Qui sera le prochain grand ambassadeur du poker ?

Chris Moneymaker ambassadeur du poker
Qui pour succéder à Chris Moneymaker ?

Le poker a besoin d'être représenté. Mais qu'est-ce qu'un bon ambassadeur d'un sport et jeu comme le poker ? Quelles sont les qualités requises ? Qui ferait un bon ambassadeur et pourquoi certains grands joueurs n'en seraient pas un ?

Chris Moneymaker porte une casquette de baseball et des lunettes de soleil.

Sammy Farha porte une veste de costard noire, une chemise bleu clair ouverte sur son torse velu et un bracelet doré.

L’un a la tête de l’emploi, l’autre a l’air d’être arrivé ici par hasard sans se rendre compte qu’il était dans un casino.

Il y a 2,5 millions de dollars sur la table, en billets. Moneymaker a 5 690 000 jetons, Farha 2 700 000.

Moneymaker commence par regarder ses cartes : 5 4. Farha découvre pour sa part J T. Farha mise 100 000. Moneymaker suit.

Le flop arrive : J 5 4. Farha a la meilleure paire, mais Moneymaker camoufle astucieusement qu’il a les deux plus petites paires.

Il frappe doucement sur la table pour checker. Farha mise 175 000. Moneymaker ne le quitte pas du regard. Son cœur doit battre tellement fort. Il sort quelques jetons de son stack et commence à jouer avec.

« Je vais relancer », dit-il avant de monter la mise à 300 000 jetons.

« Ok, tapis. C’est parti », annonce Farha rapidement.

« Je suis », réplique Moneymaker, encore plus vite.

Sam Farha
Le poker aurait-il eu le même succès si Farha avait gagné ?

Farha a l’air défait. Moneymaker jette ses lunettes sur la table, retire sa casquette.

Farha a l’air d’avoir avalé sa cigarette. Il en sort une autre et la met en bouche, sans l’allumer.

Moneymaker triture sa casquette, finit par la remettre. Ses mains restent immobiles.

Turn : 8

Moneymaker fait des allers-retours incessants, jetant de temps en temps des regards vers la table pour vérifier que le croupier fait son boulot. Farha reste assis, silencieux, sa cigarette toujours en bouche.

River : 5

Moneymaker touche un brelan à la river et devient le champion du Main Event des World Series of Poker (WSOP) 2003. Dans la cabine commentateur, Lon McEachern s’enflamme : « Le joueur de 27 ans a surgi du poker en ligne de manière invraisemblable et impressionnante pour devenir le meilleur joueur du monde. »

Son co-commentateur, Norman Chad, renchérit : « On est au-delà du conte de fées. C’est incroyable. »

Une vie facile

Chris Moneymaker, qu’il le veuille ou non, est devenu le plus surprenant des ambassadeurs du poker.

Mais qu’est-ce qu’un ambassadeur ? Voilà ce qu’en dit le dictionnaire :

« Personne susceptible de représenter une certaine image ou qui est chargée d'une mission. »

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Moneymaker a montré au monde qu'un rêve pouvait devenir réalité.

Dans le cadre de cet article, c’est le poker qu’il s’agit de représenter. Et on peut penser que Moneymaker a fait un excellent travail.

Il a montré au monde que « n’importe qui » pouvait se qualifier pour le Main Event des WSOP à 10 000 $, en partant de rien sur une salle de poker en ligne, pour gagner 2,5 millions de dollars.

Si le loto est aussi populaire aux États-Unis, c’est parce que les gens aiment s'imaginer une vie facile. Ils veulent acheter un billet de loterie en quelques clics pour ensuite gagner énormément d’argent.
Moneymaker a prouvé que cela était possible. Et il a défait 838 autres joueurs pour le faire.

L’année suivante, le Main Event attirait plus de 2 500 joueurs. Puis 5 619, puis 8 773, avant que l’UIGEA ne viennent changer la face du poker en 2006.

Tout ça à cause de Moneymaker. Enfin peut-être.

L’erreur

Daniel Negreanu est sans conteste le plus grand ambassadeur du poker à l’heure actuelle. Il a remporté plus d’argent en tournois que n’importe qui d’autre.

