Le poker et la Russie - Interviews des meilleurs joueurs russes

Poker en Russie

Qui sont les meilleurs joueurs de poker russes ? Nos interviews vous plongent dans le monde du poker en Russie, un pays parfois mystérieux mais qui fournit de grands champions.

Au cours de ces dernières années, PokerListings a pu rencontrer la fine fleur du poker en Russie, de nombreux joueurs et champions de poker redoutés tant en ligne que dans les tournois live.

Un certain mystère entoure les joueurs de poker russes, brillants et célèbres pour leur jeu fou, mais ne perçant pas toujours à l'international. Entre joueurs à succès et hommes d'affaire, beaucoup affichent même d'autres compétences notables en dehors.

Mais tout n'est pas toujours rose non plus dans la patrie de Vladimir Poutine, et les difficultés se font aussi présentes.

Retrouvez ces interviews ou articles ci-après (en ordre anti-chronologique) ou naviguez via le menu ci-dessous.

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Anatoly Filatov : « Nous les Russes, nous sommes connus pour nos bluffs insensés »

(04/08/16 - par Arthur Crowson)

Un certain mystère entoure le poker russe. Ces dernières années les joueurs russes brillent, mais la barrière de la langue empêche beaucoup des plus grandes stars de vraiment percer à l’international.

Mais ce n’est pas le cas du Moscovite Anatoly Filatov.

En plus de parler très bien anglais, Filatov est très impliqué dans le poker.

Grinder assidu aux WSOP, il est également capitaine des Moscow Wolverines dans la Global Poker League, et a même remporté le trophée PokerListings "l’Esprit du poker" du joueur le plus inspirant avec une majorité écrasante l'an dernier.

« C’est précisément ce que j’essaye de faire », nous répond-il lorsqu’on lui demande s’il est un ambassadeur du poker.

« C’est ce que j’aime. Je streame sur Twitch, j’essaye de répondre au mieux aux questions et j’ai participé à plusieurs conférences. C’est mon rôle. »

Filatov, de l’ombre à la lumière

Il y a une raison simple pour expliquer la relative absence des Russes au plus haut niveau, selon lui.

Anatoly Filatov
« Je pense qu'il y aura bientôt plus de joueurs russes connus. »

« Les Russes n’aiment pas parler anglais, on a tendance à être un peu fermés de temps en temps », explique-t-il.

« Dans 2, 3 ou 5 ans peut-être, je pense qu’il y aura plus de joueurs russes connus. »

Les Russes n’aiment peut-être pas parler anglais, mais ils savent comment gagner des tournois.

Aux WSOP de cet été 2016, Andrey Zaichenko a remporté le Triple Draw 2-7 à 1 500 $, et Viatcheslav Ortynskiy s’est adjugé le tournoi de PLO 6-Max à 3 000 $. Sans oublier bien sûr la Russo-américaine Safiya Umerova gagnante du NLHE Shootout à 1 500$.

Il aurait pu y en avoir quelques autres avec un peu plus de chance.

« On n’a pas beaucoup de chance en ce moment », confirme Filatov.

« Andrey Pateychuk a terminé 15è du Hold’em à 2 000 $ et Mikhail Petrov 16è du Turbo à 1 000 $ notamment. »

Avoir un groupe de joueurs aussi proches les uns des autres est en tout cas un atout en termes de stratégie.

« Nous ne sommes pas aussi proches que les joueurs allemands, mais nous parlons beaucoup sur Whatsapp ou en visioconférence », explique Filatov. « On parle de certaines mains, de stratégie... On a plusieurs groupes. »

Chef de file des Wolverines

Alexy est le capitaine de l’équipe des Moscow Wolverines, qui participe à la Global Poker League. Son équipe est l’une des plus impressionnantes de la première saison qui bat actuellement son plein.

Sergey Lebedev
Le très sous-coté Sergey Lebedev.

Il a décidé de suivre une approche originale dans son équipe et n’a pris que des joueurs russes (ou presque). Cette stratégie semble avoir payé.

« Mon objectif, c’était de prendre des gars avec qui je sentais une connexion », nous dit-il.

« D’autres équipes semblaient moins solidaires. Nous, nous sommes tous ensemble. On mange ensemble et on discute beaucoup. J’aime bien. Et puis on parle tous russe. »

Mais si les Wolverines ont eu autant de réussite, c’est aussi et surtout grâce à Filatov lui-même, qui a écrasé la compétition lorsqu’il a joué.

« Je suis assez confiant. Nous sommes premiers et j’aime bien le Cube. C’est sympa de suivre mes coéquipiers, comme Sergey Lebedev et les autres. On s’amuse bien là-dedans. »

Pour beaucoup de fans de poker, Lebedev est une véritable révélation de la GPL. Et c’est grâce à Filatov que le grand public peut enfin le découvrir.

« Sergey Lebedev est en pleine bourre en ce moment. Il a déjà été très bon sur l’EPT, là il a terminé 7è du NLHE turbo à 5 000 $ aux WSOP et 12è de celui à vitesse normale. »

Le poker à Moscou

Si la Russie commence à faire parler d’elle sur le circuit international, le poker est encore dans une position précaire au pays.

Anatoly Filatov à la BOM
Filatov lors de la Battle of Malta 2015.

La loi n’est pas très claire.

« Ils parlent de légaliser le poker depuis deux ou trois ans, mais rien ne se passe.

Peut-être que ce sera légalisé à Sotchi ou en Crimée cette année. Il y a des installations pour des tournois live. Le poker en ligne suivra peut-être. Je n’en sais rien. Mais je l’espère. »

Il y a d’autres possibilités à Moscou, évidemment, mais Filatov n’est pas très partant pour les parties pseudo-clandestines.

« Je n’y participe pas, j’ai peur de me faire avoir.

En hiver, je préfère jouer en ligne. Je ne veux pas sortir de chez moi. Il fait trop froid, il neige, etc. J’ai plus de mal à jouer en ligne en été. »

Malheureusement, la situation politique est tellement instable à Moscou que Filatov a peur de devoir en partir.

« Je ne veux pas déménager, mais avec la situation politique, je ne sais pas si je pourrai rester ici. Mais j’aime ma ville. »

Le style russe

Pourquoi les Russes se sont-ils imposés sur le circuit international ? Sauraient-ils quelque chose qui nous échappe ?

