Pamsi, une Youtubeuse poker argentine à la conquête du monde

Pamsi

Nous avons rencontré la Youtubeuse poker la plus populaire du moment. Pamsi a accepté de parler avec PokerListings de tout et de rien, et bien sûr de sa chaîne.

Connaissez-vous l’une des figures les plus populaires du poker hispanophone actuellement ? Il s'agit de Pamela Balzano, plus connue sous le pseudo de Pamsi.

La Youtubeuse poker argentine publie chaque semaine des vidéos sur sa chaîne « Pamsi Time », où elle donne des conseils aux joueurs débutants grâce à des tutoriels.

PokerListings Espagne a pu parler avec elle pour en savoir plus.


En Amérique Latine comme en Espagne (et dans le reste du monde), il existe déjà beaucoup de programmes et de podcasts consacrés au poker. Alors comment as-tu eu l’idée de créer ta propre émission sur internet ?

En fait, j’ai été photographe pendant deux ans. Je me suis rendu compte que la majorité du contenu était assez uniforme : présentation des mains, etc. Ce qui m’a surtout interpellée, c’est que tout le contenu était centré sur les joueurs, comme s’il s’agissait d’une secte.

Si ma mère se retrouvait sur une page de poker, jamais elle ne comprendrait ce qu’il s’y raconte. Cela signifie que seules les personnes qui faisaient déjà partie du monde du poker pouvaient bénéficier de ces informations. J’ai voulu faire quelque chose de différent. Il n’y avait pas de Youtubeur poker. J’ai trouvé ça bizarre, puis je me suis dit : pourquoi pas être la première ?

Je voulais adopter une approche inclusive. Je voulais que les gens qui ne connaissent pas le poker puisse se familiariser avec, le comprendre de manière amusante sans forcément être un joueur professionnel.

Et puis au final, ce que veulent la plupart des salles de poker, c’est attirer de nouveaux joueurs...

Exactement ! C’est ça le paradoxe : ils veulent attirer de nouveaux joueurs, mais ils ne produisent du contenu que pour ceux qui sont déjà là. Ils s’enferment là-dedans.

À quoi ressemble le quotidien de Pamsi, tout ce qu’on ne voit pas dans les vidéos ?

Pamsi derriere la camera
La Youtubeuse Pamsi derrière la caméra.

On travaille à deux, moi et mon compagnon. Lui, il édite les vidéos. Moi, j’écris les scripts et je suis devant la caméra. Toute seule, ça serait beaucoup plus difficile.

Mais en fait, la grande majorité de mon travail, c’est d’écrire. Écrire, écrire et écrire encore. J’essaye de me fixer un horaire, de me lever vers 10 h. Je commence à faire des recherches ou je pose des questions à mon frère (joueur professionnel) ou à mes amis joueurs pros.

Je fais énormément de recherches, je regarde beaucoup de contenu sur YouTube. Avant de lancer la chaîne, nous avons analysé les chaînes existantes pour savoir ce qu’aiment les gens, quel format marche le mieux, etc.

Mon travail, c’est de faire des recherches sur YouTube, puisque c’est la plate-forme qu’on a choisie, puis d’écrire et de produire. Ensuite, évidemment, il faut qu’on achète les accessoires, comme les perruques, les trucs comme ça. On se partage le travail.

Quand « Pamsi Time » a explosé

Avec plusieurs mois de recul, est-ce que tu t’attendais à un tel accueil du public ?

D’un côté oui, parce que je pensais que ce que je faisais était original, donc je me disais qu’au moins ça attirerait l’attention. Mais je ne pensais pas que ça durerait.

La première vidéo a fait 18 000 vues, ce qui est déjà énorme dans le monde du poker parce que c’est un marché de niche. Ça m’a vraiment étonnée que ce succès dure et que les gens aient surtout des retours positifs, pleins de bonnes ondes.

En tant que joueuse, on a lu que tu étais plutôt amatrice que professionnelle, et tu nous a confié que ta vocation première est la photographie. Après plusieurs mois sur ta chaîne, est-ce que ça a changé ? Est-ce que tu as des projets à long terme ?

Le poker a toujours fait partie de ma vie. Mon frère joue depuis de longues années, et tout le monde me demande pourquoi je ne joue pas alors que j’ai du coaching gratuit.

Et parfois je me le demande aussi. (rires)
Je crois que je manque de motivation. Ça me demande beaucoup d’effort de prendre le temps d’étudier.

