Mike Sexton : « Ce qui est beau dans le poker, c'est l'équilibre du talent et de la chance »

Mike Sexton

Mike Sexton est sur le circuit professionnel depuis les années 70. Pourtant, il a toujours l’enthousiasme d’un joueur qui vient de gagner son premier tournoi à 5 $.

Sexton est en train de vivre la meilleure saison de sa carrière sur le WPT, à la fois en tant que joueur et en tant que commentateur.

Ce grand ambassadeur du poker a donc enfin décroché son premier titre sur le WPT à Montréal, en plus d’une table finale au LAPC et un beau parcours au Bay 101.
Ah, et avec tout ça, il a également trouvé le temps de
sortir un nouveau livre, Life’s a Gamble.

PokerListings a retrouvé Mike lors du Tournament of Champions du WPT 2017 saison 15 le week-end dernier, pour évoquer notamment sa longévité, sa réussite, et le concept de ce Tournoi des Champions.


Es-tu heureux que le Tournoi des Champions, un concept que tu as créé, soit utilisé par le WPT ?

J’aime l’idée qu’il faille mériter de participer au tournoi. C’est ça qui en fait quelque chose de spécial. C’est pour ça que c’est un tournoi de haut niveau, un tournoi prestigieux auquel tous les joueurs voudraient participer. J’adore ce concept.

Estimes-tu que ce soit proche de ce qui se fait sur le PGA ?

Oui. C’est d’ailleurs pour ça que j’avais imaginé le TdC au départ. J’adorais le concept du tournoi des champions en golf, avec les joueurs ayant remporté un tournoi du PGA pendant l’année civile.

Mike Sexton TOC 2017
Mike Sexton lors du Tournoi des Champions.

Je voulais faire la même chose dans le poker, c’est pour ça que j’ai imaginé le tournoi des champions dans les années 90. Il fallait avoir gagné un tournoi pendant l’année civile, avec un buy-in de 200 $ minimum et au moins 40 autres joueurs.

Je trouvais que c’était une super idée. C’était top. Et ça a bien marché, donc je n’étais pas le seul à le penser.

C’était avant l’arrivée de la télévision, des sponsors, donc je n’ai pas gagné d’argent là-dessus, mais je pense que ça a fait du bien au monde du poker et que ça m’a permis de décrocher mon poste chez PartyPoker et sur le WPT.

C’est vraiment quelque chose qui me tient à cœur. J’ai gagné le TdC des WSOP en 2006, et maintenant je peux compléter mon palmarès en gagnant ici, même si je vais devoir attendre l’année prochaine. J’ai envie d’y participer chaque année.

Peux-tu nous parler un peu de l’année incroyable que tu es en train de vivre en termes de résultats ?

C’est génial. Tout le monde me demande ce que j’ai changé. Mais la vérité, c’est que je n’ai pas changé grand-chose. Peut-être que j’arrive à piquer plus de pots qu’avant.

Mais au final, j’ai surtout l’impression que le vent a tourné cette année. Quand j’ai gagné à Montréal, tout a joué en ma faveur.

C’était le destin, c’est tout. C’était enfin à mon tour de gagner. Je ne sais pas quoi dire de plus.

Après ça, j’ai terminé 4e du LAPC et j’ai fait un beau parcours au Bay 101. Je passe une belle année.

J’ai les cartes avec moi, je suis juste dans une bonne passe.

Tu fais partie de l’aventure du World Poker Tour depuis le début. Quels sont tes meilleurs souvenirs sur le circuit ?

Mon meilleur souvenir, c’est de voir à quel point le poker a explosé dès que nous avons créé ce circuit. C’est grâce au WPT que le poker a décollé non seulement aux États-Unis, mais dans le monde entier. C’était vraiment une période passionnante.

Mike Sexton victoire WPT
La victoire tant attendue sur son World Poker Tour.

Et puis c’est incroyable d’être toujours là pour voir les grands joueurs gagner. J’ai assisté à toutes les tables finales du WPT télévisé pour voir toute cette excitation, cette joie et ces moments qui changent toute une vie.

Mon moment préféré, c’est probablement quand Doyle Brunson a remporté le Legends of Poker lors de la 2e saison, après avoir été le premier champion du monde à remporter un titre sur le World Poker Tour.

C’est sympa de voir à quel point le poker s’est mondialisé ces dernières années. Il faut rendre hommage à Adam Pliska et aux dirigeants du WPT pour ça. Désormais, nous sommes définitivement la marque n° 1 dans le monde.

C’est incroyable. Avant, le poker c’était les États-Unis. Plus maintenant. Maintenant c’est le monde entier.

Il y a des grands joueurs dans tous les pays du monde. C’est un phénomène incroyable.

Estimes-tu que le WPT a réussi à garder une ligne de conduite dans un secteur où tout change très vite ?

Je crois que c’est grâce à la marque. Nous avons été les premiers à mettre du poker à la TV. Nous avons une réputation auprès des joueurs. Et notre longévité fait que nous avons un statut à part.

Nos tournois fonctionnent bien et nous entretenons de bonnes relations avec les casinos. Les gens veulent être associés à la marque « WPT ».

Negreanu et Sexton
Mike aura été de toutes les tables finales du World Poker Tour.

Et c’est génial, c’est probablement pour ça qu’on tient depuis si longtemps.

Nous venons d’être rachetés par Ourgame, une entreprise chinoise, et ils nous laissent une énorme marge de manœuvre. Le WPT va se tourner vers le gaming social - c’est là qu’il y a de l’argent.

