Pourquoi vous ne gagnerez jamais au poker : Préambule

joueur de poker qui se cache

Récit d'un joueur de poker qui a voulu devenir professionnel mais qui a échoué, en luttant aussi contre le démon de l'alcool. Aujourd'hui la première partie en guise d'introduction à cet article en deux volets : Une leçon qui coûte très cher.

Je garde les yeux fixés sur mes orteils.

« Tu comptes sortir ? » me demande ma femme alors qu’elle passe une serviette sur le miroir de la salle de bains, une brosse à cheveux à la main.

Je reste figé. J’ai le ventre noué. Cette sensation lorsque tu es sur le point de dire la vérité et que le diable te donne des coups de fourche entre les côtes.

J’ouvre la bouche plusieurs fois, mais rien ne sort. Je fais couler plus d’eau chaude dans le bain.

« J’ai quelque chose à te dire », je chuchote.

Ça sort d’un coup. Je ne peux plus faire marche arrière. J’ai l’impression de précipiter la fin de mon mariage et ma salle de bains risque de se transformer en scène de crime.

« J’ai quelque chose à te dire. »

Le ton sur lequel je le dis suffit à capter son entière attention. Elle s’assoit. Silence. Elle a l’air horrifiée. Je suis persuadé qu’elle s’attend à ce que je lui annonce que je l’ai trompée.

« J’ai perdu beaucoup d’argent aux jeux. Je ne sais pas quoi faire. »

L’immensité du vide

playground poker club
Le poker vient du vide.

J’ai arrêté de jouer en même temps que l’alcool. Ce n’est que lorsque tu arrêtes que tu comprends la place que cela prenait dans ta vie et que tu réalises l’immensité du vide.

C’est un moment difficile pour les alcooliques. Si ce vide n’est pas comblé, le cerveau te convainc que la vie est ennuyeuse et que l’alcool est la seule solution.

Moi, j’ai rempli le vide par le poker.

Je me rends compte que cela a l’air absurde. Un accro au jeu qui comble le vide de sa vie par le jeu lorsqu’il arrête de boire. Mais je n’ai jamais considéré le poker comme une forme de jeu d’argent.

Je l’ai toujours considéré comme un jeu de talent. J’ai parfois perdu le contrôle, toujours en cash game, mais cela n’avait rien à voir avec la roulette ou les paris sportifs.

Le poker a comblé un vide dans ma vie au bon moment. Je faisais des cash games en ligne, des tournois et des parties à la maison les mardis. Personne ne buvait grand-chose pendant les parties, ça m’a beaucoup aidé. C’était parfait.

Les principes du succès

Mais cela ne me suffisait plus. Tout à coup, j’étais comme possédé. J’en voulais toujours plus. C’est comme si l’alcool m’avait empêché de réfléchir pendant 20 ans.

Une fois mon cerveau sevré, les idées sont arrivées par millier. J’ai lu un livre appelé The Success Principles (les principes du succès), par Jack Canfield.

Deux portes
La porte s'est ouverte.

Ce livre m’a montré que je pouvais devenir qui je voulais. C’était un moment extrêmement fort. 

La tristesse de réaliser que j’avais gâché les vingt dernières années de ma vie m’a frappée comme un uppercut.

J’étais amer, en colère et en pleine haine de moi-même. Puis j’ai décidé de faire quelque chose pour changer ça. Dans le livre, il y avait un numéro à appeler pour du coaching individuel.

J’ai appelé. Ça m’a coûté cher. Ma dette s’élevait déjà à 30 000 £. J’avais à nouveau le ventre noué, comme dans la salle de bains. J’ai suivi mon instinct. Je me suis inscrit au cours et j’ai creusé ma dette.

Objectif 45 000 $

Ma coach s’appelait Michelle. Mon premier exercice était de découvrir quel était le but de ma vie. Je n’y arrivais pas. Pour m’aider, Michelle m’a proposé de faire une liste de tout ce qui m’apportait de la joie dans la vie.

Tas dargent au poker
L'argent était l'objectif.

La liste était courte. Poker. Football. Sexe. J’étais un échec. J’ai pleuré. Beaucoup.

« Pensez à votre métier », m’a suggéré Michelle. « Vous le détestez, mais il y a forcément des choses que vous aimez. »

Ma liste s’est allongée.

« Maintenant, il faut que vous déterminiez si vous pouvez gagner votre vie en faisant ces choses. »

J’ai décidé que je voulais aider les gens à arrêter de boire. J’ai aussi compris que mon boulot (dans les chemins de fer) me rendait triste.

La réalité me regardait dans les yeux. Je pouvais démissionner et me consacrer à quelque chose qui me tenait à cœur. 

C’était plus facile à dire qu’à faire : j’avais une femme et un enfant. Comment arriverais-je à leur apporter de quoi vivre ?

Et c’est à ce moment-là que j’ai eu l’idée de devenir joueur professionnel de poker et d’aider les gens à arrêter de boire dans mon temps libre. Avec Michelle, nous avons fixé un objectif : gagner 45 000 $ au poker en un an.

Si j’y arrivais, je saurais que je pourrais payer les factures.

Démission

Au début, tout s’est bien passé. J’ai eu le courage de démissionner. J’avais un an de salaire. J’avais un plan B si tout se passait mal.

Joueur de poker la tete cachee
Le retour sur terre est parfois rude.

Je me sentais plus léger. Le stress de mon boulot n’a jamais été aussi évident que lorsque j’ai démissionné. La liberté de me réveiller quand je le veux est une chance incroyable.

Et puis les choses se sont gâtées. Ma femme n’arrivait pas à s’y faire. Je passais 12 heures par jour à jouer au poker. Parfois, je perdais beaucoup d’argent.

Les hauts et (surtout) les bas lui faisaient peur. Dans une tentative désespérée de la rassurer, je lui ai proposé de lui donner la moitié de tout ce que je gagnais. Pas le meilleur moyen de gérer ma bankroll.

On a commencé à se disputer. À ne plus être aussi proches. Onze mois après m’être fixé cet objectif, j’ai arrêté. J’étais à nouveau un échec.

La révélation

Quelque chose de très étrange est arrivé ensuite. Dans le cadre de mon objectif de gagner 45 000 $ grâce au poker, j’avais envoyé des e-mails à cinq rédacteurs en chef de magazines de poker.

Je leur avais demandé s’ils voulaient que j’écrive un article sur mon changement de vie. L’un d’eux a dit oui. 

Journalistes poker aux WSOP
C'est écrire à propos de poker, mais c'est du travail.

Il y avait bien un problème : je ne savais pas écrire.

Le rédacteur en chef était John Wenzel de Poker Pro Europe, et c’est ainsi que la rubrique Valleys to Vegas est née. Plus je perdais d’argent à table, plus les John Wenzel du monde lisaient mes histoires et me proposaient du travail.

Vingt-quatre mois après ma première démission, c’est en écrivant que j’ai gagné 45 000 $.

Et j’ai réussi à garder ma liberté.

Mais pourquoi est-ce que je n’ai pas réussi à devenir joueur professionnel ? Que s’est-il passé ?

J’ai posé la question à des dizaines de joueurs professionnels qui, eux, ont réussi.

Retrouvez leurs réponses dans la seconde partie à venir dans un peu moins de deux semaines.