Mes projets pour l’instant, c’est déjà de continuer à faire des vidéos. Si je suis honnête, j’ai toujours aimé jouer au poker, donc je suppose que je le ferai, même si je ne sais pas quand.

Avec cette présence sur YouTube, est-ce qu’on pourrait retrouver Pamsi comme présentatrice de tournois, comme Maria Ho à la Battle of Malta ?

J’adorerais ça ! Pour l’instant, on commence à travailler avec 888poker, on fait des vidéos pour eux. Mais oui, j’adorerais. Ça m’amuserait énormément et je trouverais ça génial.

Grandir avec le poker

Pamsi duckface
Pamsi et son deuxième fidèle compagnon.

Parlons un peu de ta relation avec le poker. Qu’est-ce que c’est de grandir dans un milieu où le poker a toujours été omniprésent grâce à ton frère ?

C’était fun. Comme vous le savez, la vie de joueur de poker n’a rien de classique.  

C’était super bizarre quand il s’est lancé, c’était il y a une dizaine d’années. Et ça l’est toujours, comme je le disais dans la vidéo. Lui retrouvait ses amis pour jouer et moi j’étais là. Il me racontait tout, m’expliquait les mains, pourquoi il avait telle chose à tel moment.

J’ai toujours été fascinée par ses voyages. Pouvoir se qualifier à un tournoi et partir une semaine à Londres. Ça me paraissait fou et fantastique : Il suivait son rêve et ça, c’était quelque chose que j’admirais.

C’est ce qui m’a poussée à faire tout ça.

Est-ce que ça a été difficile d’accepter le poker comme une profession et un style de vie à part entière ?

C’est vrai que comme je l’ai dit, c’était fun. J’en ris aujourd’hui, mais à l’époque c’était plus compliqué que ça. Mon frère a commencé à jouer pendant sa dernière année de lycée. Il jouait aux échecs, mais tous ses amis sont passés au poker.

Ils ont basculé petit à petit vers le poker, par goût et parce que ça rapportait de l’argent. Pour faire carrière dans les échecs, soit il faut devenir prof, soit il faut être extrêmement bon pour en vivre. Mais les joueurs d’échecs ont une prédisposition pour le poker.

Donc il a commencé le poker. Vous imaginez bien qu’à cette époque, mes parents ont commencé à lui demander ce qu’il allait faire, en espérant qu’il aille à l’université.

Mais lui, il jouait au poker. Mes parents n’aimaient pas ça. Je me souviens même que ma mère avait coupé le câble internet. Elle avait du mal à accepter qu’il passe toute la nuit à jouer, elle voyait ça comme une perte de temps.
Au début, il s’énervait. Puis il a arrêté. Ma mère a trouvé ça bizarre. Elle avait raison : il avait acheté un autre câble.

Mais voilà, au bout d’un moment il se sont rendu compte qu’il avait du talent et qu’il faisait ça de manière professionnelle et responsable. Ce n’était pas de l’argent gâché. Quand ils ont vu qu’il commençait à réussir, ils n’ont plus rien dit.

Pamsi poker live
Pamsi en (tournoi de poker) live.

Il paraît que les joueurs de poker ont toujours été bons en mathématiques, est-ce que c’est ton cas ?

Non ! J’étais nulle, c’est la matière qui me réussissait le moins. Mais c’est vrai que les maths sont importantes au poker.

En tant que joueuse, est-ce que tu passes beaucoup de temps à étudier ou est-ce que tu préfères jouer (au casino ou en ligne) pour progresser ?

Mon frère essaye toujours de m’apprendre le multi-table ou les sit-and-go. J’ai joué quelques fois en live, mais c’est rare.

Honnêtement, je ne me suis jamais sentie professionnelle, mais c’est quelque chose qui fait définitivement partie de mes projets.

Quelles sont tes variantes préférées ?

Le Texas Hold’em, toujours. Si le poker chinois compte, alors oui, aussi. J’aime bien y jouer pour le plaisir, mais pas pour de l’argent.

Beaucoup de poker en Amérique du Sud...

On est obligés de parler de la situation du poker en Amérique du Sud, et plus précisément en Argentine. Que penses-tu de la situation globale des joueurs sud-américains ?

Je crois que le niveau s’est énormément élevé. Les joueurs sud-américains ont toujours eu du mal à arriver au niveau des joueurs européens et américains, sans vouloir être méchante. Déjà au niveau de la représentation.

Aux World Series of Poker par exemple, il n’y avait que 50 latinos. Très peu de joueurs peuvent se permettre ce luxe.

Mais je pense que le niveau a énormément progressé. « Negriin » (Ivan Luca NDLR) en est un très bon exemple, il joue en heads-up contre les meilleurs joueurs du monde.

