Sofia Lövgren et Luca Moschitta : « Le poker est en perpétuelle évolution, il faut savoir s'adapter. »

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Sofia la suédoise, Luca l'italien.

Ils sont jeunes, ils sont beaux, ils ont du succès, et ils sont assez populaires pour avoir trusté deux des trois nominations pour le Trophée PokerListings du meilleur espoir, hier remporté par Luca.

Esther Amores a rencontré l'un des couples les plus en vogue du poker à l'occasion de l'EPT Barcelone. Une interview préparée avec le concours de Giovanni Angioni.


Jeunes, beaux, riches et célèbres, bon, vous ne trouvez pas que tout ça ça fait un peu beaucoup ?

Sofia Lövgren : Je trouve ça sympa, moi ! Pour le trophée, je dois dire que cela me fait particulièrement plaisir d'être nommée pour le titre de « meilleur espoir », c'est vraiment un honneur.

Luca Moschitta : Ce que je préfère avec ce trophée, c'est la description. Des joueurs qui gagnent, il y en a beaucoup, mais être un bon exemple c'est beaucoup plus rare. Je suis ravi qu'on pense que j'en fais partie.

C'est une compétition internationale... Mais je crois que si j'avais dû faire la liste, je n'en ferais pas partie !

Qui choisirais-tu alors, si tu devais choisir un joueur de moins de 30 ans qui s'est particulièrement illustré en 2012/2013 ?

Luca : Bonne question. D'autant qu'il n'y a finalement pas tant de jeunes joueurs que ça qui ont fait de très gros résultats en 2012/2013.

Quand j'ai commencé à jouer, j'avais 18 ans et il y avait beaucoup de joueurs de ma génération qui démarraient au même moment.

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"Etre le meilleur ambassadeur possible et inspirer les gens est un honneur."

Mais aujourd'hui, les vrais ambassadeurs du poker sont les mêmes qu'il y a quelques années, à part peut-être Viktor Blom.

Allez, donne-nous un nom.

Luca : Paul Berende est un gars très sympa et un joueur très fair-play. On s'en rend compte quand on joue contre lui.

Et toi, Sofia ? Qui choisirais-tu pour cette catégorie ?

Sofia :  Je trouve que Martin Jacobson est un excellent joueur suédois.

Luca : Ah oui, c'est vrai. Mais il n'est pas si jeune que ça.

Sofia : Je trouve que c'est difficile de choisir quelqu'un dans cette catégorie, vu qu'il ne s'agit pas de gagner beaucoup d'argent mais d'être le meilleur ambassadeur possible pour le poker et d'inspirer les gens à se lancer dans le poker.

Comment réagiriez-vous si vous remportiez le Trophée ? Surtout en sachant que ce serait grâce aux votes de supporters que vous ne rencontrerez peut-être jamais.

Sofia : Honnêtement, rien que le fait d'avoir été nommée me donne l'impression d'avoir déjà gagné. Par contre je pense qu'il n'est pas toujours facile de gérer la pression quand les gens attendent beaucoup de choses de vous.

Ce que tu dis que tu vas faire, c'est pas important. Ce qui compte, c'est ce que tu fais vraiment. Ce que j'accomplis est réel, pas ce que je dis que je vais faire.

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Luca : Oui, pour moi aussi c'est déjà un grand honneur d'avoir été choisi. Comme je l'ai dit, la description de l'Award me plaît vraiment : l'important ce n'est pas la quantité d'argent gagné mais nos actes.

L'année dernière, j'ai passé beaucoup de temps loin des tables de poker à parler du jeu, autant avec des joueurs expérimentés qu'avec des débutants qui voulaient des conseils. Je vois cette nomination comme une reconnaissance de ce que j'ai fait.

Est-ce que vous trouvez que certains joueurs n'ont pas leur place dans ces nominations ?

Sofia : Non, tous les joueurs de la liste sont de bons joueurs. Et puis c'est d'autant plus motivant quand on sait que c'est le public qui vous a choisi et croit en vous. Je consacre beaucoup de temps et d'énergie au poker, c'est mon boulot, donc c'est vraiment sympa d'être nommée. Ca me booste de savoir que les gens croient en moi.

Bon... Vous avez voté pour vous-mêmes ?

