C’était bien : L’évolution des tournois de poker

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Au début, il y avait un vote pour désigner le vainqueur.

Mais comme lors des premières World Series of Poker tous les joueurs ont voté pour eux-mêmes. Ils ont dû trouver une autre idée.

C’est comme ça que les tournois avec blindes progressives jusqu’à ce qu’un seul joueur reste en lice et remporte tout l’argent ont été inventés.

Une belle idée qui a marché merveilleusement bien pendant quelques années... Jusqu’à ce que Texas Dolly remporte le titre deux fois d’affilée en 1976 et 1977.

L’année suivante, les prix progressifs ont été instaurés. Le vainqueur ne remportait plus tout l’argent.

Les jetons n’avaient plus donc leur valeur réelle, et l’ICM, ou Independent Chip Model, faisait lui aussi son apparition.

L’ICM est un système qui permet de calculer la valeur de votre stack par rapport au nombre de jetons en jeu, le nombre de joueurs encore en lice, et la structure du tournoi. Mais tout cela est arrivé un peu plus tard.

Bobby Baldwin
Bobby Baldwin

C’était bien

Bobby Baldwin n’a pas touché tout l’argent qu’il a remporté en 1978. Il n’a remporté que 61,76 % de ce que Brunson avait remporté l’année précédente, alors que le nombre de joueurs avait lui augmenté de 23,53 %.

On venait de mettre le doigt dans l’engrenage.

C’était gratuit, évidemment. Les Binion savaient ce qui était bon et ont tout de suite compris que les tournois de poker étaient un excellent moyen d’attirer les joueurs dans leur casino.

La valeur ajoutée ? Les boissons et la nourriture.

Et puis un jour quelqu’un a décidé de faire payer les joueurs.

Sur le principe, aucun problème : organiser un tournoi coûte de l’argent et certains joueurs quittent le casino à la seconde où ils sont éliminés. Mais d’autres ont plus de mal à accepter de sortir après avoir misé 100 BB avec A8 dépareillés, alors on a inventé les rebuys.

C’était bien, et tout le monde s’amusait.

Jouer aux échecs

Et puis un jour quelqu’un s’est plaint que c’était « injuste » que certains puissent « acheter » le tournoi. À croire qu’ils n’avaient jamais entendu parler du retour sur investissement.

Et puis qu’est-ce que la « justice » après tout ? De tenir avec 22 contre AK ? Ou de toucher AA contre KK ?

Joe Hachem et Daniel Negreanu
Quelques rebuys, déjà trop ?

La vie est injuste, et le poker en est la meilleure illustration. Autant l’accepter ou se mettre aux échecs.

Cela étant dit, c’était effectivement ridicule de voir Daniel Negreanu faire tellement de rebuys qu’il devait terminer troisième pour rentrer dans ses frais aux World Series.

Mais c’était bien. Après tout, on pouvait encore choisir de jouer des tournois ordinaires ou rebuy aux World Series.

C’était bien. Enfin sauf à l’Aviation Club à Paris, où il n’y avait que des tournois rebuy. Tout ça parce que les joueurs français ne peuvent pas se coucher et aiment jouer.

Mais surtout parce que personne, sauf le leader du tournoi, ne savait combien de rebuys étaient faits. Et les trois derniers joueurs en lice étaient les seuls à calculer les prizepool selon le nombre de jetons en jeu.

D’extraverti à introverti

La plupart du temps, les trois finalistes étaient de gros fumeurs de cigares qui avaient usé et abusé des rebuys et fini par avoir un peu de chance contre un autre gros fumeur de cigare. Seule la victoire importait.

L'ancienne entrée de l'Aviation Club de France
L'Aviation Club de France

Et puis même s’ils l’avaient voulu, ils n’auraient probablement pas réussi à faire les calculs de toute façon.

Ils étaient très heureux, comme tous les vainqueurs de tournois, et offraient sans aucun doute un bon gros pourboire au directeur du tournoi.

J’ai moi-même été l’un de ces trois finalistes deux ou trois fois à l’Aviation Club. J’ai posé quelques questions sur les disparités entre le nombre de jetons et le prizepool.

Mais à chaque fois, la capacité du directeur à parler anglais s’évaporait dans l’instant. Et l’extraverti devenait soudain introverti.

Il murmurait alors dans sa barbe une explication aussi confuse qu’absurde.

Étonnamment, la disparité était toujours dans le même sens, avec 10 % à 15 % de jetons en plus pour chaque tournois.

Je ne dis pas qu’il se passait des choses illégales. Mais le directeur du tournoi était vraiment très mauvais en maths. En plus d’être le directeur de tournoi le moins consciencieux du monde.

Le poker en ligne a révolutionné le poker

Avec l'arrivée du poker en ligne, il n’y avait plus besoin de tournois rebuy, puisqu’on pouvait désormais passer instantanément d’un tournoi à l’autre après avoir perdu. Voire jouer plusieurs tournois à la fois.

