Etude de main spéciale GPL : Le monstre de Kurganov tombe sur un os

KurganovDanzer
Entre amusement et surprise.

La première Global Poker League nous permet d'assister à du poker de classe mondiale chaque semaine, notamment lors des parties de heads-up.

Lorsque les meilleurs joueurs de poker du monde s'affrontent, il devient facile de voir les fascinantes différences (ou similarités) dans leur style de jeu.

Mais le heads-up d'il y a quelques jours entre le Russe Igor Kurganov des London Royals et l'Allemand George Danzer des Paris Aviators n'aura pas permis d'en apprendre beaucoup à ce sujet... pour la bonne raison qu'il n'aura pas duré assez longtemps !

Si jamais vous avez manqué cet épisode de la Global Poker League, nous revenons pour vous sur l'énorme main à l'origine de cette fin de partie express.

Du flop à la river

Cette main est donc tirée de la troisième semaine de la GPL. Il s'agit du premier des trois heads-up entre les deux joueurs germanophones.
Ils ne se sont pas encore affrontés au cours de cette GPL auparavant, mais bien sûr ils se connaissent depuis des années.

C'est la toute première main de leur match, et les deux joueurs ont donc le même tapis de départ, de 50 000 jetons, sur des blindes à 200/400 ante 40.

Kurganov est en grosse blinde et découvre     . Danzer relance depuis le bouton à 1 000, et Kurganov relance à 3 600. Danzer paye, et le pot est de 7 280.

Le flop :      

Kurganov prend l'initiative avec une mise de 1 890, suivie par Danzer. Il y a à présent 11 060 dans le pot et les deux joueurs ont encore 44 450 derrière.

La turn est la  

Kurganov mise 6 800, Danzer relance à 15 730, et Kurganov suit.
Il y a désormais 42 520 au pot, et il ne reste déjà plus que 28 740 jetons à chacun des deux joueurs, soit juste un peu plus de la moitié de leur tapis de départ.

La river est le  

Kurganov checke, Danzer part à tapis et Kurganov paye.

Danzer montre alors     pour la quinte, et élimine Kurganov sur la toute première main de la partie !

Vous pouvez revoir cette main à partir de 27 minutes dans la vidéo ci-dessous :

Analyse

Bien sûr vous semblez toujours un peu bête si vous perdez tous vos jetons au cours de la première main. Mais voyons si Kurganov avait une chance d'éviter son sort.

Rien d'inhabituel ne se passe pré-flop. Danzer relance au bouton avec une main décente, et Kurganov essaie de faire monter les enchères et construire le pot avec la meilleure main de départ possible.

George Danzer
Aucune raison pour abandonner.

Malgré la sur-relance, Danzer n'a aucune raison d'abandonner sa main, J-10, une main qui se joue bien avec la position et qui a de bonnes cotes du pot. Et l'éventail de Kurganov pour sur-relancer possède de nombreuses mains telles que A-4, 6-6 ou K-Q.

Au flop, Kurganov est presque déçu de flopper le top brelan, parce qu'il ne s'attend pas à pouvoir faire beaucoup d'argent dans cette main.
Il effectue cependant son continuation bet, vu qu'il le ferait avec toutes ses mains.

Si Kurganov avait checké son monstre, Danzer aurait pu déceler quelque chose et s'adapter en conséquence.
Danzer n'a qu'un tirage quinte par le ventre, mais la mise de Kurganov est si faible (parce qu'il veut garder les mains plus faibles en jeu) qu'il obtient des cotes correctes (à la fois du pot et implicites) pour payer.

Jetons un œil rapide aux chiffres. La cote du pot exacte est de 4,85 contre 1, ce qui n'est pas réellement suffisant pour justifier un call avec une équité de 14% (ce qui veut dire que vous devez gagner 1 fois sur 7).

Mais il y a aussi les cotes implicites à prendre en compte (les futurs gains envisageables), et qui valent ici la peine de continuer.

La seule façon de faire de l'argent

Et effectivement cela valait la peine, puisque Danzer touche immédiatement sa dame à la turn, et obtient la quinte.

Kurganov mise plus fort à présent. Danzer paye cette première mise car c'est là le seul moyen de rentabiliser son monstre en mains.

Kurganov espère aussi que son adversaire a amélioré avec la dame (sauf pour une quinte naturellement). Le meilleur scénario pour lui serait que Danzer ait K-Q.

De l'autre côté de l'écran, Danzer essaie donc lui aussi de maximiser ses gains. Il pense que si Kurganov n'a rien, il se couchera face à une relance, mais il n'investira pas mieux de jetons à la river non plus.
Par conséquent il décide de relancer pour se permettre d'essayer de gagner le tapis entier de Kurganov.

Igor Kurganov
Le fold était-il possible ?

Les maths confirment vont dans le sens de son jeu. Si Danzer ne fait que payer, le pot sera de 24 000 avec 37 670 de stacks chez les deux joueurs.
Cela veut dire que Danzer ne peut prendre le tapis de Kurganov qu'en le poussant à suivre un gros overbet.

Dans cette situation particulière, Kurganov aurait évidemment payé dans tous les cas vu que sa main est trop forte, mais Danzer devait considérer tout l'ensemble de l'éventail de mains possibles de Kurganov bien sûr.

Après une relance et un call à la turn cependant, Kurganov va perdre son stack vu que la cote du pot est devenue irrésistible à la river.

Se coucher était-il possible à quelque moment ?

Après avoir assisté à ce duel en une seule main, la question est : y avait-il un quelconque moyen de ne pas déjà sauter de ce heads-up pour Kurganov ?

Ceux qui pensent que Kurganov aurait dû se coucher ici devraient considérer qu'il n'y a que deux mains exactement qui le battent à la river : J-10 et 5-3.

Ces deux mains – hormis peut-être 5 3 – sont plutôt improbables. Et elles ne représentent qu'une petite partie de l'éventail de Danzer.

Cet éventail couvre quelques bluffs, naturellement, mais aussi des mains fortes telles que K-Q, 4-4, A-Q, A-K, et même K-K et Q-Q, qui perdent toutes face aux as de Kurganov.

Vous ne pouvez pas mettre votre adversaire sur une main spécifique. Vous ne pouvez le mettre que sur un éventail, une gamme. Et un brelan d'as se joue très bien contre un tel éventail.

Conclusion

Dans un spectaculaire enchaînement d'évènements, Kurganov touche d'abord le jeu max au flop mais se retrouve battu par le nouveau jeu max à la turn.

Meilleure main puis top brelan, Kurganov n'a pas pu le voir venir. Son monstre s'écrase contre la seule main qui le bat.
Mais en guide de consolation, son jeu ne souffre d'aucune critique négative.