Il a son propre documentaire sur Netflix. Il est la figure de proue de la plus grande salle de poker du monde. Et il a même fait une apparition dans un X-Men médiocre.

Negreanu exit
Si proche...

Il y a deux ans, Negreanu a terminé 11è du Main Event des WSOP. C’était le grand moment de la saison.

Étant moi-même habitué à être un outsider, je voulais à tout pris le voir à la table finale, pour qu’il se fasse battre par un propriétaire de salon de manucure qui disputait son premier tournoi de poker.

Si, si. Vraiment. J’aime les histoires. Mais plus je pense au moment où Joe McKeehen a éliminé Negreanu, plus je me dis que je me plantais complètement.

Negreanu est un énorme joueur et son influence sur le poker est incontestable. La seule chose qui pourrait lui donner encore plus de portée, c’est de devenir champion du monde.

Et plus je creuse cette notion d’ambassadeur, plus je me dis qu’il faut réunir trois critères essentiels :

1. Quelqu’un de charismatique et qui inspire la confiance

2. PokerStars

3. Main Event des WSOP

Daniel Negreanu remplit quasiment les trois critères. Comme Chris Moneymaker.

Besoin de la classe ouvrière

Impossible de promouvoir le poker avec le charisme d’une pierre. Impossible de promouvoir le poker sans savoir comment le faire.

2016 WSOP Phil Galfond
Trop fort pour être un bon ambassadeur ?

J’écoutais récemment l’interview de Phil Galfond sur le podcast de Joe Ingram. Je suis un grand fan de Galfond. Il y a quelques années, Negreanu le désignait comme celui qui avait tout pour devenir le prochain ambassadeur du poker.

Je ne suis pas d’accord. Il est l’un des meilleurs joueurs de sa génération, voire de tous les temps, et il aura à coup sûr sa place au Hall of Fame.

Mais pendant son interview avec Ingram, Galfond expliquait que le réseautage n’était pas son truc. Il préfère rester légèrement dans l’ombre. Là où il se sent à l’aise. Là où il se sent en sécurité. Il y a des choses plus importantes que le poker dans sa vie.

Il a du charisme. Il est digne de confiance. Le monde du poker le vénère. Il écrit extrêmement bien et sa vision du poker est philosophique et honnête.

Et il est un excellent enseignant. Son site RunItOnce fait beaucoup parler dans le monde du poker. Il pourrait lui permettre d’avoir un impact durable sur la communauté.

Mais Moneymaker parlait aux masses. RunItOnce parle à l’élite.

Comme PokerStars et d’autres l’ont montré, avoir une communauté poker vivante est un impératif, c’est ça la masse.

Jason Somerville Streame
L'homme du peuple.

Galfond est un aristocrate. Il nous faut quelqu’un qui touche la populace.

Quelqu’un qui peut toucher tout le monde

Quelqu’un comme Jason Somerville. Somerville a gagné en notoriété en développant sa propre armée de Sauvageons. 

Galfond parle aux meilleurs joueurs du monde. Somerville parle au reste.

Les deux ont du charisme et sont dignes de confiance. Les deux sont d’excellents joueurs.

Mais Somerville est un showman, un homme de spectacle, un homme des masses. Galfond est beaucoup trop calme pour cela.

Si Galfond peut toucher les gens avec un e-mail bien ficelé envoyé via RunItOnce ou avec un billet de blog sur son site, Somerville peut passer à la télévision nationale pour se battre pour le poker.

Comment Somerville a-t-il eu accès à une telle plate-forme ?

PokerStars : le trône de fer

Je ne crois pas que le rôle d’ambassadeur du poker se résume à attirer de nouveaux joueurs loisir. Chris Moneymaker a réussi à faire cela.

Pour moi, un ambassadeur du poker doit être capable de reprendre le rôle et les responsabilités de Moneymaker, tout en mettant en avant le poker comme une discipline honnête. Et comme une discipline légale et régulée dans les pays où ce n’est pas encore le cas.

