De l'erreur de pleurnicher après des bad beats

Aujourd'hui, nous allons nous pencher sur les mécanismes psychologiques qui entrent en jeu lorsque vous râlez, pleurnichez ou rouspétez contre vos bad beats.

Le sujet des bad beats a été usé jusqu'à la corde sur les chats et autres forums de poker. Tout le monde est d'accord :

I. Les gens ne se montrent jamais aussi compatissants que vous pensez le mériter.

Mais aussi, et surtout :

II. Vous plaindre de vos mésaventures à la table de poker est fort susceptible de vous retomber dessus, et vous vous en prendrez plein la tête en retour.

Ma première remarque est évidente. Personne ne compatit parce que personne n'en a rien à faire. Cette histoire de jeu exceptionnel battu par un 2-outer est arrivée à tous les joueurs de poker du monde, donc il est normal qu'ils s'en foutent que cela vous soit arrivé à vous. Moi, ça m'a toujours embêté, ces joueurs qui n'arrêtent pas de raconter ce genre d'histoires et qui, comble de tout, n'écoutent même pas les miennes.

Du coup, j'ai instauré une règle. La première fois, j'écoute et je hoche la tête. Mais c'est leur seule opportunité. S'ils essayent de récidiver, je leur tends une carte que j'ai toujours avec moi. D'un côté, on peut y lire :

frederik lofgren 3781
Cela ressemble à la tête de quelqu'un qui va chercher du monde pour pleurer d'une histoire de bad beat.
 

"Votre histoire de bad beat m'a vraiment touché. C'est la première fois que j'entends une histoire aussi poignante. Veuillez agréer l'expression de ma compassion la plus sincère. Maintenant foutez-moi la paix et tirez-vous."

Et pour être sûr qu'ils aient bien compris, je la retourne pour qu'ils puissent lire :

"Désolé, vous m'avez manifestement pris pour quelqu'un qui en a quelque chose à faire. Voilà 50 centimes. Allez appeler quelqu'un qui ne s'en fout pas."

Voilà, c'est une manière comme une autre de rendre amusant quelque chose d'assez chiant. Mais c'est surtout sur ma deuxième remarque que je veux insister.

D'un point de vue psychologique, ces histoires de bad beat et les réactions qu'elles entraînent sont très intéressantes. Faisons quelques simulations en partant de situations "réelles".

Cas n°1 - Un bad beat arrive à une personne neutre = Une tornade a rasé sa maison et bousillé sa voiture. Ici, sa souffrance engendre la compassion, les gens s'identifient à sa peine.

Ses voisins, ses amis et des inconnus se rassemblent autour de lui pour le soutenir. S'il se plaint de l'injustice qu'il vient de subir, ils écouteront et compatiront. Personne ne doute de sa sincérité, personne ne lui souhaite d'autres malheurs.

Cas n°2 - Un bad beat arrive à un membre d'une minorité discriminée = L'ouragan Katrina ravage la Nouvelle-Orléans en 2005. Les populations défavorisées de la ville ont subi les plus gros ravages. D'abord, leur souffrance a suscité l'inquiétude et le soutien.

Mais ensuite, leurs plaintes à propos de l'injustice dont ils avaient été victimes ont souvent suscité des réactions méprisantes et teintées de préjugés. Ces réactions ont choqué beaucoup de monde.

Mais pas les spécialistes en psychologie. Cela fait longtemps que l'on sait que les individus ou groupes victimes de discriminations suscitent, lorsqu'ils souffrent, non pas la compassion et le soutien, mais d'autant plus d'acharnement. Lorsque nous n'apprécions pas la personne qui souffre, nous avons peu de scrupules à intensifier cette souffrance.

Récemment, les travaux de Roland Imhoff ont même montré que cela se produisait même lorsque l'on n'avait pas forcément de sentiments défavorables envers ceux qui souffrent.

Je pense que vous voyez où je veux en venir avec tout ça.

phil hellmuth 8588
Phil Hellmuth, le champion toutes catégories des pleurnicheurs ?
 

Les râleurs et autres pleurnicheurs finissent par être traités comme une minorité discriminée.

On se met brièvement à leur place, on peut même ressentir un peu de compassion, mais en fait on les voit comme des créatures faibles et pathétiques qui n'ont pas encore compris comment marche la vie - ou le poker. En gros, ils méritent ce qui leur arrive.

Donc même lorsque le mec que vous avez choisi comme victime de vos pleurnicheries a l'air de compatir, ce n'est probablement pas le cas. Il est même sûrement en train de vous mépriser de plus en plus et de se demander comment vous faire un mauvais coup quand il en aura l'occasion.

Donc, pour un joueur de poker, la leçon est simple. Plus de pleurnicheries. Les histoires de bad beat, c'est terminé. Parce que non seulement personne ne compatira, mais en plus votre réputation et votre image en souffriront et vos adversaires auront tendance à s'acharner sur vous.

Il y a un bon côté à tout ça ? Oui, mais il est un peu plus difficile à voir. Il est possible d'utiliser vos pleurnicheries comme une arme pour faire sortir les autres de leurs gonds, leur donner envie de s'en prendre à vous.

Or, au poker, vouloir "démolir" quelqu'un est une erreur fatale qui provoque le plus souvent de grosses bêtises et empêche de se concentrer sur les choses importantes.

Si cela vous intéresse et que vous voulez approfondir, vous pouvez lire les travaux de Imhoff ici.

 

Veuillez correctement remplir les champs requis !

Erreur !

Vous devez attendre 3 minutes avant de pouvoir poster un nouveau commentaire.

Commentaire ajouté. Merci !

Aucun commentaire