Une partie de poker en ligne.
Le poker en ligne a changé la donne.

Le poker live n’a pas tardé à suivre la même voie, même sous une forme totalement différente. Les tournois rebuy sont donc tombés en désuétude.

Les salles de poker étaient satisfaites parce que les tournois finissaient plus vite et que les cash games étaient plus animés.

Harrah’s ont pris les commandes des World Series et manié à merveille les feuilles Excel. Ils se sont rendu compte qu’en prenant un pourcentage sur chaque tournoi, ils gagneraient beaucoup plus d’argent.

Et ils avaient raison, puisque tout le monde voulait devenir le prochain Moneymaker et que personne n’accordait d’importance à un petit pourcentage.

Sauf en France

Grâce à leurs feuilles Excel, ils ont compris qu’en augmentant le pourcentage, ils gagneraient encore plus d’argent. Et ils avaient raison, quels visionnaires !

Une salle de poker
Le nombre de joueurs - et les prélèvement - ont continué d'augmenter.

Puis qu’en augmentant encore un peu plus, ils gagneraient encore encore plus d’argent.

Mais les grands chefs ont décidé qu’il était interdit de prélever plus de 10 % de charge pour un tournoi de poker.

Je suis tout à faire d’accord, sauf en France évidemment, puisque c’est déjà tellement profitable là-bas.

Quelqu’un de très intelligent à donc inventé « la charge du croupier ». WTF, comme disent les jeunes. Donc les croupiers devraient être payés maintenant ? Où va le monde ?

Après une heure de recherche infructueuse, j’ai abandonné ma quête pour trouver le coût d’un grand tournoi, mais peut-être que je ne sais pas utiliser Google correctement.

C’est probablement l’explication la plus plausible, je n’aime pas m’attarder sur les mentions légales. Comme tout le monde.

Tout simplement parce que c’est en général 30 pages de charabia légal que personne ne comprend. Ou peut-être que les entreprises ont arrêté d’expliquer des choses que personnes n’avaient envie de lire.

La poule ou l’œuf, quoi. J’ai demandé à quelqu’un qui sait mieux utiliser Google que moi. Pour la plupart des tournois de l’EPT par exemple, les charges s’élèvent à 10 %, plus 3 % pour le croupier. 

Je n’ai rien trouvé pour les WSOP. On peut prendre des cours de Google ? Mais je sais que cela doit être à peu près équivalent.

Prenez votre calculatrice pour trouver ce que représentent 10 000 $ x 6420 joueurs x 6 %. Vous obtiendrez le montant des charges pour le Main Event de cette année. De quoi sauver un petit pays de la faillite. Même en soustrayant les 10 $ offerts aux 6 420 joueurs.

Quant aux 3 % pour le croupier, je n’ai rien contre. Mais à quoi sert le reste.

Queue pour s'inscrire à un tournoi de poker.
Retour dans la queue pour le rebuy.

L’apparition des « re-entry »

Tant les WSOP que l’EPT ont des pages entières de FAQ qui répondent à énormément de questions, mais aucune sur les charges. Pour cela il faut creuser beaucoup plus.

Comme dans d’autres secteurs, comme les assurances ou la finance. Mais est-ce juste ? Et est-ce une bonne décision d’affaires ?

Si vous attendez assez longtemps, la roue finit toujours par tourner complètement. Les tournois rebuy sont de nouveau populaires auprès des joueurs.

Personne ne veut traverser la moitié du monde pour se faire sortir au premier tour sur un coup de malchance.

Et comme on dit, le client a toujours raison. C’est probablement vrai, mais il doit surtout être un peu plus avisé une fois que l’Histoire se répète, non ?

Les organisateurs de tournois n’avaient donc pas envie de réintroduire les rebuys. Qui dit plus de jetons, dit plus d’argent à dépenser.

Alors ils ont « inventé » quelque chose de « nouveau ». Les tournois à « re-entry ». Soit exactement la même chose que les tournois rebuy, à deux détails près.

  1. Si vous vous faites éliminer, vous devez vous lever et vous réinscrire à l’accueil.
  2. Vous repayez les charges à chaque réinscription.

Il est temps de jouer plus de tournois

Il est facile de voir que la règle n°1 a été inventée pour faire sens de la règle n°2. Ce qui ne fonctionne pas du tout.

Une salle de poker
Le "pourboire" n'est clairement pas un obstacle.

À croire que ce directeur de tournoi n’était finalement pas si mauvais en maths. Il était même peut-être plutôt doué.

Et surtout en avance sur son temps. J’irais jusqu’à dire qu’il devrait déjà être au Hall of Fame.

Quant aux joueurs, la conclusion est évidente. Les joueurs qui participent à ces tournois n’ont apparemment pas de problème pour payer ces 13 %.

Et je suis à peu près sûr de pouvoir battre des joueurs qui s’en fichent, donc j’imagine que je vais devoir faire plus de tournois.

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