Warren Lush : « On a besoin de bad boys dans le poker. »

Warren Lush

Warren Lush, grand gourou du marketing poker, et Ugnius Simelionis, PDG de TonyBet, ont roulé leur bosse dans le monde du poker.

Depuis sa création il y a cinq ans, TonyBet s’est établi comme la première salle de poker à avoir proposé du poker chinois ouvert (OFC) en ligne.

Quant à Lush, il évolue dans le poker depuis plus de dix ans et on lui doit certains des plus beaux moments de poker à la télévision.

Après avoir quitté PartyPoker l’année dernière, il travaille aujourd’hui à son compte pour plusieurs entreprises, dont TonyBet.

Nous avons rencontré les deux hommes à l’occasion du Festival de poker de Prague pour discuter de l’état du secteur, ou encore entre autres des chances de Tony G de devenir Premier Ministre.


Warren, comment t’es-tu lancé dans le poker ?

Warren Lush : Je travaillais en politique, pour le Ministre de l’Europe en Angleterre. Je suis arrivé dans le poker lorsqu’ils recrutaient en 2005, en plein boom.

Warren Lush
"Le poker rapportait plus que la politique."

À l’époque, cela rapportait beaucoup plus d’argent qu’une carrière en politique, sans compter que c’était aussi beaucoup plus excitant, donc j’ai franchi le pas. C’était un véritable âge d’or, j’ai pu voyager dans le monde entier et rencontrer tout le monde.

Aujourd’hui, je travaille avec TonyBet, Adjarabet, PlayTech et le King’s Casino, entre autres. Mon projet à long terme est avec TonyBet, dont je suis aussi un actionnaire minoritaire.

Ugnius Simelionis : En gros, il a du travail et des projets pour les 40 prochaines années, et de l’argent pour 35.

Il va devoir travailler bénévolement les cinq dernières ?

US : Non, les cinq premières.

WL : (rires) Actuellement, le championnat de Poker chinois ouvert est notre projet. Non venons d’ajouter un troisième tournoi (Progressive Pineapple à 350€). C’est quelque chose de nouveau et je trouve ça fantastique.

L’édition de l’année dernière était très prometteuse, nous avons presque été surpris du nombre de participants au Main Event et au High Roller.

Pourtant, on avait presque l’impression que l’OFC était déjà en perte de vitesse.

US : Les grinders apprécient de pouvoir casser la routine avec l’OFC. L’OFC ne sera jamais l’équivalent du Hold’em, c’est pour cela que nous avons choisi une autre voie.

Au départ, nous ne proposions que de l’OFC, mais maintenant nous avons ajouté du Hold’em et du PLO. Et ça fonctionne. Des joueurs, comme le sensationnel Dzmitry Urbanovich, nous rejoignent.

Dzmitry Urbanovich
Dzmitry Urbanovich aime aussi l'OFC.

Il joue tous les jours et participe au High Roller d’OFC. Il joue aussi au Hold’em et à l’Omaha.

Il paraît qu’il faut savoir tout jouer pour être un grand joueur.

WL : Oui, c’est ce qu’on répète souvent à Phil Hellmuth.

Alors qu’il a terminé deuxième du Players Championship des WSOP en 2011.

WL : Oui, du coup Tony G aime asséner qu’il ne sait pas jouer en cash games.

Tony G ferait probablement n’importe quoi pour provoquer Hellmuth. Est-il vraiment méchant ?

US : Pas du tout. À la table de poker, il joue un rôle. Dans la vie, il est très facile à vivre. C’est une personne très positive et créative.

WL : Il se consacre beaucoup plus à la politique qu’au poker télévisé et à Phil Hellmuth ces temps-ci. Il vient par exemple d’organiser une grande exposition en Lituanie.

Tony G alias Antanas Guoga
The G.

Vous soutenez la carrière politique de Tony G. Il semble qu’on lui interdise de prendre certaines positions politiques.

WL : On parle de lui comme potentiel candidat au poste de Premier Ministre. Mais la Constitution pourrait l’en empêcher parce qu’il a un passeport australien en plus de son passeport lituanien.

US : Certains hommes politiques lituaniens n’ont jamais eu à faire face à un homme comme Tony G. Il s’est lancé il y a à peine un an et il fait déjà partie des trois hommes politiques les plus populaires du pays.

C’est quelque chose que les politiciens plus vieux et plus chevronnés n’aiment pas voir se passer. Ce n’est même pas par rapport à sa carrière dans le poker, ils ne le voient que comme un homme riche dont le succès représente une menace.

Il a vraiment l’intention de se présenter à l’élection ?

US : On verra.

C’est donc un oui.

US : Ce serait peut-être mieux pour lui qu’il attende encore un peu.

Warren, seras-tu toujours là lorsqu’il le fera ?

WL : On verra comment les choses se passent, mais a priori oui. C’est très intéressant de revenir en politique, et c’est assez naturel pour moi étant donné que c’est là d’où je viens.

