucoup appris grâce au poker. Et aujourd'hui, ce qui me passionne vraiment c'est le changement climatique.

La mauvaise gestion des ressources, de nous-mêmes, le modèle économique en vigueur qui demande une croissance constante et qui va finir par imploser... C'est ce qui m'intéresse.

C'est quelque chose qu'on retrouve un peu dans le poker. Regarde ce qu'il s'est passé avec Dan Bilzerian par exemple. Je suis aussi passée par là après ma victoire à San Remo, j'avais l'impression d'être une star. (rires)

Mais ensuite, tu grandis, tu gagnes en maturité. Enfin peut-être pas Bilzerian, c'est bien le problème.

Liv Boeree2013 WSOP EuropeEV021K Re entryDay 1BGiron8JG9167
"Gagner de l'argent c'est bien, mais il est temps d'en redistribuer."

Le train de vie qu'il met en avant est tellement artificiel et décadent... Ses vidéos ne sont même pas authentiques. Dire que ce gars est un modèle pour les jeunes joueurs...

Il est là, à montrer son gros bateau et les jolies filles. Si tout le monde pensait comme lui, on se serait écroulés depuis longtemps.

Gagner de l'argent, c'est bien, mais il faut aussi savoir le redistribuer.

Talal Shakerchi est l'un des plus grands philanthropes du poker. Est-ce qu'il a inspiré le projet REG ?

Oui, énormément. C'est à la fois quelqu'un de très logique, de très rationnel et de très philanthrope. Igor et Philipp ont beaucoup parlé avec lui de l'altruisme efficace.

Par exemple, on a lancé un projet de lutte contre le cancer et il nous a donné beaucoup de conseils, notamment sur les façons de réduire les douleurs autant que possible.

Il y a toujours un aspect émotionnel à tout ça, mais il faut aussi savoir les considérer de manière logique.

Est-ce que vous préparez un projet en particulier ?

Oui, nous organisons un tournoi caritatif à Las Vegas au mois de décembre. Les joueurs donneront un certain pourcentage de leurs gains. Ce qui m'amène à mon véritable rêve.

Qu'on se rende dans tous les grands tournois pour demander aux vainqueurs s'ils souhaitent donner une partie de leurs gains.

Je pense que la très grande majorité serait d'accord s'il suffisait de cocher une petite case après leur victoire.

C'est quelque chose qui pourrait vraiment changer l'image du poker auprès du grand public. Si quelqu'un disait « le poker, c'est mauvais », on pourrait lui montrer tout l'argent reversé à des projets caritatifs et altruistes.


Interview réalisée par Dirk Oetzmann avec Christian Henkel

 

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