Andey Zaichenko
Andey Zaichenko vainqueur d'un bracelet pour la Russie aux WSOP cet été.

« C’est différent », explique Filatov. « On est connu pour nos bluffs insensés. Mais on progresse chaque année.

Les Russes ont un jeu plus solide maintenant, le poker a évolué et il y a moins d’amateurs. Donc on a dû changer notre jeu aussi. »

Avec trois bracelets pour la Russie cet été, le bilan est plutôt bon dans ces World Series of Poker 2016.

En ce qui le concerne, Filatov n'a pas réalisé de grands WSOP, avec une seule place payée en quelques 16 tournois. Il a terminé 31è du tournoi de 6-Max à 3 000 $.

« C’est comme ça », relativise-t-il. « Je joue jusqu’au dîner et après je me fais sortir. »

En attendant de retrouver la forme peut-être dès ce mois d'août du côté de Barcelone et son EPT.

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Mikhail Shalamov : « Ils en ont après Internet tout entier, pas seulement le poker »

(28/08/15 - par Dirk Oetzmann)

Mikahil Shalamov

Membre de la Team PokerStars online, Mikhail "Innerpsy" Shalamov est l'un des joueurs de poker en ligne russes les plus en vogue.

Présent à l'EPT de Barcelone, nous en avons profité pour lui poser des questions sur la situation tendue concernant le poker en ligne et Internet en Russie, et pour savoir comment il est possible de vivre du poker en jouant à des enjeux pas plus hauts que 0,50$/1$.


Mikhail, le gouvernement russe a récemment bloqué plusieurs sites de poker en ligne. Qu'est-ce qu'il se passe ?

C'est un sujet brûlant actuellement en Russie, parce que le gouvernement a aussi bloqué Wikipédia.

Tout Wikipédia ?

Oui. D'abord c'était juste un article à propos de drogues, et puis ils ont coupé l'accès à tout le site (rétabli depuis NDLR).

La manière dont ils gèrent la situation à propos d'Internet devient un peu ridicule.
Ils bloquent tant de sites que tu commences à te demander si tu vis dans un pays libre. Après il y a toujours des moyens pour contourner.

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Wikipédia, l'encyclopédie libre... mais pas en Russie.

Maintenant c'est évidemment quelque chose de mauvais pour le poker, parce que les joueurs qui se connectent juste pour jouer, dans les tournois du dimanche par exemple, peuvent ne pas savoir comment utiliser un VPN ou tout ça.

Donc apparemment la censure n'est pas que pour le poker.

Non. Ils en ont après tout l'Internet. Tout ce qui a un lien avec les drogues ou le jeu pour commencer. Ils essaient d'empêcher les gens de se rendre sur de nombreux sites.

Ne savent-il pas que les gens finiront par trouver ce qu'ils cherchent s'ils en ont envie ?

Je pense qu'ils en sont conscients mais ils s'en foutent. S'ils peuvent garder 70% des gens qui ne savent pas faire en dehors de ces sites, ils seront probablement déjà contents avec ce nombre.
Je ne suis vraiment pas sûr de comprendre ce qu'il se passe dans leur tête.

Quel est le futur en Russie alors ?

En fait j'ai entendu qu'ils veulent légaliser le poker en Russie. Mais bon ils avaient dit la même chose il y a un an, et rien n'a changé. Donc ça ne veut peut-être pas dire grand chose.

Sotchi n'était-elle pas censée être le nouveau centre névralgique du jeu ?

Il y avait des projets, mais je ne sais pas vraiment si c'est une zone de jeu maintenant. Je ne pense pas qu'il y a le moindre tournoi.

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Bientôt des tournois de poker à Sotchi ?

Ca serait un bon endroit où aller cependant, l'environnement est très beau avec l'eau et la montagne, et ils ont les infrastructures après les Jeux Olympiques.

Mais encore une fois entre ce qu'ils disent qu'ils veulent faire, et ce qu'ils font réellement...

Parlons de poker en ligne. Est-ce vrai que tu joues tellement que tu peux vivre rien que des bonus même si tu ne fait pas de profit ?

C'est vrai pour n'importe quel joueur qui est Supernova Elite sur PokerStars, car ce statut te donne environ 110 000$ de bonus par an. Donc ça vaut le coup de jouer suffisamment de mains pour atteindre ce rang.
Ceci étant j'ai fait du profit récemment, pour information.

Ce n'est pas ce que j'avais voulu dire.

(rires)

Peux-tu nous en dire plus à propos du calcul ? Que dois-tu faire pour parvenir à vivre sur le rake ?

Bien sûr ça dépend de combien tu veux faire. Mais en général et au minimum, si tu veux jouer en 0,50$/1$ et que tu t'y investis assez, il sera possible de s'en sortir avec le rakeback et les bonus de poker.

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"Il est possible de vivre du rakeback et des bonus."

Mais si tu montes d'enjeux tu peux vraiment bien faire. Si tu joues en 2$/5$ pour un million de mains par an, ce qui n'est pas tant que ça si tu joues sur 4 tables de Zoom Poker pour même pas un millier d'heures, tu pourras atteindre le rang Supernova Elite et avoir ton bonus de 100.000$. Ca fait du 100$ de l'heure.

Après ça ne sera pas vraiment plus facile si tu vas plus haut, car le rake est capé. Donc il n'y a pas tant de différence entre jouer en 2$/5$ et en 10$/20$.

Qu'est-ce que cela représente en termes de nombre de tables et d'heures ?

Il faudra environ 300 000 mains pour devenir Supernova, ce qui n'est pas un si gros volume. Ca prendra environ 3 mois en grindant 4 tables de Zoom.

Ce n'est pas si dur que ça même aux plus basses limites donc.

Ca correspondrait à combien de tables normales ?

Probablement autour de 14, mais ça n'a pas d'importance étant donné que le nombre de mains que tu jouerais à la minute serait le même.
C'est en fait plus simple de grinder les quatre tables de Zoom parce que c'est plus facile à suivre.

Où seras-tu samedi, dans la salle de poker ou au Camp Nou ?

