Mike “Timex” McDonald : « Tout ce que je voulais, c’était devenir bon. »

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A 18 ans, le Canadien MIke “Timex” McDonald était un petit matheux timide et introverti qui n’envisageait pas une seconde de devenir une “superstar du poker”.

Puis il a remporté l’EPT Dortmund en 2008 pour 1,3 million de dollars, ce qui a fait de lui le plus jeune vainqueur sur l’EPT.

Les gens l’ont évidemment remarqué et McDonald est instantanément devenu un nom à suivre de près dans le poker.

En 2009, il a à nouveau atteint la table finale de l’EPT Dortmund, pour une 5è place. C’est à ce moment-là que McDonald est devenu une star.

Six ans plus tard, il a accumulé plus de 10 millions de dollars de gains en tournois, remporté un titre sur l’Epic Poker League, et est passé tout près d’être le premier joueur à remporter deux tournois sur l’EPT.

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"Je ne suis pas du tout sociable."

Mais malgré cette “célébrité” soudaine, il est toujours un peu ce gamin timide. PokerListings l'a récemment rencontré lors du PCA 2015, pour qu’il nous parle un peu de sa passion du jeu, de Prismata et de ses projets.


Mike, tu as commencé le poker il y a déjà un certain temps en grindant beaucoup tout seul dans ton coin. Que penses-tu du fait que le poker soit aujourd’hui devenu une activité étrangement sociale ?

Moi qui suis extrêmement introverti, je trouve cela un peu étrange. Encore aujourd’hui, j’ai beaucoup de mal lorsque des gens viennent me demander une photo ou un autographe.

Je ne suis absolument pas sociable. Certaines personnes pourraient être projetées dans 100 univers parallèles différents qu’ils se retrouveraient sur le devant de la scène dans une cinquantaine d’entre eux.

Moi, ça serait une fois sur les 100. (rires)

Je n’aime pas que l’attention soit portée sur moi et je n’aime pas vraiment les gens. Le fait que le poker m’ait mis en lumière est une coïncidence totale, un hasard.

Tout ce que je voulais, c’était devenir bon. L’attention est un effet secondaire. Mais ce n’est pas du tout naturel pour moi et je ne m’y suis toujours pas habitué.

Quel a été le moment le plus étrange de ta carrière ?

C’est difficile d’en isoler un seul. Mais aujourd’hui je suis assez immunisé.

Je dirais que l’un des moments les plus étranges a été mon retour à Dortmund à 19 ans, un an après ma victoire. Je n’étais pas du tout habitué à être sur le devant de la scène, c’était complètement surréaliste de me balader dans les couloirs et de sentir tous ces regards sur moi.

Pour moi, tout cela n’avait rien ne naturel ou de normal. Maintenant, j’y suis un peu plus habitué, mais là c’était la première fois que je me rendais compte que les gens faisaient attention à moi.

Ce n’est pas un très bon exemple, je suis sûr que la plupart des joueurs auraient une meilleure anecdote à partager, mais à 19 ans j’étais tellement introverti que c’était extrêmement bizarre de rentrer dans un restaurant et de voir sept personnes me fixer.

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Quand vous gagnez un EPT à seulement 18 ans, les gens s'en rendent compte.

Ils détournaient les yeux quand je les regardais. J’imagine que c’est ce que vivent les jolies filles tous les jours.

Est-ce que c’est quelque chose que tu apprécies désormais ? Comment le vis-tu ?

Je ne sais pas trop. J’en ai pris l’habitude. Disons que j’ai réussi à m’y habituer assez pour ne plus détester cela.

Avant, tout cela me mettait très mal à l’aise. Maintenant, je fais avec et je suis conscient que cela fait partie de mes responsabilités en tant que joueur de poker de ne pas me conduire comme un connard avec les gens.