Mais c’est forcément plus difficile en Amérique du Sud qu’ailleurs. C’est aussi une question économique, avec le taux de change et tout ça.

Des circuits comme l’Enjoy, le circuit argentin ou encore les Brasilian Series of Poker apportent beaucoup au poker d’Amérique du Sud. Est-ce que tu estimes ça suffisant pour continuer à attirer de nouveaux joueurs ?

Ivan Luca
Ivan "Negriin" Luca, jeune figure de proue du poker argentin.

Selon moi, plus il y a d’offres, mieux c’est. Et puis selon les pays, ça peut être plus difficile de créer de nouveaux circuits. Il me semble que le Brésil est vraiment en train de devenir un bastion du poker, il y a énormément de joueurs là-bas.

Les circuits sont excellents et accessibles aux autres joueurs sud-américains. Moi, je suis toujours favorable à l’expansion du poker.

Que penses-tu des changements apportés par PokerStars, avec la création des circuits Championship et Festival et la fin du Latin American Poker Tour ?

Je trouve ça intéressant. Le fait qu’une marque veuille innover ne peut être qu’une bonne chose. Peut-être que c’est effectivement le moment de changer. Et puis les World Series of Poker viennent par ici, s’étendent à d’autres circuits.

Il y a plus d’offres, et ça va continuer. Je trouve ça bien en théorie, on verra ce que ça donne en pratique.

...et en Argentine

Concentrons-nous sur les joueurs argentins. Iván Lucá est pour l’instant le meilleur joueur d’Amérique Latine au classement GPI, et le plus connu aussi, avec Richard Dubini, Leo Fernández, etc. Peux-tu nous parler du poker argentin ? Est-ce que de nouveaux joueurs émergent ?

Il y a de nouveaux joueurs, oui. Mais comme je le disais, le poker reste un marché de niche. C’est difficile de trouver de nouveaux joueurs, on retrouve toujours les mêmes joueurs.

Il y a quand même de nouvelles têtes, heureusement. En Argentine, je suis depuis longtemps le circuit argentin. Il marche bien et il y a de belles étapes à Buenos Aires ou Rosario qui attirent beaucoup de monde. Jusqu’à mille joueurs parfois.

Ça, ça aide. C’est important qu’il y ait des tournois en Argentine et qu’on les valorise. Ça serait bien qu’il y ait plus d’offres, notamment avec des buy-ins plus abordables. Mais honnêtement, je ne connais pas assez la situation législative pour savoir comment ça fonctionne.

Et enfin, on est obligé de te demander si tu as l’intention de venir en Europe participer à la Battle of Malta ou à d’autres tournois PokerListings ?  

J’ai prévu de venir en Europe, oui. J’adore l’Europe. J’ai très envie d’y retourner. Et puis le poker bouge beaucoup plus là-bas qu’ici. Mais je n’ai pas de projet spécifique pour l’instant.

Merci de nous avoir accordé du temps Pamsi !

Merci à vous. J’aime beaucoup interagir avec les gens, alors n’hésitez pas à me laisser un message sympa, une critique ou quoi que ce soit sur ma chaîne. N’hésitez pas à me poser toutes les questions que vous voulez.

Côté perso :

Une couleur : bleu-vert

Un rêve : être toujours heureuse.

Une ville en Argentine : Buenos Aires

Une ville ailleurs dans le monde : je n’y suis jamais allée, mais on m’a beaucoup parlé de Barcelone.

Un livre : j’ai toujours été une grande fan de Harry Potter. Ça commence à dater, mais je ne peux répondre que Harry Potter. Ça me rappelle mon enfance.

Un film ou une série : je ne sais jamais quoi répondre. Ah si ! La meilleure série que j’aie jamais vu : Black Mirror.

Un plat : une autre question compliquée parce que j’aime tout. Mais je dirais les sushis.

Une manie à la table de poker : aucune.

Ton joueur préféré : mon frère, évidemment. Pas parce qu’il est mon frère, mais parce que j’admire sa façon d’être et que je n’ai pas rencontré beaucoup de joueurs aussi humbles que lui.

Sinon, je choisirais Fedor Holz ou Ole Schemion, je les trouve géniaux.

Une main : les as, il n’y a pas d’autres options. Je ne crois pas ceux qui répondent autre chose. (rires)

Le poker, sport ou jeu de talent : difficile. Ça dépend comment on le voit. Je pense que ça peut être les deux. Mais je pencherais plus pour un sport.