En fait j'ai des tickets pour le match de samedi, mais je préfèrerais être toujours dans le Main Event (ce qui n'est plus le cas à l'heure où nous écrivons ces lignes NDLR).
Mais le stade semble vraiment spectaculaire, et aller voir un match du FC Barcelone est un must.

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Konstantin Puchkov, entre comptabilité et courses de chevaux

(30/10/14 - par Christian Henkel)

Konstantin Puchkov

Jusqu'à il y a quelques jours, Konstantin Puchkov détenait le record du monde du plus grand nombre de places payées en une seule édition des WSOP. Il est également un habitué de l'European Poker Tour, mais ses activités hors-poker pourraient vous surprendre.

En effet, Puchkov est un driver très actif dans les courses de chevaux en Russie et il est lui-même propriétaire de chevaux appelés « Freeroll », « Full House » et « Full Tilt Poker ».

PokerListings avait rencontré le vétéran de 62 ans il y a quelques semaines, pour parler avec lui des cheveux, de l'Union Soviétique, de ses débuts dans le poker et bien sûr de son record.


Konstantin, une rumeur court selon laquelle tu élèverais tes propres chevaux en Sibérie et tu leur donnerais des noms liés au poker. C'est vrai ?

C'est vrai, mais je ne pratique pas l'élevage professionnel et je ne vis pas en Sibérie. La vérité : je suis un driver de trot passionné qui vit à Moscou.

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"Mon cheval qui réussit le mieux ? Full Tilt Poker !"
 

Je fais ça depuis que j'ai 20 ans. Je ne suis qu'un amateur mais je cours au plus haut niveau en Russie et j'ai remporté six courses traditionnelles.

Quid de l'élevage et des noms de poker ?

J'ai acheté une jument après la chute de l'Union Soviétique. Cette jument a donné naissance à cinq poulains.

Ma jument s'appelait Fisalina, c'est pourquoi j'ai donné à tous les poulains des noms commençant par la lettre F. Et comme le poker est ma deuxième passion, j'ai voulu leur donner des noms qui rappellent le poker.

J'en ai un qui s'appelle « Flush Royal », un autre « Freeroll » ou encore « Full House ». Celui qui rencontre le plus de succès est « Full Tilt Poker ».

J'espérais pouvoir courir avec le logo de Full Tilt sur mon maillot, mais l'entreprise a ensuite fait faillite. Ce pauvre cheval a vécu une période très difficile pendant quelques mois. (rires)

Si le poker et l'équitation sont tous les deux des loisirs, quelle est ta profession ?

Je suis mathématicien de formation, je travaillais pour l'Union Soviétique en tant que directeur financier.

Aujourd'hui, je suis chef comptable dans une petite maison d'édition qui publie des livres et des campagnes de publicité. J'ai un bon salaire et je touche 1% des bénéfices annuels.

Ça suffit pour financer tous ces tournois de poker onéreux tout au long de l'année ?

Non. Avant le poker, je n'avais jamais eu de telles sommes à gérer professionnellement. Par contre j'ai beaucoup joué aux échecs et au backgammon et ça m'a permis de bâtir une bonne bankroll.

Konstantin Puchkov
"Mon budget est de 220 000€ par an, mais j'ai perdu beaucoup d'argent en dans des cash games en Russie."
 

Maintenant j'ai un budget de 150 000 $ pour les WSOP et de 20 000 € pour cinq EPT par an.

Ça fonctionne, mais j'ai perdu beaucoup d'argent dans des cash games à Moscou.

A Barcelone par exemple, je n'ai payé que 50% de mon buy-in au Main Event. Le reste vient d'un ami qui me sponsorisait.

Comment t'es-tu mis au poker ?

Comme je l'ai dit, je jouais aux échecs. J'avais obtenu le titre de maître. Et j'allais à Monte Carlo tous les ans pour le championnat de Backgammon.

En 1998, un ami m'a initié au poker. Une longue histoire d'amitié. (rires)

Il y a deux ans, tu as établi le record du plus grand nombre de places payées en une seule édition des WSOP (11). C'était prévu ?
(son record vient tout juste d'être battu par Ismael Bojang aux WSOP APAC, NDLR)

Oui, je l'avais même annoncé à mes amis avant le début du premier tournoi. Et je l'ai fait.

C'est une des raisons de ta nomination au Trophée PokerListings des Légendes Vivantes. Bien que tu n'aies finalement pas gagné. En es-tu fier ?

Oui. J'ai lu ça sur PokerListings Russie et j'étais très surpris. Les Russes ne gagnent pas beaucoup de prix dans le poker et c'est dommage. Mais c'est déjà très bien d'avoir été nominé.

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Sergej Rybachenko : Spécialiste du backing et éternel nomade du poker

(25/08/14 - par Christian Henkel)

Sergej Rybachenko

À 40 ans, Sergej Rybachenko est le co-fondateur du plus grand forum de poker russe.

Il s'est notamment fait connaître pour avoir sponsorisé Ivan Demidov et Stanislav Alekhin lors de leurs victoires. Autant dire que l'homme a le nez creux. Ses divers investissements lui ont rapporté près de 7 millions de dollars en à peine quelques semaines... avant de tout reperdre (et même plus) lors d'un cash game high stakes à Moscou. Aujourd'hui, il parcourt le monde sur le circuit poker.

PokerListings a rencontré l'homme sur le circuit EPT. Nous en avons profité pour lui demander pourquoi tant de joueurs russes aiment la Méditerranée.

Les Russes et la Méditerranée

« Je pense que le climat et la bonne chaire n'ont pas grand chose à voir là-dedans. La vraie raison, c'est le poker. Le poker est illégal en Russie, donc on doit bouger. Et l'Europe est la destination la plus proche.

L'autre raison, c'est que les Russes ont beaucoup d'argent. Des endroits comme San Remo, Monte-Carlo ou Las Vegas nous accueillent à bras ouverts.

On commence à parler russe un peu partout et tout le monde essaye d'être gentil avec nous. (rires)

Je pense que ça va continuer, tu verras. L'année prochaine il y aura encore plus de Russes sur l'EPT.