Sofia : Non ! (rires) Mais ma famille oui, par contre. (rires)

Luca : Oui, ma famille aussi a voté pour moi ! (rires)

Ok, assez parlé des Trophées PokerListings. Question pour Sofia. « Les joueurs de poker sont comme des mini-entreprises. Il faut savoir évoluer et innover. » On a trouvé cette phrase sur le blog de Luca. Tu es d'accord ?

Sofia : Complètement. Le jeu est en perpétuelle évolution et progression. Sur PKR, les joueurs qui jouaient en 0.25/0.50 jouent maintenant en 2/4. Les joueurs s'améliorent continuellement, donc il faut savoir s'adapter.

Le danger c'est de tout mettre sur le dos de la malchance quand tu perds, alors qu'il faut se remettre en question et travailler sur tes points faibles et sur ce qu'il te manque pour devenir le meilleur joueur possible. Tout le monde a une marge de progression, donc il faut savoir garder un regard critique sur soi-même.

Cette idée de toujours essayer de progresser et d'évoluer nous rappelle ce qu'a déclaré Ben Sulsky il y a peu. Il trouvait que certains joueurs avaient trop tendance à se reposer sur leurs lauriers et à ne jamais rien tenter de nouveau. Luca, est-ce que ça te parle ?

Luca : Oui, je suis tout à fait sur la même longueur d'onde. Je joue depuis au moins 6 ans et si je devais comparer le poker de l'époque et celui d'aujourd'hui... C'est carrément un autre jeu ! J'ai l'impression d'avoir changé aussi et le fait que je sois ici montre que j'ai su faire évoluer mon jeu dans la bonne direction.

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D'ailleurs ta vie de joueur de poker a beaucoup changé récemment. Depuis que tu n'es plus sous contrat avec PokerStars, tu es passé d'un grinder hardcore à un habitué du circuit live. Ta vie quotidienne a beaucoup changé ?

Luca : Disons que je joue en live depuis que j'ai 18 ans et que jusque là je jouais à la fois en ligne et en live.

J'ai le statut « Supernova Elite » sur PokerStars, ce qui veut dire que je jouais énormément de mains. Mais je jouais aussi un tournoi par mois pour m'améliorer.

Alors évidemment, je n'étais pas très doué au début, et j'ai encore besoin de beaucoup progresser. Quand tu viens ici et que tu vois des joueurs participer à des tournois à 50 000 €, tu te dis qu'il y a des choses à faire et qu'il faut tout donner pour devenir un meilleur joueur, parce qu'il y a beaucoup de très bons joueurs.

Il faut se fixer un objectif et tout faire pour l'atteindre. Je pense que si on est un bon joueur sur Internet, il n'y a pas de raison de ne pas être bon en live. Il faut juste apprendre à se comporter à table.

Ce qui veut dire ?

Luca : Il faut apprendre à lire les adversaires et se construire un « personnage » pour le live.

Est-ce que tes longues sessions quotidiennes sur PokerStars te manquent ?

Luca : Pas vraiment. Quand j'ai envie de jouer sur Internet, je le fais. Mais là je fais une pause, c'est l'été ! Ça fait 4 ans que je ne profite pas de l'été parce que je passais énormément de temps à jouer.

Ça me manque un peu, je vais sûrement m'y remettre sérieusement en janvier.

Toi, Sofia, tu joues encore beaucoup sur PKR. Tu aimes toujours ça ?

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"Pour devenir un meilleur joueur il faut tout donner."

Sofia : Oui ! Je pense que je vais beaucoup jouer en rentrant en Suède, surtout en cash games 6-max.

Est-ce que vous vous voyez faire autre chose que du poker dans un futur proche ?

Sofia : Pour être honnête, j'ai surtout une vision à court terme pour l'instant. Je me concentre sur mon jeu et sur les moyens de l'améliorer. Je veux continuer à jouer à la fois des tournois sur le circuit live et des cash games sur Internet. Je m'éclate tellement, je veux juste que ça continue aussi longtemps que possible.

J'ai du mal à me projeter 10 ans dans le futur, je ne sais pas ce que je ferai à ce moment-là.

Au départ, mon projet était de prendre une année sabbatique après le lycée pour jouer à plein temps. Mais j'ai eu de bons résultats, je suis devenue pro chez PKR et depuis je ne me suis jamais arrêtée de jouer. Je voulais aussi m'inscrire à l'université, mais comme tout se passe bien dans le poker, je préfère continuer !