TonyBet a récemment commencé à proposer des tournois sans prélèvement. Comment ça marche ?

US : Nous avons quelques idées à mettre en place. Nous les testons actuellement sur quelques tables. L’idée est d’arriver à trouver les problèmes et à les résoudre. Il y en aura forcément.

online poker
Le rake fait toujours partie du futur du poker en ligne.

Ce serait injuste de faire payer ces joueurs qui nous aident à tester le système. Mais ce ne sera peut-être que temporaire.

Donc l’absence de rake ne représente pas l’avenir ?

US : Je ne pense pas, non. Rien n’est gratuit dans la vie. Mais rien n’est définitif, et nous devons également investir dans le développement et le recrutement.

Mais une autre question se pose : les prélèvements doivent-ils être si élevés ? Je suis aussi un joueur de poker, et en tant que tel je n’ai rien contre le fait de payer le rake, à condition qu’il soit raisonnable.

WL : Il n’y a qu’à voir les changements que fait PokerStars. Ils sont nécessaires, c’est évident. Ils doivent se focaliser sur leurs priorités commerciales.

Le seul changement qui a du mal à être accepté est celui concernant les joueurs Supernova Elite. Je ne serais pas surpris qu’ils reviennent sur leur décision.

PokerStars est sous le feu des critiques, mais ces changements ne concernent même pas la grande majorité des joueurs.

WL : Ils estiment qu’ils ne touchent que 2% des joueurs, oui. Ils ne font que diriger leur entreprise. Tout ce que je peux dire, grâce à mon expérience avec PartyPoker, c’est qu’ils font tout pour protéger les joueurs loisir.

David Ulliott
Rendez-nous les bad boys.

US : Le problème, c’est que le poker a tendance à stagner. Si une salle de poker fait un changement, les autres suivent. On a besoin de créativité, d’innovations.

Les Spin & Go en sont un bon exemple, mais il faut aller encore plus loin. Nous avons l’intention de mettre en place quelques outils simples mais très efficaces très bientôt, comme le straddle.

Tout le monde sait ce que c’est, de nombreux joueurs aiment le faire, mais c’est pour l’instant impossible dans le poker en ligne. Nous seront les premiers à le proposer.

Comment rendre le poker à nouveau télégénique ?

US : Il y a trop de joueurs ennuyeux. Il faut ramener les anciens. Comme dans les films. Les vieux habitués des films d’action comme Stallone et Schwarzenegger sont toujours aussi populaires.

Il faut ramener les vraies stars comme Hellmuth, Tony, Negreanu. Ce sont eux qu’il est intéressant de voir jouer, il y a de la performance et du spectacle, pas que des mises pré-flop.

WL : Oui, que ça chauffe un peu à table ! J’ai toujours adoré le gang Devilfish et je suis très énervé qu’il n’y ait aucun joueur européen dans le Hall of Fame cette année.

Cette subjectivité est ridicule.

Peut-être avec des joueurs comme Chris Bjorin, Thor Hansen...

WL : ... Marcel Luske, John Duthie, et même Tony G. Ce sont des joueurs qui ont changé le poker.

Marvin Rettenmaier
Le James Blunt du poker ?

Dans les nouveaux marchés, ils sont ceux que les gens reconnaissent, ceux qui ont fait que le poker est aussi populaire. On a besoin de plus de gars comme ça aujourd’hui.

Regardez la table finale des WSOP avec ce joueur super lent (Zvi Stern NDLR). Tu es devant ton écran et tu te dis « eh merde ».

Je préférais quand les choses étaient un peu folles. On devrait organiser plus de tournois sur invitation, où l’on choisit les joueurs, et faire revenir les bad boys.

Il faut créer une atmosphère, et c’est impossible dans un trop gros tournoi. À ma table finale de rêve, il y aurait Hellmuth, Tony G, et Luke Schwartz.

Si on veut du spectacle, il faut créer l’étincelle. Et puis on peut ajouter un tournoi qualificatif en ligne. The Big Game par exemple était un concept intéressant.

J’ai signé un gars qui a un peu changé les choses, Marvin Rettenmaier, qui semblait plutôt avoir sa place dans un boys’ band.

Un joueur allemand qui chante et qui devient le James Blunt du poker, ça a fait bouger les choses. Il faut savoir marketer les choses pour les rendre intéressantes.

US : Charlie Carrel par exemple, avec sa coupe de cheveux et ses tenues extravagantes. De temps en temps il y a un joueur qui sort du lot.

Pourquoi n’y en a-t-il pas plus ?

WL : Parce que le poker est devenu tellement théorique et mathématique.

C’est la victoire des nerds face aux grandes gueules ?

WL : (rires) Oui, mais malheureusement c’est moins vendeur.

Et puis il y a des joueurs comme Dan Cates, qui est le roi des nerds mais qui comprend qu’il faut trouver de nouveaux moyens de « vendre » le poker.