WSOP 2009 - Phil Ivey, l'interview

phil ivey

Lorsque les cartes claqueront pour la première fois sur le tapis lors de la finale du Main Event des WSOP à partir de samedi sur le coup de midi heure locale (21 heures en France), tous les regards se porteront sur un homme : Phil Ivey.



Commençons par le commencement. Comment en es-tu arrive au poker ?

J'ai simplement toujours aimé jouer aux cartes. Mon grand-père m'a appris comment jouer au poker. Nous avions pour habitude de jouer quelques pennies. Et j'aimais saisir toutes les opportunités que j'avais de jouer, comme aller chez des amis et voir s'il y avait moyen de faire une partie.

Quand as-tu commencé à jouer pour de l'argent ?

Dès le lycée, et tout le temps. Mais ce n'est qu'à partir de 20-21 ans que j'ai décidé de prendre les choses vraiment au sérieux.

Mais tu jouais dans les casinos avant d'avoir 21 ans (la majorité aux Etats-Unis NDLR), n'est-ce pas ?

Je jouais dans les casinos avant ça, mais je n'essayais pas vraiment d'en vivre. J'aimais juste jouer. C'était juste un hobby. Je voyais simplement le poker comme un jeu fascinant.
Mais quand j'ai commencé à gagner de l'argent et à observer les autres joueurs, je me suis dit « attends une seconde, je peux battre ces types ». J'ai mis tout ce que j'avais avant de voir où ça allait me mener.

Faisais-tu du sport au lycée ? Tu étais bon ?

Phil Ivey
"Gagner serait un rêve qui deviendrait réalité."

J'étais très bon. Et cela explique pas mal de choses. Vous devez apprendre à haïr la défaite. Je n'aime pas perdre, mais le poker vous rend plus humble parce que vous réalisez qu'aussi bon que vous puissiez être, vous aurez des jours, des semaines, ou même des mois sans. Je n'ai pas encore connu d'année perdante, Dieu merci.

Ce qui est sûr c'est que pour devenir un meilleur gagnant, il faut apprendre à perdre. C'est pourquoi je pense que le poker est un jeu si merveilleux. Au poker, en une heure vous allez perdre plus de mains que vous allez en gagner la plupart du temps.
Ce jeu permet également d'en apprendre beaucoup sur soi-même.

Es-tu conscient du nombre de joueurs qui te craignent ?

J'entends ça tout le temps, mais vous savez, lorsque je m'assois et que je joue contre quelqu'un, ce n'est pas comme s'il me disait « hé Phil, j'ai peur de toi ». Il faut juste arriver à s'en rendre compte et imaginer comment ils va jouer contre vous.

Mais te créer une image à la table n'est-il pas important pour toi ?

Le truc c'est que les gens essaient de se créer une image à la table, mais cela ne leur rend pas vraiment service car vous ne pouvez pas vraiment le faire. Cela doit reposer sur vos résultats et sur ce que vous faites. Les gens essaient, certains veulent parler, veulent faire ceci ou cela...
Après je pense que les gens connaissent plus ou moins mon image.

Mais tu ne passes pas vraiment de temps à parler de ta stratégie, ou à faire des vidéos d'entraînement comme d'autres joueurs. C'est un choix conscient pour laisser les gens dans l'expectative ?

Phil Ivey
"Pour devenir un meilleur gagnant, vous devez apprendre à faire avec les défaites."

Ca ne me dérange pas de parler stratégie au poker. Je ne sais pas combien d'argent se font les joueurs qui font ce genre de choses, mais cela prend beaucoup de temps. Pour être honnête, Daniel Negreanu, Mike Matusow et beaucoup de ceux qui font ces vidéos ou cours ne jouent pas autant au poker que moi.

Je joue tout le temps, et je pense que c'est ce qui me donne l'avantage, et qui me garde affuté.
Faire autre chose, je vois ça comme si Michael Jordan avait pris du recul au milieu de sa 6ème saison et s'était soudainement mis à faire des séminaires sur comment jouer au basket.

Ca ne me correspond pas. Mais je n'ai rien contre eux. Vous savez Daniel est un très bon ami à moi, et je suis content que ça marche pour lui. Peut-être arrivera un jour où je ferai pareil si je pense que je peux aider certaines personnes, mais pas pour le moment.

Donc ce n'est pas pour garder le secret sur son style de jeu ?

Le truc c'est que je n'ai pas vraiment de style de jeu. Les gens pensent que je joue d'une certaine façon, mais la seule chose que je fais est de m'adapter à ce que mon adversaire fait. Si mon adversaire fait une chose, j'essaie de faire les bons ajustements. C'est ce qui fait qui je suis à une table de poker. Je suis capable de vous regarder et de d'imaginer ce que vous pensez, ce que vous essayez de faire, et de produire ces ajustements.