Comme vous venez tous les deux du poker en ligne, nous avons une question à vous poser.

On a entendu beaucoup de mal de "vous" récemment, notamment de la part de Padraig Parkinson du côté de Galway. D'après lui, les jeunes joueurs passent trop de temps sur leur iPhone et pas assez à discuter pendant qu'ils sont à table. Qu'est-ce que vous en pensez ?

Luca : Tu es mal tombé, Sofia et moi postons beaucoup sur les réseaux sociaux.

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"Je voulais m'inscrire à l'Université mais comme tout se passe bien dans le poker je préfère continuer."

Justement. Pourquoi aimez-vous ça ?

Luca : Aimer ou pas, ce n'est pas la question. Il y a beaucoup de gens qui nous suivent, même des gens de notre famille. Tout le monde veut savoir comment se passe le tournoi et le vivre avec nous.

Je ne vois pas le problème si je passe 5 minutes à poster quelque chose sur Facebook ou Twitter pendant une partie.

Et puis ça fait partie du boulot. Aujourd'hui, pour être un joueur professionnel, il faut aussi prendre en compte cet aspect-là. Certains joueurs sont sponsorisés justement parce qu'ils sont très actifs sur les réseaux sociaux.

Quelques joueurs ne sont pas de cet avis...

Luca : Tout dépend. Si tu fais un tournoi à 5000€ et que tu passes ton temps à regarder un film, c'est sûr que c'est pas terrible. C'est un manque de respect vis à vis des autres joueurs, du tournoi et de l'argent en jeu. Là, je suis d'accord.

Mais prendre 5 minutes pour envoyer un tweet ? Ça fait partie du jeu.

Revenons-en au poker. Si on ouvrait le marché européen et que les joueurs suédois pouvaient jouer contre les italiens, qui gagnerait ?

Sofia : La Suède est un grand pays, mais il y a dix fois plus d'habitants en Italie...

Luca : Oui, mais les joueurs suédois sont meilleurs que les Italiens.

Faisons un petit jeu. Dites-nous trois choses que vous aimez dans le pays de l'autre ?

Sofia : La mer... Mais toi Luca, tu n'aimes pas grand chose en Suède, non ?

Luca : L'Espagne, l'Italie, ce sont des pays sympa. La Suède ça va en été, mais les -20°C en hiver... c'est autre chose.

Mais les gens sont très sympa, très gentils.

Sofia : Oui, les Suédois sont des gens très gentils et très honnêtes. Si tu perds ton téléphone quelque part, il y a de grandes chances qu'on te le ramène.

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Ne confiez pas votre téléphone à Sofia.

Luca : Et elle sait de quoi elle parle, elle a dû perdre – et retrouver – son téléphone au moins dix fois !

Revenons un peu à ce dont on parlait au début de l'interview. Sofia, la dernière fois que tu as participé à un grand tournoi à Malte, tu as bluffé Phil Hellmuth. Qu'est-ce que ça va donner à la Battle of Malta ? Tu vas bluffer Daniel Cates ou Johannes Strassman ?

Sofia : J'aime Malte pour beaucoup de raisons : le temps, la cuisine,... C'est un endroit génial. J'ai vraiment hâte de pouvoir passer plus de temps à jouer au poker à Malte, on verra comment ça va se passer.

Luca, la dernière fois que tu as "cassé" avec PokerStars, tu as enchaîné avec un titre sur l'IPT. Qu'est-ce que tu penses faire pour être sûr de gagner le titre à la Battle of Malta ?

Luca : Il faut surtout que je sois très concentré et que je joue mon meilleur poker. Le problème au poker, c'est qu'on ne peut pas décider de gagner, tout se joue sur le long terme.

Si tu joues correctement, ça ne paiera peut-être pas tout de suite, mais ça marchera forcément sur le long terme.

Mais je sais que si je fais du mieux que je peux, j'ai mes chances.

Terminons sur un prop-bet, vu que c'est apparemment à la mode. Lequel de vous deux arrivera à avoir le plus grand nombre de tweets et de likes Facebook pour cette interview ?

Luca : Ah, ça risque d'être serré, on a tous les deux beaucoup de followers !

On verra le résultat à Malte, puisqu'on vous retrouvera pour la Battle of Malta, c'est bien ça !

Les deux : Oui !

 

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