Le blues post-Vegas

Leo Margets blues

Leo Margets, la célèbre joueuse professionnelle de poker espagnole, revient en exclusivité avec nous sur les derniers World Series of Poker de Las Vegas et son sentiment après la compétition.

Je n’ai pas d’enfants, mais j’ai fait beaucoup de marathons dans ma vie. Comme toujours lorsque l’on s’investit dans quelque chose avec ténacité et espoir, la fin de l’aventure laisse un sentiment de vide indicible. Il y a une part de soulagement d’en être venu à bout, mais il y a également un grande part de « Et maintenant ? »
Lorsqu’on est investi d’une mission, qu’on est dévoué et qu’on a un objectif clair, on n’a pas à se poser de question. Il y a des bons et des mauvais jours, mais tous font partie d’un plan, qu’il s’agisse de préparer un marathon ou des WSOP.

Cette année, Vegas a été un peu différent pour moi. J’ai décidé de n’y passer que 12 jours, en partie parce que je ne suis plus sponsorisée et que je dois donc être plus sélective, mais aussi parce que la fiscalité espagnole ne m’incite pas à jouer beaucoup.
Mais impossible de rater le Main Event, c’est le tournoi que j’ai attendu de pouvoir jouer toute ma vie. Non seulement parce que c’est le tournoi qui m’a ouvert toutes les portes, puisque c’est après ma performance en 2009 (27è sur 6494 NDLR) que j’ai pu me lancer véritablement dans le poker, mais aussi parce que c’est le championnat du monde, le tournoi des tournois.

Être émotionnellement déconnecté(e)

Je dis toujours que pour bien jouer au poker, il faut être émotionnellement déconnecté, mais c’est très compliqué avec le Main Event des WSOP. C’est le tournoi dont nous rêvons tous, du plus modeste des amateurs au plus expérimenté des pros, en passant par l’homme d’affaires qui joue pour le plaisir.

ticket pour les WSOP
"Le tournoi dont nous rêvons tous."

Je suppose qu’il faut l’avoir vécu une fois pour comprendre véritablement cette ambiance si particulière. Le Main Event, c’est quelque chose de spécial.

C’est pour tout cela que je suis arrivée à Vegas quelques jours avant le début du tournoi principal.
Le jet-lag n’est plus un problème pour moi : j’ai réussi à mettre en place une routine simple qui me facilite la vie. Le jour de mon arrivée, je fais un peu de sport, je bois beaucoup d’eau et je reste debout jusqu’à minuit la première nuit. Ainsi, je prends rapidement le rythme.

Le jour suivant, j’ai pu participer au tournoi par équipe, une innovation qui nous motivait, Fatima et moi. C’est un bon moyen de s’échauffer avant le Main Event, et le format me permettait de me reposer dès que j’étais fatiguée en laissant ma place à Fatima. J’ai joué tous le Jour 1, ce qui m’a permis de m’immerger totalement. Le Jour 2, nous avons décidé de jouer deux tours chacune et, sans même nous en rendre compte, nous faisions partie des 100 dernières équipes. De quoi bien lancer nos WSOP.

Finalement, nous avons terminé 33è sur 900 équipes. Je dois dire que cela fait longtemps que je n’avais pas autant apprécié de jouer au poker. Introduire une composante « équipe » dans une discipline aussi individuelle que le poker est une véritable bouffée d’air frais. Je pense que ce tournoi rencontrera beaucoup de succès dans les prochaines éditions.

Après ce premier tournoi, j’ai fait une autre belle perf au Planet Hollywood. Et tout d’un coup, je me suis rendue compte que j’avais passé 60 heures à jouer, alors que je n’étais à Vegas que depuis 96 heures.
J’étais concentrée, mais épuisée. Me reposer n’était pas une option si je voulais être en forme pour le Main. J’ai donc pris un jour de repos, et c’était exactement ce dont j’avais besoin. Comme on dit dans le sport de haut niveau : un jour de repos est un jour d’entraînement. La récupération est aussi importante que la pratique.

J’ai participé au Jour 1c, j’étais à une bonne table, assez contente, jusqu’à ce que je perde une grande partie de mon stack avec une paire de rois contre paire d'as. J’ai dû ramer le reste de la journée pour rester en jeu, et survivre à cette journée m’a semblé être un exploit.

« On ne peut maîtriser que nos décisions »

Leo Margets aux WSOP 2016
"Je suis satisfaite de mon été à Las Vegas."

Lorsque je me suis assise à ma table pour le Jour 2, j’ai cru mourir. Il s’agissait probablement de la pire table possible pour un deuxième jour du Main Event, une injustice totale. Cela ne sert évidemment à rien de se plaindre, il faut s’adapter, mais avec un stack microscopique, je n’avais pas beaucoup de marge.
Je suis remontée, pour passer de short stack à 60 BB. Je me sentais on fire. Mais à une heure de la fin de la journée, j’ai subi un nouveau coup dur qui m’a coûté le tournoi.

C’était honnêtement la pire journée de l’année, la fin d’un rêve. Il me faudra attendre 12 mois avant de tenter à nouveau ma chance. Heureusement que chaque année je retrouve la même envie et le même espoir.

Le poker est riche en enseignements, mais la meilleure leçon, c’est de se concentrer sur ce qu’on peut vraiment contrôler. Le reste n’en vaut pas la peine. Et même si nous jouons tous pour gagner, les décisions que nous prenons sont les seules choses que nous maîtrisons, pas les résultats. Je rentre donc de Vegas satisfaite.

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