Philipp Gruissem, l'autre Robin des Bois du poker - Interview

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L’Allemand Philipp Gruissem fait partie des joueurs de poker les plus respectés au monde. Nous l’avons rencontré pour évoquer avec lui “l’altruisme efficace”, ses actions caritatives en Ouganda, mais aussi ce monde des high stakes dans lequel il vit et où il se sent chez lui.





Jouer des tournois high roller est-il compatible avec le concept “d’altruisme efficace”?

“L’altruisme efficace” est une attitude globale. L’idée est que je gagne de l’argent pour le donner aux autres. Je fais en sorte de prendre les décisions qui apportent le plus aux autres. Et pour moi, le meilleur moyen de faire cela est de jouer au poker. Je ne pourrais jamais être aussi utile si j’étais un infirmier ou un jardinier. (rires)

Il y a quelque temps, tu semblais avoir du mal à trouver la motivation pour continuer le poker.

Au début, le poker est un loisir. Puis ça devient un boulot. Un boulot centré sur l’argent, et sur l’argent uniquement. A long terme, cela ne me suffit pas car je n’accorde pas beaucoup d’importance à l’argent. J’avais besoin d’un autre moteur.

Tout cela a un côté un peu bouddhiste…

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Philipp Gruissem en Ouganda.

C’est vrai. Dans le Bouddhisme, on dit que donner rend heureux. Je suis d’accord avec ça.

Tu es bouddhiste ?

Je n’aime pas les étiquettes. Je pense qu’il y a dans nos vies un peu de toutes les grandes religions. Il se trouve juste que dans la mienne c’est peut-être le Bouddhisme qui est le plus présent. Notre personnalité est la somme de toutes nos expériences.

Concrètement, qu’est-ce que “l’altruisme efficace”?

C’est essayer de gagner autant d’argent que possible pour l’investir dans des projets caritatifs. Le scénario idéal est que j’arrive à gagner assez d’argent pour garantir mon indépendance financière pour pouvoir investir tout le reste dans des projets.

Alors, comment s’est passé ton premier investissement ?

Nous avons effectué un don de 60 000 dollars à la SCI, une grande association qui lutte contre la bilharziose et les vers. Ils travaillent en Ouganda, je suis allé les voir là-bas. Dans le même temps, Igor Kurganov s’est rendu au siège d’Effective Altruism en Suisse pour y verser 90 000 dollars.

Vous faites donc très attention à ce que devient votre argent.

Oui, bien sûr. Nous voulons qu’il soit utilisé de la manière la plus efficace possible. En Allemagne, je ne peux pas aller bien loin avec 2000 dollars, mais en Ouganda, je peux aider des milliers de personnes avec cette somme. Contrairement à l’argent, les humains ont la même valeur partout dans le monde, donc je fais en sorte d’investir là où je suis le plus utile.

Quel regard porte le monde du poker là-dessus ?

Le caritatif n’est malheureusement pas très tendance. Beaucoup de joueurs préfèrent montrer leurs nouvelles voitures ou leurs montres de marque. Ce qui est complètement absurde quand on y pense.

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"C'est en tant que joueur de poker que j'apporte le plus au monde."

Est-ce que tu continues à participer aux parties high-stakes privées du coup ?

Bien sûr. Elles sont d’autant plus intéressantes maintenant que je sais que je peux utiliser efficacement mes gains.

Le système de sponsor serait peut-être parfait pour toi. D’ailleurs Gus Hansen semble penser que tu serais un bon successeur à Tom Dwan dans “The Professionals”.

Je trouve ce système très intéressant, mais jusqu’à présent personne ne m’a proposé quoi que ce soit.

Sam Trickett a récemment décrit ton jeu comme “extrêmement créatif pré-flop et sans aucune notion de contrôle du pot”.

Je trouve que c’est un bon résumé. J’aime changer de style et prendre beaucoup de risques.

Comment décrirais-tu le jeu de Trickett ?

Solide et extrêmement efficace.

Est-ce qu’il y a des joueurs qui t’inspirent ?

On peut s’inspirer de tous les joueurs. C’est ce que je fais. Sam en fait partie.

Bon, tu peux nous le dire : quel est le secret du succès des joueurs allemands dans les high-rollers et super high-rollers ?

Igor Kurganov2013 WSOP EuropeEV0710K NLH Main EventDay 2Giron8JG2251
Son compatriote allemand lui aussi High Roller, Igor Kurganov.

Je peux t’assurer qu’on n’a rien prévu. Simplement, à un moment on a eu assez d’argent pour commencer à y participer, et comme on a plutôt bien réussi, on a pu continuer. Et puis nous nous entendons très bien, nous connaissons bien nos points forts.

Est-ce qu’on vous a déjà accusé de tricher ou d’être trop gentils entre vous ?

Pas directement. Le seul à avoir insinué quelque chose est Tony G, mais je me suis expliqué avec lui et il n’a plus jamais rien dit de tel. Et si tu arrives à faire taire Tony G, c’est bien que tu dois avoir raison. A part ça, personne ne m’a jamais accusé de rien. Et tu sais bien que les gars sont très attentifs et n’hésitent pas à parler s’ils voient quelque chose de suspect.

Comment fonctionne votre groupe de réflexion ? Est-ce que vous avez un emploi du temps précis : 2h de débat sur l’Omaha lundi à 8h, atelier pratique jeudi après-midi de 14h à 19h, ... ?

(rires) J’aimerais bien ! En réalité, il s’agit plutôt de discussions spontanées, sur Skype ou simplement à deux. Par contre, c’est vrai qu’on parle plus souvent du Deuce-to-seven que des autres variantes !

Maintenant tout le monde va à Macao pour les grosses parties. Tu envisages d’y aller ?

En fait, j’y suis déjà allé plusieurs fois. Mais ça ne s’est pas très bien passé, donc il faut que je me refasse avant de pouvoir y retourner.

Toi qui voyages tout le temps, est-ce que tu as parfois le mal du pays ?

Non, plus maintenant. Je ne me sens plus attaché à un endroit en particulier. J’aime avoir ma famille et mes amis près de moi, mais cela peut être n’importe où dans le monde : je me sens chez moi partout.


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