Poker : comment traquer la dépendance ?

addiction au poker

En France, depuis l’ouverture du marché des jeux en ligne en 2010, les professionnels de santé chargés des problèmes d’addiction ont fort à faire pour traiter les patients, mais surtout pour sensibiliser le public avant l’apparition des symptômes.

Même si sur les sites agréés par l’ARJEL (Autorité de Régulation des Jeux en Ligne) les avertissements sur les risques de dépendance au jeu sont désormais obligatoires, chez les joueurs en ligne accros le recours aux soins est très faible, et la plupart d’entre eux ne considère pas l’addiction comme une véritable maladie.

Grâce au Dr. Amandine Luquiens* et à son équipe du service d’addictologie de l'hôpital Paul-Brousse de Villejuif, un nouvel outil de traque de la dépendance au poker vient de voir le jour. Depuis fin 2013, en partenariat avec Winamax, les chercheurs ont été en contact avec plus de 170 000 volontaires. Ils ont ainsi sélectionné 14 261 personnes et ont analysé leurs données de jeu (rappelons que les sites agréés en France ont l’obligation légale de collecter des données des joueurs).

Puis grâce à l’analyse des données des comptes joueurs à l’aide d’un outil de dépistage, les scientifiques ont identifié « avec une sensibilité de 80 % » les personnes dont le comportement de jeu est problématique : dans ce cas, ils ont estimé que 18 % des personnes présentaient une addiction probable au poker.

Addiction et argent dépensé ne sont pas liés

Outre le profil qui a pu être dressé du joueur dépendant type (homme de moins de 28 ans, qui joue plus de 60 parties par mois et qui perd plus de 1,70 € par session), ce sont d’autres données qui retiennent l’attention des médecins. Cette étude montre en effet que l'addiction n'est pas corrélée à la somme dépensée. C’est surtout « l'envahissement temporel du jeu dans le quotidien qui illustre l'addiction, en particulier dans le domaine du poker. »

La nouveauté de cette étude est donc de permettre de repérer les joueurs de poker en difficulté.

Il faut maintenant réfléchir à ce qui peut être proposé concrètement à ces joueurs, par les acteurs de la santé mais aussi par les sites en ligne afin d’inciter ces joueurs à changer leur pratique de jeu et à lutter contre l’addiction.

Dans le même temps, les joueurs excessifs de poker se sont vu proposer un essai thérapeutique, que l’équipe du Dr. Luquiens promet de rendre public prochainement.

* Inserm U1178 / université Paris-Sud, « Santé mentale et santé publique »

Si vous pensez avoir des problèmes ou connaître quelqu'un qui a des problèmes d'accoutumance au jeu, consultez notre page sur le Jeu responsable et ses contacts utiles.

Source :
A. Luquiens et al. Tracking online poker problem gamblers with player account-based gambling data only. International Journal of Methods in Psychiatric Research, 19 mai 2016, DOI: 10.1002/mpr.1510

A lire aussi l'article sur le blog d'Amandine Luquiens