Trone de fer

Mais ce n’est pas si simple. Si vous êtes fan de la série Game of Thrones, vous savez que tout le monde s’entretue pour accéder au trône de fer. Une position qui leur permettrait de régner sur les sept royaumes.

Dans le poker, ce trône de fer c’est PokerStars.

Je pense qu’il est impossible de véritablement devenir un ambassadeur du poker sans être soutenu par la plus grande salle de poker au monde.

Le problème, c’est que PokerStars n’inspire pas forcément confiance. C’est un véritable dilemme qui, selon moi, ne sera résolu que lorsque l’entreprise redeviendra privée, ou si un grand réformateur prend la direction d’Amaya et se rend compte que ce qui compte ce sont les joueurs et pas les bénéfices.

Phil Galfond n’a pas besoin de PokerStars, mais sans leur soutien il ne pourra jamais toucher ceux qui ont véritablement besoin d’un ambassadeur du poker. Personne ne le pourra.

C’est pour ça qu’il est vraiment dommage que PokerStars ait terni son image au nom du profit. Parce que PokerStars fait tellement de choses bien.

Ils ont le meilleur logiciel. Ils ont l’argent. Ils sont présents dans le monde de la philanthropie. Ils ont un grand réseau de sportifs connus mondialement. Ils gèrent les tournois les plus profitables du monde.

L’outil le plus puissant

PokerStars a largement les moyens de promouvoir un ambassadeur comme Jason Somerville. Mais il leur manque l’outil le plus puissant pour le faire.

Table finale de poker aux WSOP
Le meilleur de tous les outils.

Le Main Event des WSOP. Notre championnat du monde. Celui qui remporte ce tournoi a, au moins pendant un an, la possibilité de toucher des millions de gens via les médias grand public.

C’est précisément pour cela qu’une victoire de Daniel Negreanu il y a deux ans aurait été parfaite.

Il est charismatique, digne de confiance, soutenu par PokerStars, veut promouvoir le poker comme une discipline sportive, s’implique dans la légalisation du poker dans le monde... Et il aurait pu être champion du monde.

Les WSOP ne sponsorisent pas de joueurs, elles les adoubent. Mais en leur donnant une épée en bois et pas de cheval. C’est ça qui empêche le poker de véritablement exploser.

Récemment, PokerStars a annoncé d’importants changements dans l’organisation de ses événements live. En dehors des WSOP, l’European Poker Tour (EPT) est (était) le circuit le plus recherché du poker.

Il n’y a qu’à voir les chiffres. L’EPT est une énorme machine, les gens l’adorent, et il n’est pas du tout étonnant que PokerStars ait annoncé que des changements étaient en préparation.

C’est comme ça que le PokerStars Championship est né. Les WSOP ont intérêt à faire attention.

Vers un nouveau boom ?

Je suis persuadé que ces PokerStars Championships peuvent dépasser les WSOP dans les dix prochaines années. Les WSOP sont merveilleux, mais il y a toujours un côté pressé et low cost.

À l’inverse, l’EPT a toujours été très bien ficelé. PokerStars a toujours injecté les fonds suffisants pour garantir son succès.

Si j’ai raison, et qu’un jour le Main Event du PokerStars Championships à 10 000 $ remplace le Main Event des WSOP, le gagnant aura alors toutes les cartes en main pour devenir un grand ambassadeur du poker.

Jamie Gold victorieux
Qui sera le suivant ?

Le charisme et la confiance peuvent s’apprendre. La plate-forme que représente PokerStars et la couverture médiatique qu’offre un titre de « champion du monde », par contre, sont inaccessibles autrement.

Et c’est peut-être pour cela que PokerStars n’a pas sponsorisé de Main Event des WSOP depuis longtemps. Je pense qu’ils n’ont tout simplement pas encore vu de joueur assez charismatique et digne de confiance pour faire passer un palier au poker.

Ce n’est pas un conte de fées. Ce n’est pas impossible. Des tonnes de jeunes joueurs peuvent surgir et devenir le roi du poker.

Et lorsque ce sera le cas, il ou elle pourra utiliser sa position pour promouvoir le poker dans le monde entier. Il faudra juste le parfait mélange de charisme, de confiance, de PokerStars et d’un titre de champion du monde.