Tournois multitables à 3000 joueurs, 2ème partie

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Dans la première partie, nous nous sommes consacrés à voir quel pouvait être votre but, et à l'une des techniques pour y parvenir : celle de compter sur la chance.

> La première partie

Dans cette deuxième partie, nous allons expliquer le concept du départ conservatif, et celui de la technique du "pousser et prier".

Les joueurs perdants qualifient rapidement les gros tournois (en termes de nombre de joueurs) de tournois "bingo", voire "donkaments", alors pourtant que les joueurs gagnants continuent d'y réaliser des performances.

Départs conservateurs

Le fait que vous pouvez (et allez devoir) être joueur dans un tournoi, ne veut pas toujours dire que vous le devriez immédiatement.

Lorsque vous avez un M de 20 ou plus (pour rappel, le M était le ratio de votre tapis par rapport à la somme des blinds et des antes), il n'y a pas besoin de chercher le coup de "gamble".
Avec un M supérieur à 20, vous pouvez jouer un "vrai poker", comme certains pourraient l'appeler. C'est au stade du tournoi où vous pouvez vous permettre de jouer un poker conservatif, tout en évitant de prendre un coin-flip.

En d'autres mots, vous pouvez jouer, relancer, suivre et vous coucher dans presque toutes les situations. (Maintenant, ce n'est pas non plus parce que vous n'avez pas besoin d'être "joueur", que vous ne devriez pas saisir une opportunité si une bonne se présente).

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Allen Kessler : adepte d'un jeu conservateur au début... au milieu et à la fin.

Vous trouverez même certains pros qui diront être contre partir à tapis avec un M au-dessus de 100, quelle que soit la force de votre main.
Selon eux, même être favori à 80% ne vaut pas la peine de risquer votre vie dans le tournoi, lorsque vous pouvez vous permettre de vous coucher, et d'attendre une "meilleure" situation, à moindre risque.
C'est pourquoi certains pros coucheront AA dans un Main Event, face à un all-in adverse en tout début de tournoi.

Nous pouvons à la fois être d'accord et en désaccord avec cette philosophie.
Après tout, vos jetons sont votre vie dans le tournoi - vous devez les protéger à tout prix. Sans jetons, pas de tournoi.
Si vous êtes le meilleur joueur à votre table, assez largement, vous coucher a du sens dans cette situation.
Etre profond en tapis face à 9 autres joueurs moins talentueux que vous, va vous permettre de régulièrement faire grossir votre stack, sans risque.

Si vous n'êtes pas dans une telle situation, alors vous allez pouvoir vouloir vous retrouver dans les plus gros pots possibles, lorsque vous avez l'avantage.

Le meilleur conseil pour un départ conservatif, est de rester en dehors des gros pots, dans lesquels vous pouvez vous retrouver en coin-flip, ou pire.

Lorsque vous commencez à avoir un M bas, les options de call standards, relances et couchages ne sont plus disponibles pour vous. Lorsque vous avez un M de 6, n'importe quelle main que vous jouerez vous engagera définitivement : vous devrez jouer pour votre stack entier.

Pousser et Prier

Particulièrement dans les tournois en ligne, les derniers stades se résument souvent à un festival de all-in.
Ne vous laissez pas attraper par ce feu d'artifice : les meilleurs joueurs ont une certaine méthode cachée derrière cette folie.

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Dan Harrington ? En matière de tournois, vous pouvez lui faire confiance...

Premièrement, comme Dan Harrington le dit dans ses livres, il est meilleur de prendre un risque pour garder votre M au-dessus de 20, que de prendre un risque pour y remonter.

Le timing est presque plus important que les mains que vous recevez.
Etant donné que vous n'avez aucun moyen de savoir si les mains qui vont vous être distribuées après celle en cours seront meilleures ou pires, les seules choses sur lesquelles vous pouvez compter sont le timing et les blinds.
Et dans cette optique, être le premier à agir dans le pot, est toujours meilleur que de suivre le premier à y être rentré.
Par exemple :

Si vous descendez à un M de 6, vous allez chercher une main pour partir à tapis. Vous recevez K Q. Mettons votre adversaire, avec un M de 5, sur A 6.

