Situations à Problèmes : La Deuxième Paire, part2

Mike McDonald
Et maintenant, je fais quoi ?

Dans la première partie de cet article, nous nous sommes penchés sur les statistiques qui influencent vos chances de gagner pré et post-flop avec une deuxième paire.

Si vous avez manqué la première partie, retrouvez-la ici.

A présent nous pouvons appliquer ces statistiques pour nous aider à agir et réagir de façon appropriée lorsque l'on a une deuxième paire au flop.

Avant de vous lancer dans ce qui suit, vous devez être familier avec le concept de pot control consistant à réserver les gros pots aux grosses mains. Pour vous y replonger, rien de tel que de relire rapidement cet article :


Dissection approfondie des statistiques

Dans l'article précédent, voilà le scenario que nous avions choisi :

Flop: K T 5

Votre main: T A

...et nous avions calculé qu'il y avait 77% de chances qu'un autre joueur ait un Roi en main pré-flop. Si tous les joueurs jouent chacune de leurs mains jusqu'au flop, vous n'avez que 23% de chances d'avoir la meilleure paire.

Les chances que vous ayez la meilleure main diminuent d'autant plus si l'on prend en compte les scénarios qui incluent les brelans ou deux paires.

Ivan Demidov
Attention - Les maths peuvent donner un sérieux mal de crâne

La première chose à intégrer, est que le fait qu'il y ait 77% de chances qu'un autre joueur ait également un Roi ne veut pas dire que vous avez 23% de chances de remporter le pot. Nous avons démontré dans l'article précédent que votre équité dans le pot est seulement de 17%.

"Quelle est la probabilité qu'un autre joueur ait un Roi en main au moment du flop ?"

C'est en effet la vraie question à se poser. Nous savons qu'il y a 77% de chances qu'un Roi ait été distribué à un autre joueur pré-flop, mais quelle est la probabilité qu'un joueur ait suivi pour amener son Roi jusqu'au flop ?

Bien que tous les joueurs soient différents, et que l'éventail d'ouverture d'un joueur puisse varier en fonction de nombreux facteurs, nous pouvons tout de même établir un classement général de toutes les mains comportant un Roi, classées selon si oui ou non elles auraient été jouées pré-flop.

Couchées Peut-être jouées Forcément jouées
K-2 dépareillés à K-9 dépareillés (96) K-2 assortis à K-9 assortis (32), K-T dépareillés (12) K-T assortis (4), K-J - K-A dans tous les cas (64)

Nombre entre parenthèses = le nombre total de permutations dans cet éventail.

Total de mains couchées : 96

Total de mains potentiellement jouées : 44

Total de mains forcément jouées : 68

Il s'agit d'un tableau très basique qui n'est donc pas assez précis pour prendre en compte les comportements spécifiques d'un joueur vis-à-vis de ces mains, mais il permet plutôt une généralisation de la façon dont sont globalement considérées les mains, que ce soit par les professionnels ou par les "fish".

Nous n'avons heureusement pas besoin de statistiques plus précises pour l'exemple qui nous intéresse ; de l'à-peu-près suffira largement. Pour simplifier les choses, nous séparerons la catégorie des mains potentiellement jouées en deux, en considérant que la moitié d'entre elles auraient été jouées, et les autres couchées.

Nombre total de mains avec un Roi : 208

Nombre total de mains jouées : 90

90/208 = 43%

Phil Ivey
Les meilleures maths sont celles de compter le pot que vous venez juste de gagner

S'il y a 77% de chances qu'un Roi ait été distribué et 43% de chances que celui-ci ait été amené jusqu'au flop, il y a ainsi environ 33% de chances qu'un joueur ait un Roi en mains au moment du flop.

Cela signifie donc que, à part les éventuelles doubles paires ou les brelans, vous avez presque 67% du temps la meilleure main au flop. Evidemment, cette statistique varie considérablement en fonction du type de joueur et de jeu (s'il s'agit d'une partie large vos chances s'amenuisent, et vice-versa), mais cela reste une solide base de départ.

Les joueurs de poker professionnels sont bien conscients de la valeur d'une deuxième paire sur un "dry board" (tableau sans tirage). C'est pourquoi on peut en général les voir à la télé ne pas hésiter à parier ou à suivre de grosses mises avec de telles mains.

Si vous savez que le joueur en face de vous est très serré (c'est-à-dire qu'il ne jouera qu'un minimum de mains contenant un Roi jusqu'au flop), vous pouvez être presque sûr d'avoir la meilleure main au flop 67% du temps.

Réflexions sur le jeu

Bien que vous ayez la plupart du temps la meilleure main, gardez en tête que parmi les mains que votre concurrent peut avoir, il n'y en a aucune sur laquelle il serait prêt à miser ou suivre et que vous pourriez battre. Une deuxième paire ne devrait pratiquement toujours être jouée que pour rapidement gagner un petit pot.

Un joueur qui serait prêt à investir dans un gros pot contre vous devrait avoir une meilleure main, ou un tirage très favorable. Avec un tableau aussi peu ouvert aux tirages comme celui de notre exemple, il semble complètement insensé qu'il soit favorable à quelqu'un en ce sens, ce qui veut dire qu'un joueur prêt à vous tenir tête a soit une meilleure main, soit est en bluff.

Même si les joueurs bluffent, le phénomène est bien moins fréquent que semblent le penser beaucoup de joueurs débutants, particulièrement dans les parties à bas enjeux.

A moins d'avoir une bonne lecture sur un joueur et de savoir qu'il est capable de bluffer et susceptible de le faire contre vous, vous devez être prêt à coucher votre deuxième paire au moindre signe significatif de force adverse.

Sur un dry board (dénué de tirages), vous aurez généralement la meilleure main avec une deuxième paire et un bon kicker. Vous pouvez avoir confiance en ce genre de mains pour remporter de petits pots. Cependant, si vous êtes suivi après que vous ayez misé sur le flop, le plus sage sera souvent d'abandonner - à moins que le turn vous sourie.