Honnêtement, je pense que si le poker était légal en Russie, nous serions les meilleurs, juste derrière les États-Unis. »

Vie personnelle

« Officiellement, j'habite à Moscou. Mais l'année dernière, je n'y ai pas passé plus de trois ou quatre mois. Je ne sais pas où j'habite. Je suis un nomade du poker. »

Les joueurs russes

« Les joueurs russes et/ou des anciens pays de l'Union Soviétique ne se croisent en live qu'en Europe, à Vegas ou en Asie. Par contre, on interagit énormément sur gypsteam.ru, qui est le plus gros forum de poker non-anglophone.

sergej rybachenko
"Les Russes ont beaucoup d'argent, et on nous accueille à bras ouverts."
 

C'est un peu un 2+2 pour les russophones et ça permet de suivre toute l'actualité du poker russe.

Je suis l'un des cofondateurs de ce site, j'en suis toujours propriétaire d'ailleurs. Mais maintenant c'est Ivan Demidov, mon ancien protégé, qui gère tout cela. »

Backing

Ivan Demidov a fait de lui l'un des backers les plus heureux de 2008 en terminant 3ème du Main Event des WSOPE et 2ème du Main Event des WSOP. Il se dit même que Rybachenko a remporté 60% de ses gains.

« Ces histoires de sponsors, c'est des bêtises. Quand j'étais jeune, j'étais un espoir de l'athlétisme russe, donc on m'a envoyé à l'école des espoirs olympiques à Moscou. À l'époque, j'étais plutôt doué en paris sportifs, donc quand je me suis mis au poker en 2005, j'ai continué dans cette veine-là. Au début, ça a très bien marché, j'ai gagné beaucoup d'argent en jouant et en sponsorisant des joueurs.

En trois ans, ma bankroll a atteint près de 10 millions de dollars. J'ai tout perdu en 2009/2010 en participant à des cash games high stakes à Moscou. J'étais complètement ruiné et j'ai du vendre tout ce que j'avais, comme des appartement aux Émirats par exemple.

Là je reviens, petit à petit. Pour la première fois depuis Ivan et Stanislav (Alekhin, 2ème du Main Event des WSOPE 2008 NDLR), je sponsorisais deux joueurs à San Remo.

Cet été, je sponsoriserai quatre joueurs russes à Vegas. J'espère qu'il y aura un autre Demidov parmi eux. » (malheureusement il aura semblé que non NDLR)

Rybachenko et le poker chinois

« Ces derniers temps, je joue beaucoup au poker chinois ouvert. L'EPT San Remo n'était que le 6è ou 7è tournoi EPT de ma carrière et le No-Limit Hold'em ne m'intéresse plus vraiment. Du coup, je m'organise autour des tournois d'Open face Chinese poker.

En décembre dernier par exemple, il y a eu une excellente partie au Bobby's Room, 100$ le point. Il y avait David Benyamine, Brian Rast, Matt Glantz et beaucoup d'autres. Ils viennent juste de s'y mettre, donc ils ne sont pas encore très bons.

On ne joue pas à la version Pineapple, où on distribue trois cartes au lieu d'une. Peu de gens le savent, mais le poker chinois a en réalité été inventé en Finlande, avant de s'exporter vers la Russie. C'est pour ça qu'on a commencé à y jouer deux ou trois ans avant les Américains par exemple. » (des joueurs Américains qui ne le voient pas tous d'un bon oeil).

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Crise en Crimée : L'avis de Katchalov, Lykov et Demidov

(01/04/14 - par Christian Henkel)

Ivan Demidov
Le Moscovite Ivan Demidov.

La crise en Crimée est en train de secouer l’Europe. Qu’en pensent les joueurs d’origine russe ou ukrainienne ?

Nous en avons parlé à trois joueurs très différents les uns des autres, mais qui sont tous trois touchés directement par la situation.

Eugene Katchalov, 33 ans, Team PokerStars, né en Ukraine, élevé aux États-Unis

« Ce qui se passe en Ukraine ne m’affecte pas vraiment directement au quotidien car ma famille a émigré aux États-Unis au début des années 90. Par contre, j’ai beaucoup d’amis à Kiev, donc je m’inquiète évidemment pour eux. Je fais tout pour me tenir au courant de la situation et rester informé.

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L'Ukrainien Eugene Katchalov.
 

C’est une situation bizarre. Nous sommes ukrainiens, mais nous avons quitté l’Ukraine avant même que l’ukrainien ne soit une langue officielle. Moi par exemple, je ne parle que russe.

Je pense que c’est plus un problème social, notamment de niveaux sociaux, que de nationalités.

Je serais très surpris qu’il y ait des problèmes entre les joueurs de poker russes et ukrainiens à cause de cela.

Le conflit est très difficile à comprendre, tout cela est très stratégique, des deux côtés. Difficile de savoir quelle est la meilleure chose à faire. Par contre, beaucoup de gens en souffrent, donc je ne préfère pas comparer cela à une partie de poker.

Je vais en Ukraine environ deux fois par an. La dernière fois, à l’automne 2013, c’était juste avant que les manifestations ne commencent.

Oui, j’ai le sentiment de représenter l’Ukraine chez PokerStars. »

Maxim Lykov, 31 ans, vainqueur EPT, est né et a grandi en Russie, récent expatrié

« Je reviens tout juste de Sotchi, où ma copine vient d’ouvrir un magasin de prêt-à-porter. Mais après Monte-Carlo, je vais déménager à Riga puis quelques semaines plus tard à Amsterdam où je compte m’installer plus durablement.

J’ai du mal à comprendre la situation. En tant que Russes, on a de plus en plus l’impression que le gouvernement nous ramène au 19è siècle.

Les hommes politiques se comportent comme des rois, ça pousse les gens comme moi à s’expatrier vers l’Europe pour mener une vie normale.

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Le Russe Max Lykov.
 

Je ne trouve pas ça normal de “prendre” une région à un autre pays, peu importe ce qu’il s’est passé il y a 50 ans.

Je consulte les sites d’infos le matin mais je n’y pense pas trop le reste de la journée. Je pense que les joueurs ukrainiens sont plus touchés par la situation.