Si vous partez à tapis avant votre adversaire, il y a encore des chances pour qu'il se couche. Mais s'il agit avant que vous n'ouvriez le pot, il y a d'autres bonnes chances pour qu'il aille à tapis avec.
Suivre avec K-Q sera derrière de nombreuses mains avec lesquelles un joueur poussera son tapis, des mains que les mêmes joueurs jetteront si vous mettez votre argent avant eux.
Etre le premier en action, comme Harrington l'appelle, est toujours plus important que la main à ce stade d'un tournoi.

Si vous êtes en situation de le faire, essayez de choisir le bon moment et le bon joueur pour engager vos jetons. Il est meilleur de faire all-in face à un joueur qui vous couvre, plutôt que contre un joueur un peu juste.
Si vous perdez contre le short stack, cela vous laissera mourant, avec un M de 1 ou 2. C'est pour ainsi dire comme si vous étiez déjà cuit.

De ce fait, si les effets négatifs sont presque similaires, s'impliquer dans les situations qui maximisent vos profits ont plus de sens.
Gagner deux M de plus peut semble insignifiant, mais avec les blinds et antes qui augmentent, sans oublier les pots futurs, cela peut vous sauver la vie.
Et trois M d'extra se transformeront en six M la prochaine fois que vous gagnerez une confrontation à tapis.

Le Jeu à la Bulle

Première chose : si vous jouez pour gagner, la bulle n'a pas d'importance pour vous. Votre jeu devrait continuer à se baser sur les meilleurs moves possibles, pour tracer votre voie vers la table finale.

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Durrrr et une bonne stratégie : Rire à la face de la bulle.

Ceci étant dit, presque tous les joueurs sont affectés par la bulle. Si elle affecte la manière dont ils jouent leurs mains, cela affectera indirectement la façon dont vous devez jouer les vôtres.

Etant donné que la plupart des joueurs jouent pour rentrer dans l'argent, ils ne seront pas enclins à s'impliquer dans toute main ou situation qui risque de mettre leur vie dans le tournoi en jeu, dans les environs de la bulle.
Cela vous permettra de voler plus de blinds, et de forcer les gens à coucher plus de mains que d'ordinaire.

Observez attentivement vos adversaires pour voir qui ne veut plus jouer à l'approche de la bulle. Ciblez-les, et construisez votre stack.

Si un autre joueur joue au même jeu que vous, évitez-le à ce stade.
Si vous augmentez tous deux votre agressivité, vous pourriez vous retrouver dans un pot plus gros que ce que vous aviez prévu.
Plus important, s'il y a 7 joueurs à votre table, prêts à abandonner leurs blinds sans la moindre résistance, jouer des mains à grande variance contre d'autres agresseurs n'a aucun sens.

Une chose à se méfier : de nombreux joueurs très short stack, en mode "push of fold" (all-in ou me couche), seront prêts à envoyer leur tapis face à n'importe quelle relance s'ils ont une main décente.
Ils vont plutôt y aller en espérant un coin-flip, ou en tentant de contre-voler, plutôt que d'être mangé par les blinds. Les joueurs en mode "push of fold" devraient toujours être traités avec précaution.

Conclusion

Vous avez pu remarquer que nous n'avons rien dit à propos du jeu en table finale. Le problème à donner des conseils pour la table finale est que l'affaire est très dépendante de la situation.
Blinds, stacks, joueurs, timing, et de nombreux autres facteurs - comme le fait que le tournoi peut être télévisé ou non - , tout rentre en ligne de compte.
Il y a de trop nombreuses variables pour rendre valable tout conseil général.

L'objectif de ces articles était de vous aider à mieux comprendre comment façonner votre jeu dans l'optique de faire plus de tables finales. Alors rendez-vous dans le dernier carré ?