Marcel Luske, le Hollandais Volant - Portrait et interview

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Tout le monde joue au poker. Mais la plupart des gens qui jouent contre Marcel Luske ont tendance à s’en souvenir.

Comme il est dit avec justesse dans sa propre bio personnelle sur Internet, « la vie avait très bien préparé Marcel Luske pour le jeu de poker ».

Le petit Luske (dont le prénom Marcel a été donné par son père boucher et boxeur en hommage à Marcel Cerdan) grandit en Hollande avec le rêve de devenir chanteur. Cette passion, Marcel l’a d’ailleurs toujours, il suffit de vous trouver à sa table et vous aurez sans doute l’occasion de l’entendre pousser la chansonnette.
Il débute cependant sa carrière au siège du gouvernement de son pays à La Hague, pour le service des douanes.

Pas pour longtemps cependant.
Marcel travaille ensuite dans un nightclub, puis tient un bar sur la place du marché d’Amsterdam, avant d’ouvrir un club de cartes à Antwerp en Belgique. Lui et ses frères trouvèrent alors dans le Five-Card Stud un bon passe temps, jouant sur le marché durant leur temps libre.

Ses prouesses parmi les vendeurs locaux poussent ces derniers à lui suggérer de participer à un tournoi à 1 000 $ de buy-in à Prague, tournoi qui mettait en vedette quelques-uns des plus grand noms du poker européen à cette époque.
Plus riche de 40 000 $ à la sortie, la décision était devenue facile à prendre ; Marcel commença alors à voler de ville en ville pour jouer au poker, lui faisant gagner au passage son surnom de « The Flying Dutchman » (le hollandais volant).

Luske commence ainsi à bourlinguer à temps plein à partir de 1999. Il ne fallut là non plus guère de temps pour voir que le hollandais avait fait le bon choix. En janvier 2001 il remporte l’Open Poker de Prague, puis il enchaîne rapidement par trois victoires durant les trois jours des Euro Finals of Poker en février.

En mars c’est le titre du British Open qui lui revient. A la fin de l’année, il se retrouve classé joueur numéro 1 en Europe, puis est nommé Joueur de l’Année en 2002. Des distinctions qu’il allait à nouveau respectivement récolter en 2003 et 2004.

Décollage réussi

En sept courtes années, Luske avait déjà amassé une sacrée collection de titres, acquis sur de nombreux continents et dans nombre de tournois de classe mondiale : les Troisième et Quatrième Annual Five Star World Poker Classics de Las Vegas; le Hall of Fame Poker Classic à Paris; le Crown Australian Poker Championship à Melbourne; les Master Classics of Poker d’Amsterdam ; et le Barcelona Open en Espagne.
A noter également trois tables finales d’EPT (Londres, Copenhague, et Monte Carlo en 2004, 2005 et 2006).

Mais lorsqu’il s’agit de parler des moments les plus marquants de sa carrière, la discussion se tourne vers les World Series of Poker.

Luske dispute ses premiers WSOP en 2002 et y entre deux fois dans l’argent, terminant troisième en Limit Omaha Hi-Lo.
En 2003, l’année de Moneymaker, Luske marque encore plus les esprits du public, terminant 14ème sur 839 dans le Main Event, et rentrant chez lui avec une longue exposition devant les caméras et 65 000 $ en poches.

Mais 2004 est l’année de sa révélation. Empli de confiance de par ses deux premières tentatives, Luske termine second derrière Joe Awada en Seven-Card Stud, pour un gain de 120 800 $. Et dans le Main Event, Luske termine 10ème, sorti par Dan Harrington à la bulle de la table finale, sur une main où Harrington avait en fait mal lu ses cartes.

Depuis, Luske a continué d’enregistrer de belles performances, avec plusieurs nouvelles places payées toujours dans les WSOP, dont trois nouvelles tables finales : une quatrième place dans l’épreuve d’Omaha Hi/Lo Split en 2007, puis en 2008 une troisième place dans le H.O.R.S.E. à 3 000 $ et une quatrième place dans le World Championship Seven Card Stud Hi/Lo à 5 000 $.
A noter également en 2008 une victoire dans le World Poker Showdown de Nassau aux Bahamas.

Depuis il aura enregistré plusieurs nouveaux cashs aux WSOP (dont une 102è place dans le Main Event en 2012), et plusieurs bonnes places payées sur l'EPT ou le WPT (dont quelques victoires en tournois annexes).

Le succès charnière de sa dixième place du Main Event de 2004 lui aura en plus valu la somme de 373 000 $, son plus gros gain à ce jour. Mais ce n’est pas nécessairement ce seul gros résultat qui l’ont fait aimer des fans de poker.

Ceux-ci apprécient en effet son caractère enjoué, ses chansons, ses tenues, son comportement raffiné et professionnel. Et ils aiment aussi quand leur poulain voyait juste ; les gens font notamment toujours référence à ce fameux moment où il coucha sa main sur une sur-relance pré-flop d’un joueur avec une paire de rois, à qui il lança « tes rois sont bons ».

