Le poker en Corée du Nord : Entre restrictions et sombres affaires

Regime Coree du Nord

Le jeu et le poker en ligne sont loin d'avoir la même réglementation selon où vous vous trouvez sur la planète. Ce qui est encore plus vrai dans certains pays à la situation très sensible comme peut l'être la Corée du Nord, et où de sombres affaires viennent s'ajouter aux restrictions.

De nombreux pays imposent leurs propres règles et limitations sur le jeu et même l'accès à Internet, mais probablement aucun à un point comme la Corée du Nord.

Pour l'anecdote le jeu était même l'une des raisons invoquées pour l'exécution de Jang Song-Thaek par son neveu Kim-Jong-Un.

Le pays de ce dernier échoue malgré tout parfois dans la gestion de cette prohibition. Ou l'utilise à son avantage.

Seulement 28 sites Internet

Tout récemment, la configuration incorrecte d'un serveur a révélé que seulement 28 sites web étaient enregistrés avec le domaine .KP, appartenant à la Corée du Nord.

Du peu d'information qui transpire du régime de Pyongyang, on sait en outre que le pays est dans une situation de pauvreté générale, contrastant nettement avec l'économie florissante de la Corée du Sud (les deux Corées sont séparées depuis la fin de la Deuxième Guerre Mondiale). Autant dire qu'il n'y a peu de place pour certains aspects amusants de la vie comme le jeu.

Le poker, c'est en fait surtout à l'échelle politique qu'il se joue : Mi-septembre, en réponse à la poursuite de tests nucléaires ayant même causé des tremblements de terre, les Etats-Unis ont survolé les environs en Corée du Sud.
Des démonstrations de force des deux côtés qui rappellent la Guerre Froide ou la crise des missiles de Cuba dans les années 60. Facile donc d'y voir l'analogie entre stratégie politique et poker - une partie tout de même disputée sur le fil du rasoir.

Jeux en ligne et jeu d'espion

Pour en revenir à ce qui nous intéresse, le fait qu'Internet reste bloqué envers la majorité de la population n'a pas empêché l'ouverture de certains casinos en ligne par le régime, mais aussi une intense activité de hacking qui se cache derrière.

Attaque de hacker
Du jeu en ligne pour camoufler de plus sombres desseins.

"Derrière votre site de poker en ligne pourraient se cacher des hackers nord-coréens"

C'est par ces mots que commençait un article du Business Insider en juillet dernier, où le journaliste citait un rapport de l'United Press International.

Comme le rapportait Cho Hyun-Chun, chef de la défense sud-coréenne, le voisin du Nord aurait d'abord initié un lucratif business grâce au jeu en ligne, lui permettant de récolter chaque année près de 866 millions de dollars en rake (prélèvement sur les mises) dont en opérations illégales.

Le régime nord-coréen aurait également recruté 6000 hackers à temps plein, appartenant aux unités de l'intelligence nord-coréenne et leur "fameux" bureau 121, qui conduirait à de l'espionnage à travers les sites de jeux et de poker en ligne.

Deux méthodes : le cyber-espionnage classique, ou même via le développement et la vente de logiciels dédiés.

L'un des objectifs de ce vol de données (principalement envers les sud-coréens) est là aussi financier, permettant au final de bien compenser son isolation.

De sombres affaires aussi en live

Du côté de la poignée de casinos terrestres (où officiellement seuls les locaux sont autorisés), jouer est aussi parfois inquiétant. Comme du côté du casino de la capitale Pyongyang géré par la société SJM (Sociedade de Jogos de Macau).

Un casino où le croupier Lei Weng Fu, natif de Macao, a trouvé la mort à l'âge de 29 ans en 2015. Le jeune homme y était venu travailler pour économiser afin d'ouvrir un restaurant.

casino SJM
Le casino SJM à Pyongyang.

Accusé de problèmes financiers et d'avoir volé des jetons (puis plus tard d'avoir des soucis mentaux), Lei aura été licencié, et menacé que ses comptes à Macao soient bloqués.

D'abord informés par son manager que leur fils allait arriver à Macao par le premier avion, ses parents ont ensuite appris par la société du casino son suicide en Corée du Nord.
Des accusations et un suicide auxquels ils ne croient pas d'autant plus notamment avec un certificat de décès parlant de nombreuses fractures qui pourraient avoir résulté d'un passage à tabac avant la chute fatale.

La famille aura d'ailleurs également été contactée par un avocat de la société SJM, les incitant à signer un document autorisant la crémation en Corée du Nord.
Suite à ce refus et à leur venue, leur séjour de 15 jours se sera montré très compliqué, entre confiscation de passeports et de téléphones portables, restrictions de déplacement et interdiction de parler aux collègues de Lei.

Au final la famille aura malgré tout réussi à rapatrier le corps à Macao.