Boom du poker au Brésil : « Il y a 10 ans personne ne connaissait les règles. »

Akkari et Ramos PCA

Pour certains le futur du poker se trouve en Asie. En réalité le nouveau point chaud est le Brésil, où il est en train de connaître un véritable boom. Au point de devenir aussi populaire que le football ?

La belle performance réalisée par Bruno Politano aux WSOP (finaliste du Main Event 2014), et le bracelet remporté par un autre Brésilien cette année, Thiago Nishijima, n'auront été récemment que quelques-unes des histoires qui alimentent la fièvre du poker dans ce pays de 200 millions de personnes. Et cet énorme potentiel est encore bien loin d'avoir tout livré.

Respectivement professionnel et "nouvel ami" de PokerStars, André Akkari et Felipe "Mojave" Ramos ont pour leur part été témoin de ce boom depuis ses débuts. Un boom auquel ils ont d'ailleurs eux-mêmes pris part.

Les Brazilian Series of Poker ont commencé comme une partie entre amis qu'ils organisaient. Comme le poker était virtuellement inconnu, ils recherchaient des joueurs sur un réseau social qui existait bien avant Facebook.

A l'occasion du PCA 2016, les deux hommes se sont assis face aux journalistes pour répondre aux questions des médias, notamment à propos cette explosion en popularité.

"Les BSOP ont maintenant plus de 20 000 joueurs", s'enthousiasme Akkari, "et c'est en train de devenir le deuxième plus gros évènement poker du monde.

Andre Akkari, joueur de poker brésilien, pro PokerStars.
André Akkari

Les gens avaient pour habitude de venir au Brésil pour les vacances, et maintenant le pays est devenu une destination poker tout comme Las Vegas ou Monaco.

Je suis fier de ce que nous avons accompli au Brésil. Il y a 10 ans, personne ne connaissait même les règles du poker."

Ramos ajoute : "André et moi sommes tous deux des grands fans de foot, mais aujourd'hui je connais plus de joueurs de poker que de joueurs de football."

Pas un seul casino légal

Bien que le futur du poker au Brésil soit prometteur, certains problèmes sont quand même présents.

A commencer par le fait qu'il n'existe aucun casino légal dans tout le pays. 35 possèdent malgré tout un statut juridique concluant.

Un projet de loi pour légaliser le poker est actuellement étudié au parlement, mais l'issue est encore incertaine.

Felipe Ramos
Felipe Ramos

Bien que le poker ait une histoire vieille de 200 ans en Amérique du Nord et en Europe, il s'agit toujours d'une discipline nouvelle au Brésil. Ce qui de manière étonnante aide à son développement.

Akkari commente : "Comme le poker est encore nouveau, il n'a pas cette image de jeu de cartes d'arrière-salle où on trouve des criminels, buveurs et fumeurs de cigares.

L'âge légal pour jouer est de 18 ans, mais c'est même devenu une activité au lycée. Même des gamins de 10 ans peuvent prendre des leçons de poker. Bien sûr il n'y a pas d'argent en jeu.

Et le jeu est aussi populaire auprès des femmes et des seniors. Les femmes voient leur homme jouer et commencent à s'y mettre aussi. Quant aux seniors ils ont trouvé là une activité et de l'action sans besoin d'être en forme physique."

Des livres de poker en Portugais pour percer

Akkari et Ramos voient des raisons différentes mais complémentaires concernant ce qui a déclenché le boom du poker au Brésil.

Ramos : "Quand j'ai commencé à jouer, je suis allé sur Amazon et j'ai commandé tous les livres de poker que j'ai pu trouver. Mais bien sûr tout était en anglais.

J'ai appris à jouer parce que j'ai eu la chance d'apprendre l'anglais, mais ce n'est pas le cas de tout le monde au Brésil.

Ce qui a permis au poker de percer c'est que cette littérature poker a été traduite en portugais, ce qui lui a permis d'être accessible à tous."

Supporters bresiliens au poker
Il est facile de remarquer lorsqu'il y a un joueur brésilien en table finale.

"Le seul gros truc c'était le football", précise Akkari. "Le poker a offert une chance. Il s'agissait de quelque chose à laquelle tout le monde pouvait jouer et où tout le monde pouvait être bon. Du coup ça a explosé."

Tous deux attendent maintenant de voir plus de Brésiliens jouer au poker à la télévision, ne serait-ce que pour montrer toute leur personnalité.

Akkari : "Ca ne fait rien si un Brésilien se prend un bad beat ou en inflige un. Il y aura toujours le même niveau de cris et de décibels autant à la table qu'autour d'elle.

Une chose est sûre : une table finale avec un Brésilien ici au PCA ressemblerait à quelque chose de très différent d'une table finale sans !"