La partie de poker de Time Out

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25 novembre 2011, Ecrit par: Fred Guillemot
La partie de poker de Time Out

Quand Justin Timberlake joue au poker dans son dernier film à l'affiche, Time Out, ça fait des étincelles.

Le dernier film d’Andrew Niccol (Bienvenue à Gattaca ou encore The Truman Show) avec Justin Timberlake en tête d’affiche est sorti ce mercredi, et peut-être comptez-vous aller le voir (si ce n’est déjà fait).

L’histoire vite fait : dans un futur proche, les hommes ne vieillissent plus après 25 ans. Entendez par là qu’atteint cet âge, vous gardez votre apparence physique durant toute votre vie. Sympa !

Mais le seul problème, c’est aussi qu’à partir de là vous n’avez plus qu’un an à vivre… à moins de gagner du temps. Un peu comme à Fort Boyard, mais en plus compliqué : travailler mais surtout espérer en avoir toujours suffisamment en réserve pour régler vos achats ou services de la vie de tous les jours. Ici pas de découvert autorisé : c’est la mort instantanée !

Au final on a là un petit thriller pas exceptionnel mais sympathique, et sans trop de prétention. L'idée de départ, originale et intelligente, aurait en fait mérité plus d'ambition que d'en faire essentiellement un film pop-corn, et se retrouve à l'arrivée peut-être sous-exploitée. Mais bon on passe quand même un bon moment.


La plus chère partie de poker de tous les temps

Mais ce qui nous intéresse ici c’est la fameuse partie de poker du film.
D’ailleurs si vous n’avez pas encore vu le film et que vous voulez garder la surprise, ne lisez pas ce qui suit (mais n’oubliez pas de revenir plus tard :)).

Dans cette partie de cash game où Will Salas (Timberlake) affronte le bad guy, on y voit en fait qu’une main, dans la bonne lignée des films à la James Bond : suspense et confrontation de grosses mains improbable. Encore que là l’affaire est bien plus crédible que la mythique main finale de Casino Royale avec 007 contre Le Chiffre.

Mais revenons à notre partie, et analysons ça en termes de poker pur (ben oui, on est là pour ça).

Pot : 600 années
Nous en sommes au moment où la turn est dévoilée entre les deux joueurs :

7 Q 5 - J

Vilain mise 50 années, Héros suit.

River 6.

Vilain mise 200 années en mettant presque Héros à tapis, lui laissant quelques 30 secondes vie restantes à ce stade s’il paie.
Héros paie les 200.

Vilain retourne paire de Q Q pour brelan floppé.

Héros retourne très lentement 8 4 dépareillés pour le jeu max (quinte trouvée à la turn), soit un bon slow-roll des familles.
* un slow-roll est lorsque vous traînez à dévoiler votre jeu à l’abattage alors que celui-ci est le jeu max. Un comportement toujours mal vu, contraire à l’éthique.

Héros remporte le pot, « ramassant » son temps via le boîtier électronique... à une seconde de la mort.

Pas d'énorme erreur apparente

L’analyse du coup dans son intégralité est difficile car nous ne voyons ni le début du coup, ni l’antécédent entre les deux joueurs.
Tout juste peut-on assumer que Héros a remporté un ou quelques pots auparavant, n’étant entré dans le casino qu’avec 105 années de crédit.

Timeout
Timberlake, en mode joueur de poker high stakes sévèrement burné.

Nous ne savons donc pas pourquoi diable Héros est rentré dans le coup avec 8 et 4 dépareillés, d’autant qu’au vu de la taille du pot on peut estimer qu’il y a dû avoir au moins une relance substantielle de Vilain, ou d'un autre joueur.

Au turn, le call de 50 dans un pot de 650 est correct d’un point de vue des cotes, bien que Héros n’avait vraisemblablement que 4 outs avec le tirage quinte ventrale (seul un 6 pouvait le faire gagner).
La cote du pot est de 13 contre 1 (650 divisés par 50), soit un peu moins de 8%.
La cote pour toucher l'un de ses 4 outs est d'un peu plus de 9% (6 cartes sont connues : les deux siennes et les quatre du tableau, sur les 52. ((52-6)/4 = 46/4 = 10,5 contre 1, soit 9,5%).
La cote du pot est inférieure à la cote d'amélioration de la main de Heros, son call est donc ici mathématiquement correct.

On notera que Vilain joue mal le coup. 50 était une mise trop faible avec un tirage couleur trèfles sur le tableau. Il aurait dû miser plus pour protéger son brelan.

Un peu plus tard, Héros dit à son adversaire avoir senti une faiblesse chez lui et qu'il s'avait qu'il allait gagner. Peut-être Héros comptait-il bluffer sur la River ?
Mais Vilain n’aurait plus eu que 200 à rajouter, dans un pot de 900 et il aurait vraiment fallu qu’il n’ait rien en mains (ou que la couleur soit sortie).

Dans tous les cas c’est donc une mauvaise lecture de Héros (en plus d'être rentré dans le coup avec une poubelle), qui se retrouve chanceux car sauvé dans tous les sens du terme par la River...
A sa décharge, on notera que Will Salas était un peu en mode "flambe", en ayant plus "rien" à perdre.

Et ne dit-on pas que la chance sourit aux audacieux (surtout à Hollywood) ?


Revivez cet extrait du film (en V.O.) :

 

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