Tu n'accordes pas beaucoup d'interviews non plus...

Darvin Moon
"Je suis préoccupé par tous mes adversaires, mais si Phil Ivey est à ma gauche, à peine il me regarde et je me couche."

La raison, encore une fois, c'est parce que je joue au poker. J'ai choisi de jouer au poker pour en vivre parce que je peux faire ce que je veux. Je joue quand j'en ai envie. Si je décide d'aller jouer au golf, je vais jouer au golf. Si je veux partir en vacances, je pars en vacances.

Alors si j'avais le choix entre faire une interview avec quelqu'un ou aller jouer au golf, avec des amis et où je pourrais me relaxer, ou même aller voir un film, qu'est-ce que je choisirais à votre avis ? C'est juste ma façon d'être.

Ce n'est pas comme si j'étais contre les interviews. Ce n'est pas le cas, c'est juste que je ne m'en préoccupe pas. Ca ne me dérange pas de m'assoir avec vous et de parler de poker ou d'autres choses. Mais il y a des choses que je préfère faire plutôt que de parler poker quand je joue déjà 15 ou 16 heures par jour.

Ceux qui font autant d'interviews qu'ils peuvent le font parce qu'ils ne jouent pas autant au poker que moi. Ils jouent des tournois et ont ainsi du temps libre. Quand vous êtes éliminé d'un tournoi vous pouvez ensuite terminer votre journée en allant faire ce qui vous plaît. Moi quand je suis éliminé d'un tournoi, je cours au Bellagio pour jouer au poker. Ou je vais sur Internet là aussi pour jouer. Mais je peux aussi aller sur le parcours de golf, ou même jouer au blackjack, ...

Ne penses-tu pas que tu as la responsabilité d'un rôle d'ambassadeur du jeu ? Le poker t'a tellement donné.

Oui le jeu m'a beaucoup donné, mais je crois que je lui en ai déjà rendu beaucoup. J'ai aidé beaucoup de joueurs de poker, que vous le sachiez ou non, de nombreuseds manières différentes. Je ne fais pas les choses publiquement, mais si vous demandez au gens à propos de ma générosité, je suis sûr qu'ils vous diront.

Jusqu'ici dire que j'ai été un ambassadeur du poker je ne sais pas. Peut-être que si je gagne le Main Event j'y serai contraint, mais je ne m'en fais pas.

En vieillissant je commence à comprendre l'importance de ma place laissée dans l'histoire du poker Mais à la fin de la journée, il faut aussi être heureux pour soi. Je fais ces interviews et ce qu'il faut pour aider à promouvoir le poker en tant que sport, aucun problème, mais je ne vais pas non plus passer ma vie à faire ça. J'essaie de garder un équilibre, je pense que c'est important.

Tu as fait 6 tables finales de WPT avant de finir par décrocher le titre au LA Poker Classic. A quel point voulais-tu cette victoire ?

Phil Ivey
"Je joue tout le temps au poker et c'est je pense ce qui me donne l'avantage."

Je voulais vraiment remporter ce titre WPT parce que c'était l'une des choses que je n'avais jamais accomplies au poker. Et je veux tout réussir avant de me retirer. Je ne sais pas quand d'ailleurs, probablement jamais.

J'ai fait six tables finales avant de gagner celle-là, c'était assez improbable. J'ai eu de plutôt bons résultats du côté des World Series of Poker. Alors en faire six cii et ne pas en avoir gagné une m'ennuyait vraiment. J'ai donc été heureux d'en finir avec cette stat.

Cette fois tu es en table finale du Main Event des WSOP, c'est le moment dont tu as rêvé toute ta vie ?

C'est quelque chose dont j'ai définitivement rêvé. Ce serait un rêve devenant réalité que de le remporter. Parvenir en table finale c'est super, mais maintenant je veux vraiment vraiment gagner.

C'est important pour moi. Je me souviens que la première fois que j'ai regardé du poker à la télé, j'ai vu Scotty Nguyen remporter le Main Event. C'était la toute première fois que je voyais ça et j'ai pensé que devait être coolde gagner ce tournoi. J'ai maintenant cette chance.

Tu as un plan, comme Scotty en avait un ?

Je ne suis pas vraiment du genre à avoir un plan. Gagner, enfin j'espère, faire mes interviews, et puis prendre la porte de derrière et partir en vacances.


- D'après l'interview réalisée par Martin Derbyshire


Retrouvez notre Dossier Spécial PokerListings sur la finale du Main Event des WSOP 2009 :


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