Interview croisée : Ludovic Lacay & Gaëlle Baumann

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A ma gauche, Gaëlle Baumann, à ma droite Ludovic Lacay. Les deux membres de la Team Winamax ont accepté de se prêter au jeu des questions-réponses avec notre collègue italien présent à Venise, en toute décontraction.



Il y a quelques jours, l'ARJEL a publié les résultats d'une étude sur les joueurs de poker en ligne français. Ces résultats indiquent que le joueur moyen est un homme de 36 ans, diplômé, sans enfants et plutôt célibataire. Vous êtes deux des joueurs français les plus connus, est-ce que vous vous retrouvez dans cette description ?

GB : Oui, c'est tout à fait moi. À part que je ne suis pas un homme, que je n'ai pas 36 ans et que je ne suis pas célibataire. (rires)

Blague à part, ça me paraît proche de la réalité, même si je pensais que l'âge moyen aurait été plus bas. Mais si on ne parle pas des joueurs professionnels, oui, je pense que c'est assez vrai.

LL : Je ne suis pas célibataire, j'ai moins de 36 ans, mais non, je n'ai pas d'enfants. Donc c'est un peu moi. (rires)

Mais ça ne me surprend pas, ça représente bien les joueurs. C'est ce genre de personnes qui allaient dans les casinos, et qui jouent maintenant sur Internet. Ce n'est pas tout à fait la même chose, mais c'est encore plus facile de jouer tranquillement depuis chez soi que d'aller au casino pour jouer contre des "vrais gens". J'imagine que les gens se sentent plus en confiance sur Internet.

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Nous sommes à Venise, alors parlons un peu des "fish" italiens. Si on ouvrait un marché européen commun avec les joueurs français, italiens et espagnols, est-ce que ce serait plutôt avantageux ou dangereux pour vous ?

LL : N'oublie pas les Belges, ils ne sont pas très bons non plus. (rires) Ça ferait un bon petit marché.

GB : (rires) Je crois que ça serait plutôt bon pour les joueurs français.

LL : Ça serait bon pour le poker en tant que tel. Les Italiens peuvent être vraiment difficile à jouer, parce que... c'est comme s'ils s'en foutaient. Ils jouent de manière très agressive, ils prennent beaucoup de risques, et parfois on peut se faire piéger très tôt dans un tournoi.

Parlons un peu du poker de votre côté des Alpes. Que pensez-vous de l'évolution de l'offre légale ?

LL : Ça a beaucoup changé. Avant, on avait énormément de joueurs qui correspondaient à ta description – 35 ans, etc. Ils avaient un compte sur chaque site de poker, mais maintenant c'est différent. Il y a plus de joueurs sérieux et beaucoup de joueurs étrangers. Dès que tu vas dans des parties avec des mises à partir de 2-4, tu tombes sur des joueurs suédois, allemands, anglais... de n'importe où.

C'est bien, c'est en expansion. Sur le marché français, nous (Winamax) sommes encore plus gros que PokerStars, et les deux sont en pleine expansion.

Parlons un peu des impôts. Je ne veux pas savoir si vous pensez que vous payez trop ou pas assez d'impôts, mais je me demande simplement si c'est facile de comprendre comment payer ses impôts en tant que joueur de poker ?

GB : Les choses sont encore floues, aucune loi n'a été votée.

Pourtant il est bien arrivé une mésaventure à quelqu'un de la Team Winamax, non ?

LL : En gros, pendant des années on nous a répété que les gains des jeux de hasard n'étaient pas imposés, et puis d'un coup on nous dit : « Finalement, le poker n'est pas un jeu de hasard, donc vous nous devez de l'argent ! »

Donc ils reviennent cinq ans en arrière, et c'est même encore pire parce que du coup tu dois aussi payer une amende. En gros, ça revient à te demander 90% de tout ce que tu as gagné depuis cinq ans. Je crois que beaucoup de joueurs leur ont dit d'aller chercher leur argent dans les clubs de strip-tease de Vegas, parce que bon, honnêtement, c'est là-bas qu'a fini une bonne partie de cet argent.