Un homme raffiné et professionnel

Et rares sont ceux qui ont fait travailler leur célébrité au poker plus judicieusement que Luske, qui a transformé ses quelques moments devant les caméras en un véritable festival de coups marketing et promotionnels.

Sa jovialité lui a ainsi ouvert les portes d’un poste de commentateur ponctuel pour les World Series suivantes. Et son talent et sa réputation lui permettent d’être régulièrement invité pour des émissions spéciales à la télé, des oratoires d’entreprises, ou autres séminaires de fans grassement payés. Il a même été surnommé l’"Ambassadeur Itinérant du Poker".

Luske a siégé au World Poker Federation Advisory Board et a fait campagne pour l’instauration d’une série de règles et d’une étiquette internationalement applicables. Il a aussi fondé la International Poker Federation, où il travaille toujours pour unifier la communauté poker sous un panel de règles standards communes.

Luske est également personnage du jeu vidéo All-In d’Howard Lederer, et enseigne dans les camps poker de ce dernier.
Il a aussi transformé sa marque de fabrique, des lunettes de soleil "renversantes" qu'il porte à la table de poker, en une affaire pour PokerSpecs. Ces lunettes sont spécialement conçues pour recréer une inclinaison de lentilles la tête en bas.

Le néerlandais a également sa figurine-caricature et une série de DVD Poker My Way, conçue pour les joueurs de poker en ligne faisant le saut vers le jeu live en casino.
Luske a d’ailleurs enseigné à quelques pros tels que David Williams, Kirill Gerasimov et Noah Boeken, avant de créer le Cercle des Hors-la-Loi, une groupe de pros du poker pleins d’avenir.

Personnage astucieux animé par le business, mais vrai gentleman toujours apôtre du respect, du fair-play et de l’amusement aux tables de poker, Marcel est hautement tenu en estime à la fois aux tables et en dehors.
Il est apprécié par les fans et les pros, tout autant pour son jeu que pour sa personnalité.
Et cette citation tirée d’une interview exclusive accordée à PokerListings durant les World Series 2005, en dit long sur la faible probabilité de voir les ailes du Flying Dutchman coupées :

« J’essaie de garder les pieds sur terre en permanence et de témoigner du respect aux gens quels qu’ils soient. Je pense que les joueurs devraient se traiter les uns les autres ainsi que le staff des casinos (tels que les croupiers) avec plus de respect, que ce qu’ils ne le font généralement » avance t-il.

« Je pense également que vous ne devriez pas prendre les choses trop au sérieux ; les gens jouent comme s’il s’agissait de leur dernier centime et ne sourient même pas à la table.
Je pense que vous devez vous amuser à la table, c’est l’une des choses les plus importantes. Vous pouvez être furieux après un bad beat, mais vous devez aussi vous souvenir que c’est ce type qui vous a eu qui va vous aider à apprendre à être un meilleur joueur de poker.
 »

Divers et anecdotes

    * Classé joueur No.1 en Europe en 2001 et 2003
    * Fondateur de la Fédération Internationale de Poker
    * A "tutoré" ses collègues pros David Williams, Kiril Gerasimov et Noah Boeken
    * Connu pour porter des lunettes de soleil "renversantes" et pour sa tendance à chanter à la table
    * A sorti un album de musique à thème sur le poker
    * Détenteur d’une ceinture noire de karaté
    * Marié, deux enfants

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Marcel Luske à la poursuite d’une performance de prestige dans le Main Event

(17/07/17 - par Matthew Showell)

Marcel Luske le hollandais volant
Le "Hollandais Volant" va t-il cette fois y arriver ?

Marcel Luske a déjà par deux fois failli atteindre la table finale du Main Event des WSOP. Cette année, il est encore tout proche d’y arriver.

Luske fait partie des tout premiers joueurs professionnels néerlandais, ses résultats en tournois s’étalent jusqu’en 1999.

En 2003 et 2004, il a respectivement terminé 14e et 10e du Main Event. Cette année, il est toujours en lice à la fin du Jour 6, alors qu’il ne reste que 27 joueurs.

S'il est d’ores et déjà sûr de remporter au moins 263 532 $, cette légende du poker a confié à PokerListings qu’il vise beaucoup plus haut : le prestige d’une table finale.

Luske a également récemment signé un contrat de sponsoring avec PartyPoker, rejoignant ainsi une équipe qui comprend déjà Mixe Sexton, Boris Becker, Sam Trickett et bien d’autres.

PokerListings a rencontré le "Hollandais volant" à l’occasion d’une pause lors du Jour 6 de ce Main Event 2017, afin d’évoquer avec lui ce que représente cette opportunité et comment il approche ce moment charnière du plus grand tournoi du monde.