On en parle parfois avec eux, on évoque leur situation personnelle et leurs inquiétudes. On ne parle pas beaucoup du conflit au sens large, et je préfère laisser les journalistes faire la comparaison avec une partie de poker. (rires)

Les joueurs comme moi peuvent participer à l’EPT ou jouer aux États-Unis, mais les joueurs amateurs des pays de l’ex-union soviétique étaient heureux de pouvoir aller jouer à Kiev avant la rébellion.

C’est une ville qui a beaucoup de charme et où sont organisés de nombreux tournois et étapes de circuit, dont le Russian Poker Tour. Maintenant c’est terminé, et les joueurs n’ont nulle part où aller. Nous espérons que le nouveau gouvernement stabilisera rapidement la situation.

Le cas échéant, ce sera comme en Russie : beaucoup de poker illégal et aucune assurance pour les joueurs.

Ivan Demidov, 32 ans, 2ème du Main Event des WSOP 2008, né à Moscou et y réside toujours

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Ivan Demidov.
 

« Les gens qui ne sont jamais allés en Europe ou aux États-Unis sont beaucoup plus susceptibles de croire ce qu’ils voient à la télé. Mais quand tu t’informes sur Internet, les choses sont différentes.

C’est quand même compliqué. Même sur Internet, il reste beaucoup de gens qui supportent la version officielle du gouvernement russe. Mais globalement c’est quand même plus objectif qu’à la télé.

Pour l’instant, je vis toujours à Moscou, mais j’ai l’intention d’acheter un appartement ou une maison à Riga. Si j’arrive à obtenir le statut de résident permanent, je pourrai circuler librement dans l’UE.

Par contre nous n’avons pas encore décidé si nous passerons tout notre temps là-bas ou si ce sera du 50/50 entre Moscou et l’UE.

C’est vrai que les événements récents m’ont quand même fait peur.

J’aime bien titiller les joueurs ukrainiens. (rires) Du coup j’en ai pas mal débattu avec eux, même si récemment il ne se passe plus grand chose.

Je ne pense pas que ce soit approprié de comparer la situation à une partie de poker. Mais au niveau psychologique, je pense que Poutine se comporte de manière complètement irrationnelle, alors que le reste du monde essaye de rester rationnel.

Ce qui ne veut pas dire que je pense qu’il n’avait pas prévu d’annexer la Crimée ou que tout cela n’était pas soigneusement planifié. Son exécution technique est parfaite.

Je parle plutôt des motivations derrière tout ça.

Je pense que cela ne va pas changer grand chose dans la vie des joueurs de poker ukrainiens. Quelques tournois ont été annulés à Kiev et il n’y aura probablement pas de gros tournois en Ukraine pendant un certain temps, mais je ne pense pas que cela durera. »

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Le RPT Kiev interrompu suite aux violentes manifestations en Ukraine

(20/02/14 - par Christine C.)

manifestations Ukraine

Les violentes manifestations et la situation de guerre civile à Kiev ont perturbé la manche ukrainienne du Russian Poker Tour, avec ses joueurs bloqués à l'intérieur du casino.

« Chers joueurs, jusqu’à nouvel ordre nous vous recommandons fortement de ne pas vous rendre à l’hôtel Kreschatyk et de ne pas vous approcher de cette zone. Les médias ont en effet annoncé que le gouvernement voulait nettoyer la place Maidan vers 18h. Tous les joueurs déjà présents au poker club Kreschatyk sont invités à rester dîner au restaurant du club, aux frais des organisateurs et à ne pas quitter les lieux avant 21h. »

C’est en ces termes que les organisateurs du Russian Poker Tour (RPT) se sont adressés aux joueurs de poker présents à Kiev en Ukraine et qui participaient à ce tournoi, alors que le Jour 1B se terminait. Celui-ci devait fêter son cinquième anniversaire dans la joie et la bonne humeur. Et pourtant, à peine un jour avant l’ouverture du tournoi, le site officiel du RPT se voulait rassurant et affirmait qu’il « n’y a pas raison de s’inquiéter de la sécurité des invités et des participants du RPT ».

Mais l’Ukraine est relativement instable depuis son indépendance en 1991 et la crise de Kiev menace de s’étendre au reste du pays. La situation s’est brutalement aggravée ce 18 février.

La raison de ce soulèvement populaire ? Exiger que le gouvernement signe un accord d’association avec l’U.E. En effet, c'est le revirement du président (contesté) Ianoukovitch et de son gouvernement qui, en rejetant l'accord d'association proposé par Bruxelles pour se tourner vers Moscou sous la pression de Poutine, a déclenché ce mouvement de colère il y a trois mois environ.

Hotel Kreschatyk
L'hôtel Khreschatyk, hôte du RPT transformé en camp de retranchement pour les joueurs.
 

Depuis, Moscou a dénoncé une tentative de coup d’état et le gouvernement ukrainien a répondu par la répression et une violence de plus en plus sanglante. Les ministres des Affaires étrangères français, allemand et polonais sont sur place aujourd’hui. Ils tentent de débloquer la situation et promettent des sanctions.

Les joueurs bloqués 6 heures dans le casino

En attendant, près de 150 malheureux participants du tournoi ont été « enfermés dans une cage pendant qu’une guerre se déroulait à l’extérieur » selon les dires de l’un d’entre eux. Le directeur du tournoi Oleg Udovenko a ainsi déclaré : « Nous sommes dans une très mauvaise situation en ce moment. Pas seulement le Russian Poker Tour mais l’Ukraine toute entière. »

Avec des coupures de courant, la ventilation coupée, les portes et fenêtres barricadées, la fatigue et le stress auront fini par gagner les joueurs. Heureusement ceux-ci disposaient d’eau et de nourriture. Et pour s'occuper et passer le temps, certains continuaient malgré tout à jouer au poker...

Tous sains et saufs, les joueurs ont été évacués hier en soirée, sur le coup des 5 heures du matin (heure locale).

Sans surprise le tournoi en cours est définitivement interrompu, et les joueurs devraient être remboursés au prorata de leur nombre de jetons, si l'organisation parvient à remettre de l'ordre à l'intérieur une fois que le casino sera de nouveau accessible.
Quant à l'Ukrainian-Russian Tour, le prochain tournoi de poker prévu dans la région fin février, il a évidemment été annulé.