Le poker télévisé, si tu gagnes assez pour payer les salaires, organiser le circuit et les tournois et faire un profit minimum, c’est déjà très bien.

C’est loin d’être une mine d’or. Quand le World Poker Tour a été lancé, tout le monde s’est pris de passion pour le poker, mais au final, ce n’est pas le WPT qui a réalisé des profits.

Ce sont les sites internet qui faisaient leur promotion grâce au WPT qui s’en sont mis plein les poches. À ce moment-là, de par notre statut, on ne pouvait pas se lancer dans le poker en ligne.

C’était dommage. Si on en avait eu la possibilité, aucun de ces autres sites n’aurait fait le poids.

Le « WPT Online » aurait écrasé toute concurrence, et personne n’aurait rien pu faire.

À long terme, penses-tu que c’était une bonne chose pour le WPT étant donné ce qui est arrivé aux sites de poker pendant les 5 dernières années ?

Ils ont eu des problèmes, oui. Mais ils ont aussi gagné des milliards de dollars. Alors est-ce que ces problèmes pèsent si lourd que ça ?

Aux États-Unis, on est encore très limités en termes de poker en ligne. Il n’y a que le Nevada, le New Jersey et le Delaware.

Je trouve ça vraiment dommage d’avoir tué le poker en ligne aux États-Unis. C’est complètement idiot.

Ça n’a rien à voir avec le poker, et pourtant j’aime le poker, mais c’est une question de liberté individuelle. Les gens doivent pouvoir choisir ce qu’ils font en privé, tant que cela ne fait de mal à personne.

Argent et prix du WPT
Le WPT : toujours une institution sur la planète poker.

Comment peut-on dire à quelqu’un, qui travaille dur toute la semaine, qu’ils n’ont même pas le droit de se détendre en participant à un petit tournoi à 20 $ ? Pas très américain tout ça... Quand on sait qu’on se targue d’être le pays de la liberté.

Ça me rend fou. À côté de ça, on a le droit de boire et de fumer.

En tant qu’ambassadeur du poker depuis toujours, est-ce difficile pour toi de voir le jeu présenté sous un aspect négatif ?

C’est souvent par manque de compréhension, je pense.

Quand je gagnais ma vie en jouant au poker en Caroline du Nord dans les années 70, à la moindre soirée où tu allais on te demandait ce que tu faisais dans la vie. Je leur disais que je jouais au poker.

Je n’en ai jamais eu honte. Même dans une région aussi traditionnelle. Jamais de honte.

Mais les gens me posaient des questions. Ils me demandaient pourquoi j’avais choisi ça. « Vous gagnez votre vie grâce aux jeux d’argent ? - Non, je joue au poker. »

Ils ne comprenaient pas vraiment.

Je leur expliquais. Je leur disais que si on choisissait 6 personnes au hasard et que je jouais contre elles trois fois par semaine pendant un an, mes chances de ne pas les écraser étaient infimes.

Avec le temps, le meilleur joueur s’impose. Le temps révèle le talent. C’est ça qui est beau dans le poker : c’est l’équilibre parfait du talent et de la chance.  

Tu décris le poker comme la discipline mentale la plus difficile. Est-ce que tu peux nous expliquer pourquoi ?

J’y crois de tout mon cœur. Quand tu es joueur professionnel, surtout de tournois, et que tu fais le circuit, tu dois être plus fort que n’importe qui mentalement.

Mike Sexton LAPC WPT Photo
"Mon meilleur souvenir c'est de voir à quel point le poker a explosé grâce au WPT."

Tu peux jouer au poker aussi bien que tu veux, tu peux te faire sortir.

Ça arrive tout le temps. Si tu ne peux pas gérer cet aspect-là, tu ne peux pas tenir sur le circuit.

Même quand tu arrives en table finale, ce qui est déjà rare, à partir du moment où tu ne gagnes pas, tu n’es pas heureux.

On est heureux que quand on gagne, et c’est tellement rare. Il faut être capable de faire face à ça psychologiquement et mentalement, sinon autant passer à autre chose.

Il faut être solide. Il n’y a pas beaucoup de professions où on va au travail le matin et on revient avec moins d’argent que le matin en partant.

Bon évidemment, les pros ne s’arrêtent pas à une seule partie ou une seule session. Il faut voir les choses sur le long terme, au moins un an.

Comment arrives-tu à garder une telle passion après tant d’années ?

Mike Sexton
"Si tu crois tout savoir, tu régresses. Et il faut tout faire pour rester au niveau."

J’aime le poker. J’aime ses défis. C’est un apprentissage constant. Même si tu crois tout connaître du poker, tu apprendras forcément des choses en regardant jouer les autres. Cela ne peut que t’apporter quelque chose.

Tu enregistres toutes ces informations. Mais si tu crois tout savoir, tu ne peux que régresser.

Il suffit de regarder les résultats de ces dernières années pour voir que les jeunes prennent le pouvoir. Ce sont eux qui bossent, qui apprennent. Avec les simulations numériques et tout ça.

Ils ont dépassé les anciens. Aujourd’hui, les joueurs les plus connus sont toujours ceux qui ont remporté des titres sur le WPT lors des premières saisons.

Pourtant, les jeunes jouent mieux.

C’est la réalité. Ces gars sont arrivés au bon moment, ils se sont fait un nom. Mais les joueurs qui arrivent maintenant sont meilleurs.

Comme chez les golfeurs ou les tennismen.

C’est le cycle de la vie. Manifestement, il faut tout faire pour rester au niveau, sinon tu es décroché.

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