C’est surtout vrai à table car je peux paraître très froid. Je sais que je ne suis pas la personne la plus facile à aborder, mais c’est quelque chose que j’ai accepté. Quand je rencontre des gens en dehors du poker, ils me disent souvent qu’ils sont surpris que je sois si gentil alors que je lance des regards noirs à table.

Je dirais qu’au moins, quand je ne joue pas, je suis un peu plus facile à aborder et plus sympa. Je ne dirais pas que c’est quelque chose que j’aime particulièrement, mais je gère cela beaucoup mieux qu’à une époque.

Je suis une personne assez maladroite, ça fait partie de ma personnalité. Mais lorsqu’un fan de poker vient me voir pour me demander un autographe ou quelques conseils, je sais que je ne dois pas leur répondre “t’façons t’es sûrement mauvais”.

On voulait aussi te parler de Prismata.

Ah oui, j’en parle beaucoup ces derniers temps !

Est-ce que tu peux nous expliquer un peu de quoi il s’agit ?

C’est un jeu de stratégie dans lequel la chance n’a aucune place. C’est un peu comme un Starcraft sans micro, ou Hearthstone ou Magic sans RNG.

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"Je ne trouve pas le poker très intéressant."

Ce que mes amis voulaient faire, ceux qui ont créé ce jeu, c’est un jeu de stratégie dans lequel le meilleur joueur gagne systématiquement.

C’est quand même différent des échecs. Aux échecs, le meilleur joueur gagne presque tout le temps, mais c’est toujours un peu pareil. Ici, ils ont voulu faire un jeu avec le plus de variété possible et sans facteur chance. Un peu comme si aux échecs, les pièces changeaient à chaque partie.

Dans chaque partie, les unités sont différentes. Au début de la partie, vous voyez ce que vous pouvez construire et à partir de là vous élaborez votre stratégie. En dehors de l’attribution des unités, la chance n’a aucune place dans le jeu. Ensuite on joue et le meilleur joueur gagne.

En fait, c’est l’inverse du poker. Personnellement, en termes d’éléments qui rendent un jeu intéressant, je trouve que le poker est très moyen. C’est un jeu d’argent génial, mais si l’argent disparaissait du poker du jour au lendemain, je n’y jouerais plus.

Sans argent, je n’aurais plus aucune raison de jouer au poker. La plupart des autres jeux auxquels je joue sont plus intéressants que le poker d’un point de vue stratégique.

Ce qui rend le poker intéressant, c’est l’argent qu’on peut y gagner. Si je vivais dans un monde où l’argent n’existe pas ou si j’étais multi-milliardaire et que gagner un Super High Roller ou le Main Event ne changeait rien à ma vie... Je trouve que le poker n’est pas un jeu très intéressant.

Que ferait Mike McDonald s’il avait autant d’argent ?

C’est une bonne question, à laquelle j’ai du mal à répondre parce que mon style de vie fait que je ne dépense pas énormément d’argent.

Au quotidien, je ne fais rien de spécial. Ça fait réfléchir, d’autant que je préfère jouer à Prismata qu’au poker. J’imagine qu’à 30 ans je vais me mettre à simplement jouer aux jeux que j’aime.

J’y pensais récemment, parce que le poker est de plus en plus difficile. Je vais peut-être continuer le poker à fond pour encore 2 ou 3 ans. Disons que si je gagne 500 000 $ ou 1 million sur les trois prochaines années, je pense que je serai heureux d’avoir de l’argent de côté pour en profiter un peu.

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2-3 ans de poker de plus avant de basculer totalement vers Prismata ?

Pour l’instant, je pense que je n’aurai pas besoin de plus d’argent. Une partie de moi a envie de passer du temps sur des jeux que j’aime plus que le poker.

Quoi qu’il en soit, j’adore jouer. J’aime ce bras de fer intellectuel. Et au poker, surtout sur les tournois live, je ne me sens pas autant stimulé que je le voudrais. Souvent, cela se résume à attendre les erreurs des autres.