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Eugene Katchalov : « Ma vie a changé et je ne reviendrai pas en arrière »

(31/01/14 - par Artur Kurvits)

Eugene Katchalov
"Maintenant que ma vie a radicalement changé, je suis de meilleure humeur, je suis plus positif."

Eugene Katchalov, pro de la team PokerStars, est un peu un spécialiste des transformations. Plus affuté que jamais, il est aujourd'hui en bonne position à Deauville pour décrocher un premier titre EPT et lui aussi la "Triple Couronne".

Arrivé aux États-Unis depuis l'Ukraine lorsqu'il avait 10 ans, Katchalov a travaillé en tant que trader avant de remporter des millions de dollars en jouant au poker. Et il a récemment perdu près de 30kg.

Sur le circuit, Katchalov a accumulé presque 7,5 millions de dollars et son palmarès inclut un bracelet WSOP et un titre sur le WPT.

Nous avons récemment pu rencontrer Katchalov et évoquer avec lui ses origines ukrainiennes, sa perte de poids et sa vie de joueur de poker professionnel.


On dirait que les joueurs de poker professionnels ont beaucoup de boulot en dehors du poker !

Hmm... (rires) C'est pas faux ! C'est vrai que certaines situations sont un peu embêtantes.

Disons que depuis que je suis devenu une star du poker, je dois donner beaucoup d'interviews pendant les tournois comme celui-ci. Ce n'est pas un problème, mais c'est vrai que ça nous fait du boulot.

Comment te définirais-tu : un Ukrainien avec un passeport américain ou un Américain d'origine ukrainienne ?

C'est difficile de répondre à cette question. L'Ukraine, c'est mon pays et je l'aime. Mais New York, c'est aussi chez moi, c'est là que vit la plus grande partie de ma famille. Les deux sont très importants pour moi.

C'est vrai que je n'ai vraiment vécu que 10 ans en Ukraine avant de venir aux États-Unis, mais j'y suis retourné presque tous les ans avec mes parents, et je continue à le faire.

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Depuis qu'il l'a quittée à l'âge de 10 ans, Eugene retourne en Ukraine presque tous les ans.
 

Quels sont tes projets pour le futur ?

Actuellement, mon rythme de vie fait que je ne passe jamais beaucoup de temps au même endroit.

Je passe mon temps à voyager et à jouer au poker dans le monde entier, je n'ai pas vraiment de résidence permanente. En ce sens-là, mon futur est très incertain.

Préfères-tu jouer en live ou en ligne ? Pourquoi ?

Aujourd'hui, je préfère jouer live. C'est ma priorité et c'est le style de poker que j'aime.

Je vois le poker en ligne plutôt comme une forme d'entraînement. J'en profite pour tester des stratégies et voir si elles fonctionnent.

Est-ce que tu utilises des outils en particulier quand tu joues en ligne ?

Non, pas du tout.

Est-ce que tu analyses tes mains après chaque session ?

J'essaye de sauvegarder les mains intéressantes, même celles auxquelles je n'ai pas participé. Une fois la session terminée, j'essaye de voir ce que je peux en tirer.

Récemment, on a beaucoup parlé dans les médias de la place des femmes dans le poker (voir par exemple nos interviews de Liv Boeree, Kara Scott et Vanessa Selbst NDLR). Que penses-tu du fait que les femmes soient sous-représentées dans le poker ?

J'étais justement en train d'en parler tout à l'heure. Je pense que c'est une question de tradition. Historiquement, le poker est une activité masculine, ce qui fait que beaucoup de femmes se sentent encore aujourd'hui assez mal à l'aise à l'idée de jouer au poker à une table où il n'y a que des hommes.

Les choses évoluent, mais je pense qu'il va encore falloir beaucoup de temps avant qu'il y ait autant de femmes que d'hommes dans le poker.

Penses-tu qu'il puisse y avoir une raison biologique ou génétique au fait que les hommes s'intéressent plus au poker que les femmes ?

Difficile à dire. Il y a beaucoup d'excellentes joueuses de poker, et il pourrait y en avoir encore bien plus. Je pense que ça dépend d'elles.

Quelles sont les joueuses qui t'impressionnent ?

Vanessa Selbst est selon moi la plus impressionnante.

Félicitations pour ta transformation physique et ta forme olympique ! Est-ce que c'était plus difficile que de devenir bon au poker ?

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En 2012 Katchalov a fait partie des 48 joueurs à prendre part au premier tournoi à 1 million $ de droit d'entrée.
 

C'est difficile à comparer, mais je pense que c'était beaucoup plus compliqué de travailler sur moi-même.

J'ai passé ma vie à essayer d'être en forme, mais je n'y suis jamais arrivé jusqu'à ce que je rencontre mon coach, Lincon Rodrigues (ancien combattant MMA).

Il m'a permis d'avoir la motivation nécessaire et m'a convaincu que je pouvais y arriver. Maintenant que ma vie a radicalement changé, je me rends compte que je me sens beaucoup mieux.

Je suis de meilleure humeur, je suis plus positif. Je sais que je ne reviendrai jamais en arrière.

Est-ce que tu suis la situation politique en Ukraine actuellement ? Qu'en penses-tu ?

J'essaye de me tenir informé de ce qu'il se passe en Ukraine et je soutiens pleinement les manifestants du Maidan (place où se rassemblent les manifestants souhaitant un rapprochement entre l'Ukraine et l'Union Européenne).

Cependant, j'espère surtout que la situation se règlera sans effusion de sang. J'espère que le gouvernement saura entendre la voix de la majorité et que les choses rentreront dans l'ordre de manière pacifique.

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Ivan Demidov se réinvente joueur de Zoom Poker et directeur administratif

(02/08/13 - par Artur Kurvits)

Ivan Demidov

Il y a cinq ans, Ivan Demidov avait remporté plus de 5,8 millions de dollars aux WSOP 2008. Aujourd'hui, il vient de lancer son propre "cabinet de poker" à Moscou et tente de se bâtir une carrière en tant que spécialiste du Zoom Poker sur PokerStars.

Demidov a confié à notre confrère de PokerListings Russie qu'après avoir « tout vu » au poker et avoir assuré ses arrières financièrement, il a eu du mal à rester motivé.