Comment abordes-tu ce tournoi, notamment alors qu’on approche des moments décisifs ?

Je prends chaque jour comme un tournoi. Tu joues à ta table, tu suis l’évolution de la moyenne. Il ne faut pas tomber trop loin de la moyenne, mais il faut surtout évaluer les choses en termes de nombre de grosses blinds.

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"La patience donne un avantage."

Est-ce que ton stack tient la route ? À quelle vitesse avance la structure ? Si tu as entre 30 et 50 big blinds, peu importe que quelqu’un en ait quatre fois plus : ton stack est déjà bien suffisant.

Il faut être très patient.

Il ne faut pas se dévaluer ou s’en faire parce que quelqu’un d’autre a un stack énorme.

La patience donne un avantage, parce que certains joueurs pensent être en danger quand ils se comparent aux chip leaders, alors que pas du tout.

Du coup, ils sont plus susceptibles de payer et de jouer plus large.
Ici, tout le monde est bon donc ce n’est pas aussi manifeste, mais la pression qu’un joueur se met peut toujours le desservir.

En dehors de l’aspect stratégique, qu’est-ce que ça fait d’aller loin dans le plus grand tournoi du monde ?

C’est sympa, mais pour être honnête, la seule chose à laquelle on pense, c’est de ne pas se prendre un coup de malchance. Par exemple, j’ai joué une main où j’ai suivi en position avec 10-9, et le flop a sorti J-Q-K.

C’était le flop parfait, parce que celui qui avait ouvert avait la top double paire, a initié les mises, on a mis l'argent au milieu, et j’ai doublé.

Quand on en arrive à ce stade, tu ne veux pas subir la malchance. Mais il faut aussi savoir saisir les opportunités qui se présentent.

En 2003 et 2004, tu es passé tout près de la table finale. Est-ce que c’est une expérience importante ?

J’ai définitivement appris que les gens ont tendance à sous-estimer la valeur des jetons dans ce tournoi. Sur toute une journée, tu peux ne jouer que trois ou quatre mains.

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"Parfois tes adversaires vont se battre tout seuls."

Vu le nombre de joueurs qui tiltent au poker, tu n’as pas besoin de « battre » tout le monde. Beaucoup de joueurs se battent eux-mêmes.

Est-ce que tu trouves qu’il y a plus de joueurs qui tiltent dans ce tournoi, par rapport à d’autres ?

C’est un très long tournoi, avec beaucoup d’argent en jeu. Ça peut rendre fou. Parfois les choses vont bien, et parfois tu traverses le désert pendant des heures.

C’est là qu’il faut tenir le coup.

Tu as récemment signé un contrat avec PartyPoker. Pourquoi les avoir choisis ?

J’ai rejoint PartyPoker principalement parce qu’après autant d’années avec PokerStars, le poker a commencé à changer. Je voulais me concentrer sur l’aspect social du jeu.

Quand j’ai quitté PokerStars, j’ai pu passer plus de temps avec ma famille et j’ai commencé à chercher des jeux plus sympas, plus axés sur la dimension sociale. L’équipe de PartyPoker est top, et ce sont tous des joueurs, donc ils savent ce à quoi doit ressembler le poker.

Et le poker devrait justement être sympa et amusant.

On n’en est pas encore à la table finale, mais qu’est-ce que cela signifierait pour toi de faire mieux que ta dixième place en 2004 ?

Ce serait très important. Ce genre de résultat change ta vie. Évidemment que je veux atteindre la table finale.

Est-ce que c’est plus qu’une question d’argent ?

Marcel Luske reflechit
"C'est aussi une affaire de prestige."

C’est aussi une question de prestige. Si on regarde toute ma carrière, j’ai tellement de places payées dans des petits tournois... En Europe, les tournois ont longtemps été plus "modestes" qu’aux États-Unis.

Mes gains en tournois s’élèvent à 4,5 millions de dollars, mais si j’étais américain j’aurais gagné beaucoup plus.

Je suis fier de ce que j’ai accompli et je crois avoir très bien joué dans ma carrière, mais cela ne se reflète pas dans mes résultats. Alors c’est une chance à saisir.

C’est aussi un grand honneur pour moi d’être sponsorisé par PartyPoker, alors je veux leur offrir le plus d’exposition possible. Je leur suis vraiment reconnaissant de me faire confiance, parce que je ne suis plus un jeune joueur. Mais je pense qu’on forme une bonne équipe.

J’ai hâte de voir grandir PartyPoker. Les joueurs sont vraiment au centre de leur réflexion, et ils n’ont pas peur d’investir sur le long terme.
L’équipe grandit petit à petit, avec des joueurs expérimentés et un bon mélange de jeunes et de moins jeunes : moi, Mike Sexton, Padraig Parkinson, Simon Trumper, Rob Yong...
Ce sont tous de vrais joueurs de poker, et on va travailler tous ensemble pour rendre le monde du poker meilleur.

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