Parfois, j’ai l’impression de ne même pas essayer de gagner tant d’argent que cela. Peut-être que je le regretterai dans 20 ans si mes investissements ne sont pas aussi fructueux que prévu.

C’est pour ça que je vais sûrement plus grinder sur les deux ou trois prochaines années, et qu’il y a des chances que quand j’aurai 28-29 ans et que le poker sera encore plus difficile, que les jeunes joueurs seront encore plus intelligents et travailleurs que moi, je passerai tout mon temps à jouer à Prismata.

Je pense que le poker ne sera jamais mieux qu’aujourd’hui. A l’inverse, Prismata ne peut que s’améliorer. Avec tout le travail qu’ils fournissent, Prismata va progresser très vite.

L’option la plus raisonnable pour moi est de continuer dans le poker jusqu’en 2016 puis de prendre une demi-retraite. Je ne me vois absolument pas jouer au poker à plein temps dans 10 ans. Donc autant profiter de mes capacités tant que je les ai et me détendre ensuite.

Ensuite, il y a de grandes chances que j’ouvre une salle d’escalade. C’est une autre de mes passions et c’est extrêmement addictif.

C’est un sport en pleine expansion et si j’y consacre du temps... Je pense que le poker est un meilleur investissement de mon temps, mais j’aime beaucoup ce sport, j’aime le promouvoir et convaincre mes amis de s’y mettre.

Le poker en ligne a beaucoup évolué. Toi qui l’as vu naître, à quoi penses-tu qu’il ressemblera dans le futur ?

J’en parlais récemment avec un de mes amis. Souvent, des gens qui ont un peu d’expérience dans le poker, qui ont joué une centaine d’heures en ligne, qui sont assez intelligents et qui globalement ont pas mal de réussite te demandent : “J’aimerais me lancer dans le poker, quel conseil peux-tu me donner?”

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Le poker est plus difficile mais il y a toujours de l'argent à s'y faire.

Il y a longtemps, ma réponse était : “lance-toi, joue autant que tu le peux, quitte ton boulot”. Quand j’avais 17 ans, c’était évident pour moi, même si personne ne me croyait. Ils me disaient que j’allais perdre tout mon argent.

A l’époque, je pense que c’était le bon conseil. C’était la grande époque du poker.

Il y a quelques années, je disais aux gens de s’y mettre sérieusement, de beaucoup bosser, qu’il restait des choses à gagner. Lance-toi, il y a encore des millionnaires.

Maintenant, quand les gens me posent la même question, je les dissuade de se lancer. Le contexte n’est pas propice à l’optimisme. Il y aura toujours des joueurs qui arriveront au sommet, mais par rapport à d’autres carrières…

Si tu prends en compte les autres carrières qui s’ouvrent à quelqu’un d’intelligent... Disons qu’aujourd’hui, si tu est dans le 95è centile au poker, je ne pense pas que tu gagnes beaucoup d’argent.

Dans la plupart des autres domaines, si tu es dans le 95è centile, tu t’en sors mieux financièrement. Si tu es un joueur de poker dans le 99,9è centile et que tu gagnes 200 000 $ par an, c’est bien, mais si tu étais dans le 99,9è centile de n’importe quel autre boulot, tu gagnerais plus.

Alors oui, quand les gens me posent cette question, j’ai l’impression qu’ils croient que je leur raconte n’importe quoi et que je ne veux pas leur révéler mes secrets ou je ne sais quoi. Mais ce que je veux dire vraiment, c’est “trouve une autre voie”.

Le poker est une bulle. Si tu vis dans un pays où il n’est pas possible d’avoir un salaire à six chiffres ou à 60 000 $ à l’année et que l’idée de pouvoir gagner 40 000 $ par an au poker peut donc être séduisante et meilleure que toute autre alternative, alors oui, c’est un choix raisonnable.

Mais si tu vis au Canada, aux États-Unis ou s’il y autre chose qui te passionne, alors c’est malheureux mais je ne pense pas que le poker soit le bon choix dans le contexte actuel.

 

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