Pour y remédier, lui et quelques-uns de ses amis ont monté un cabinet où ils progressent ensemble, une idée qui lui a été inspirée par sa carrière de gamer professionnel.

Retrouvez ci-dessous l'interview complète qu'il nous a accordée à Monte Carlo peu de temps avant les WSOP.


Il y a quelque temps, tu avais écrit sur le blog PokerStars que tu voulais monté un « cabinet de poker » à Moscou. Où en est ce projet ?

Et bien c'est maintenant une réalité. Les gars sont déjà là-bas. Ils y passent du temps, ils y jouent, et moi aussi.

Qui sont ces joueurs ?

Au départ, juste des amis à moi. Avant de devenir joueur de poker professionnel, j'étais un gamer professionnel, et j'avais une très bonne équipe.

À cette époque-là, on allait dans un club tous les matins pour jouer et s'entraîner. Non seulement cela permettait d'avoir une bonne ambiance, mais cela évitait aussi qu'on se démotive.

C'était une source de motivation énorme d'être toujours en train de nous entraîner et de jouer ensemble. Nous étions la meilleure équipe de Russie, et nous n'étions pas mal non plus au niveau mondial.

Penses-tu que c'est un système qui pourrait fonctionner dans le poker ?

Je pense que c'est difficile pour tous les joueurs de poker qui jouent depuis plus de cinq ans de rester motivés.

Maintenant, je ne dépends plus du poker financièrement. Avant, c'était simple : je gagne, j'ai de l'argent pour manger, je perds, j'ai rien. Du coup j'ai plus de mal à être motivé après toutes ces années et avoir tout vu.

Je me suis dit que si j'arrivais à recréer l'atmosphère de l'époque, ce serait bon à la fois pour le poker et pour moi. Et pour mes amis qui peuvent me donner un coup de main.

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Demidov (à gauche) lors de sa finale du Main Event perdue face à Peter Eastgate.
 

Combien de temps passes-tu dans ce « bureau » ?

Quand je suis à Moscou, j'y passe énormément de temps. En général, j'arrive à 13h et je repars tard... vers 23h.

Est-ce qu'il y avait d'autres raisons de créer ce bureau ?

Le poker est devenu un sport difficile. Il faut passer beaucoup de temps à jouer pour devenir professionnel.

De mon côté, j'ai besoin de trouver un moyen de passer beaucoup de temps à jouer au poker, tout en ayant du temps à consacrer à ma famille.

Comment répartis-tu ton temps ?

Idéalement, il faudrait que je passe plus de temps avec ma famille, mais si je faisais ça, je ne pourrais plus être aussi bon au poker.

Il faut prendre en compte le temps de jeu, mais aussi le temps passé à analyser les mains et à travailler sur certains aspects de mon jeu. Je pense qu'il faut passer beaucoup de temps au poker, 80/20 ou 70/30.

Je vais probablement jouer un peu moins que nécessaire. Pour l'instant, je voudrais arriver à passer 70% de mon temps à jouer au poker.

Tu as récemment dis vouloir te spécialiser sur le blog. As-tu trouvé ta vocation ?

J'essaye de me lancer dans le Zoom Poker. J'aime bien, mais je ne me rends pas encore compte de ce que cela peut m'apporter financièrement.

ivan demidov
Demidov recommande le Zoom Poker.
 

J'y ai joué un mois et demi, avec des pauses pour l'EPT Berlin et Monte-Carlo, donc je n'y ai pas encore autant joué que ça.

Pourquoi avoir choisi le Zoom Poker ?

C'est ce qui permet de jouer le plus de mains par heure, tout en n'étant pas dépendant du jeu comme en tournoi. En Zoom, je peux quitter la table quand je veux.

Pour moi, c'est vraiment idéal. Et puis je pense que c'est le meilleur moyen de s'entraîner. Il n'y a qu'en terme de gains que je ne suis pas sûr que ce soit très intéressant.

Je sais bien que sur Internet on ne gagne pas autant d'argent d'un coup. Aujourd'hui, c'est beaucoup plus facile de gagner en tournoi qu'en cash game.

Donc je ne suis pas encore très sûr de mon choix. Mais le Zoom Poker me convient bien pour l'instant.

Penses-tu que le Zoom Poker convienne aux débutants ?

Oui, je le recommanderais, surtout pour s'entraîner. Mais par contre il faut bien comprendre qu'au Zoom, vous ne jouez jamais contre les mêmes adversaires. C'est un jeu très mathématique.

C'est donc idéal pour ceux qui veulent travailler sur la dimension mathématique du poker, étudier les statistiques en check-raise à la river, des choses comme ça.

Par contre, si vous voulez progresser au niveau mental, apprendre à lire vos adversaires, le Zoom n'est pas pour vous. Pour ça il faut jouer des tournois.

Quels sont tes projets à venir ?

Après Monte Carlo, direction Vegas cet été. (interview réalisée avant les WSOP NDLR)

Je veux jouer beaucoup d'events aux WSOP. Je me suis remis à jouer très sérieusement en cash game sur Internet il y a un mois et demi pour me remettre en forme avant Vegas.

Pour moi c'est important de jouer beaucoup de mains. Plus on joue de mains sur Internet, plus ce sera facile de jouer en live. On est plus confiant et on fait moins d'erreurs bêtes. J'espère arriver à Vegas en pleine forme. Après, quand il y a autant de joueurs qu'aux WSOP, il faut aussi un peu de chance.
(Le bilan d'Ivan aux WSOP aura finalement été de 3 places payées, dont une 280ème place dans le Main Event, et une 19ème place dans l'Event 38 de NLHE 4-handed à 2500$, pour 49 049 $ de gains au total).

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Alex Bilokur : le mystérieux Russe qui joue pour les résultats, pas l'argent

(26/07/13 - par Artur Kurvits)

Alex Bilokur
Alex Bilokur

Alex Bilokur est un joueur de poker russe pour le moins énigmatique, que l'on a découvert lorsqu'il a remporté un tournoi à 2000€ lors de l'EPT Berlin 2010 pour 174 000€.

Et ce n'était que le début.