Nous avons pu rencontrer Jonathan Duhamel lors de l'EPT Londres, qui nous disait qu'il trouvait que le poker allait dans une bonne direction. Mais côté français, entre le scandale de la table finale Partouche ou l'histoire avec l'ISPT, est-ce que vous pensez la même chose ?

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LL : Oui, je crois que le poker va dans la bonne direction, mais je pense que les médias s'intéressent beaucoup plus au poker qu'avant, donc ce genre d'histoire fait la une.

Je pense qu'il y a toujours eu des magouilles, mais qu'elles faisaient moins de bruit que maintenant. On a plus d'attentes. Les gens misent plus d'argent, payent plus de taxes, ils savent ce qu'ils sont en droit d'attendre de la part des organisateurs et directeurs de tournois. C'est pour ça que les joueurs se mettent en colère.

Ce qui m'embête le plus dans cette histoire avec Partouche, c'est que les casinos connaissent ces techniques de triche depuis des années. Apparemment, même dans les années 50, les joueurs utilisaient souvent des mouvements de tête pour communiquer leurs cartes.

Donc ce que je me demande, c'est pourquoi les casinos ne créent pas un site sur lequel seraient listées toutes ces techniques ? Les joueurs pourraient y jeter un œil et remarquer tout de suite ce genre de choses à la table.

Peut-être qu'il faudrait en parler aux gens de chez Partouche...
Changeons totalement de sujet. Ludovic, tu as joué contre des joueurs de l'équipe de Saint-Etienne lors d'un petit challenge organisé par Winamax. C'était comment ?

LL : La partie football ou la partie poker ?

Comme tu veux.

LL : Au foot, j'ai raté mon pénalty. J'étais vraiment énervé, parce que j'ai quand même fait 12 ans de football.

Mais sinon, c'était marrant. Les gars étaient plutôt gentils. J'ai joué au poker contre euh... bon, je ne me souviens plus de son nom, mais il était cool. (rires) (Romain Hamouma NDLR). Je me souviens qu'il y avait Jérémy Clément, parce qu'il s'est blessé récemment, il s'est cassé la jambe et il ne va pas pouvoir rejouer avant un an.

Ils sont vraiment sympa, et je suis vraiment content qu'on y soit allés, parce qu'ils étaient différents de ce à quoi on s'attendait de la part de footballeurs.

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En France, on parle tout le temps de ces footballeurs qui gagnent des mille et des cents, qui prennent tout à la légère, qui passent leur temps à faire la fête... Et en fait, on est tombés sur des gars qui ont les pieds sur terre et qui sont là... pour s'entraîner.

On leur a demandé s'ils sortaient beaucoup, et ils nous ont dit qu'il n'y avait rien à faire à Saint-Étienne, et que s'ils sortaient, les supporters leur en voudraient, et s'ils allaient à Lyon pour sortir, ça serait encore pire. Donc ils s'entraînent beaucoup. Ça a l'air d'être un très bon groupe.

Est-ce que tu sais s'il y aura d'autres événements de ce genre ?

LL : L'année prochaine peut-être, tout dépend de ce qui est prévu au niveau du sponsoring.

Un dernier mot sur ce WPT Venise...

LL : J'aimerais vraiment gagner ici à Venise. Ma copine a passé beaucoup trop de temps dans les rues de Venise, elle a fini par repérer une jolie montre... Donc maintenant je suis obligé de gagner le tournoi !

GB : Oui, moi aussi j'ai envie de pouvoir faire un peu de shopping. (rires)

LL : Je te laisse la deuxième place alors.

Note : Au moment où nous publions cette interview, Ludovic Lacay est chip leader à 40 joueurs restants au départ du Day 3, tandis que Gaëlle Baumann a été éliminée. Sont aussi toujours en course entre autres Mike Sexton (7ème en jetons), Kara Scott (20ème), Matt Salsberg (24ème), Liv Boeree (26ème), Daniel Cates (29ème).


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