Trois ans plus tard, Alexey (également surnommé Leonid Bilokur) a choisir de ne jouer que les plus grands tournois high-rollers du circuit, dont le High Roller à 25.000$ du PCA 2011 qu'il a remporté pour 1,1 million de dollars.

En août 2012, il a également terminé 2ème du High-Roller de l'EPT Barcelone, remportant ainsi 295 451€ - ce qui a permis à son total en carrière de dépasser les 2 millions de dollars.

Il a également récemment terminé 11ème du High-Roller à 25.000€ de l'EPT Grand Final à Monaco, et obtenu 5 places payées lors des derniers WSOP.

Mais qui est-il ? Notre confrère de PokerListings Russie, a justement pu le rencontrer à Monte-Carlo et découvrir ce qui motive de Moscovite de 37 ans.


Alexey, comment en es-tu venu au poker ? Qu'est-ce qui t'a inspiré à te lancer si jeune ?

En fait cela s'est fait petit à petit. Il y a 15 ans, j'étais à l'école militaire, et on jouait souvent au poker ou à d'autres jeux de cartes. J'adorais ça, comme j'aime tous les jeux d'argent.

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Une victoire surprise au PCA, d'une valeur de 1,1 million $.
 

Puis je n'ai jamais vraiment eu l'occasion de m'y mettre sérieusement. Donc j'ai commencé à travailler, j'ai monté ma propre boîte.

Une fois mes études terminées, j'étais cadre, et j'avais enfin la possibilité de déléguer et d'avoir un peu de temps libre.

Maintenant j'ai le temps de voyager pour jouer des tournois.

Qu'est-ce qui t'attire dans le poker ?

C'est un jeu que j'adore. Honnêtement, je n'avais aucune prédisposition pour faire carrière dans le poker. J'avais joué un peu sur Internet, oui, mais je ne faisais pas de très bons résultats, je rentrais tout juste dans mes frais.

Et puis après ma victoire à l'EPT Berlin, j'ai commencé à jouer de plus en plus. Même si le poker reste quand même un loisir.

C'est aussi simple que ça ?

Oui, pas d'histoire particulière, c'est juste arrivé comme ça. Au début je ne faisais que m'amuser, et puis au fur et à mesure j'en ai appris de plus en plus sur le jeu, je l'ai compris, et j'ai commencé à vouloir gagner.

Il faut toujours aller de l'avant. J'ai remarqué qu'il y avait un aspect athlétique au poker, et comme j'ai toujours fait beaucoup de sport – principalement de la boxe et du football – je me suis vraiment retrouvé dans cette ambiance de compétition.

Que représente le poker pour toi aujourd'hui ?

C'est mon jeu préféré. Ce n'est pas mon métier. Je ne dirais pas que jouer en tournoi est « amusant », mais c'est agréable. Disons que c'est une forme de divertissement « sérieux ».

Comment répartis-tu ton temps entre le travail et le poker ?

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Alex et ses lunettes blanches porte-bonheur.
 

Pour l'instant, je dirais que c'est 70-30 en faveur du travail.

Est-ce que tu te fais une liste de tournois auxquels tu souhaites participer, ou est-ce que tu t'organises en fonction de ton travail ?

Je suis mon propre patron, donc je peux m'organiser un peu comme je le veux. Il n'y a pas tant d'étapes de l'EPT que cela, et elles sont toutes dans des villes que j'adore, donc j'aime autant toutes les faire.

Tu portes toujours les mêmes lunettes. Par superstition ? Que penses-tu des superstitions au poker ?

Ah, mes lunettes. J'espère qu'elles me portent chance, oui. Je les aime bien. Elles sont très simples et ne m'ont pas coûté grand chose, mais je m'y suis attaché. Je les adore et les porte toujours quand je joue. Alors que dans la vie, j'en porte d'autres.

Pour ce qui est des superstitions, j'ai des amis qui refusent de se raser ou de changer de vêtements pendant un tournoi, mais je n'en suis pas là. Je ne fais pas attention à ces choses-là.

Pourquoi joues-tu quasiment exclusivement des High-rollers ?

Je suis plus motivé pour les High-rollers que pour les Main events. Il y a toujours d'excellents joueurs, et tu es obligé d'étudier chaque action pour deviner les cartes qu'ont les adversaires et prendre les bonnes décisions.

À l'inverse, dans les Main Events il y a souvent des joueurs plus faibles qui jouent de manière souvent illogique. Je me sens perdu dans ces cas-là.

Donc oui, les Main Events ne sont pas vraiment mon truc. C'est difficile, c'est long, et je trouve que la chance y a plus de place que dans les High-rollers.

D'après toi, quelles sont les qualités requises pour devenir un bon joueur de High-rollers ?

D'abord, il faut de l'endurance et de la patience. À Barcelone, j'étais dans le coup jusqu'au heads-up, et j'ai fini par perdre pied par paresse, alors qu'à mon avis j'étais meilleur que mon adversaire. J'ai appris la leçon.

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L'objectif de Bilokur pour les années à venir...
 

Joues-tu toujours avec ton propre argent ou as-tu des sponsors ou des backers ?

Je joue uniquement avec mon propre argent. Par contre je finance d'autres joueurs russes.

Pourquoi ça ? Et comment expliques-tu que ce système de "soutien financier" soit si populaire chez les joueurs russes ?

C'est plutôt amical en fait. J'aime pouvoir aider des joueurs ou des amis à participer à des tournois.

Je ne juge pas leur talent, c'est simplement parce que je les aime bien. L'aspect financier est secondaire. Je n'essaye pas d'en tirer de l'argent, c'est juste pour le plaisir.

Comment aimes-tu dépenser l'argent que tu gagnes en tournois ?

Pas dans les affaires. J'essaye de garder le poker et les affaires aussi séparés que possible. J'utilise cet argent pour soutenir mes amis et financer les tournois suivants. Je le réinvestis dans le poker.

Un objectif pour les mois à venir ?

Las Vegas est un objectif clair pour moi. (interview réalisée avant les WSOP NDLR) J'y jouerai beaucoup de tournois. Je veux gagner un bracelet.

L'argent, je m'en fiche. Comme je l'ai dit, c'est secondaire pour moi. Ce qui m'intéresse, ce sont les résultats.

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