Boom du poker au Brésil : « Il y a 10 ans personne ne connaissait les règles »

Akkari et Ramos PCA

Pour certains le futur du poker se trouve en Asie. En réalité le nouveau point chaud est le Brésil, où il est en train de connaître un véritable boom. Au point de devenir aussi populaire que le football ?

La belle performance réalisée par Bruno Politano aux WSOP (finaliste du Main Event 2014), et le bracelet remporté par un autre Brésilien cette année, Thiago Nishijima, n'auront été récemment que quelques-unes des histoires qui alimentent la fièvre du poker dans ce pays de 200 millions de personnes. Et cet énorme potentiel est encore bien loin d'avoir tout livré.

Respectivement professionnel et "nouvel ami" de PokerStars, André Akkari et Felipe "Mojave" Ramos ont pour leur part été témoin de ce boom depuis ses débuts. Un boom auquel ils ont d'ailleurs eux-mêmes pris part.

Les Brazilian Series of Poker ont commencé comme une partie entre amis qu'ils organisaient. Comme le poker était virtuellement inconnu, ils recherchaient des joueurs sur un réseau social qui existait bien avant Facebook.

A l'occasion du PCA 2016, les deux hommes se sont assis face aux journalistes pour répondre aux questions des médias, notamment à propos cette explosion en popularité.

"Les BSOP ont maintenant plus de 20 000 joueurs", s'enthousiasme Akkari, "et c'est en train de devenir le deuxième plus gros évènement poker du monde.

Andre Akkari, joueur de poker brésilien, pro PokerStars.
André Akkari

Les gens avaient pour habitude de venir au Brésil pour les vacances, et maintenant le pays est devenu une destination poker tout comme Las Vegas ou Monaco.

Je suis fier de ce que nous avons accompli au Brésil. Il y a 10 ans, personne ne connaissait même les règles du poker."

Ramos ajoute : "André et moi sommes tous deux des grands fans de foot, mais aujourd'hui je connais plus de joueurs de poker que de joueurs de football."

Pas un seul casino légal

Bien que le futur du poker au Brésil soit prometteur, certains problèmes sont quand même présents.

A commencer par le fait qu'il n'existe aucun casino légal dans tout le pays. 35 possèdent malgré tout un statut juridique concluant.

Un projet de loi pour légaliser le poker est actuellement étudié au parlement, mais l'issue est encore incertaine.

Felipe Ramos
Felipe Ramos

Bien que le poker ait une histoire vieille de 200 ans en Amérique du Nord et en Europe, il s'agit toujours d'une discipline nouvelle au Brésil. Ce qui de manière étonnante aide à son développement.

Akkari commente : "Comme le poker est encore nouveau, il n'a pas cette image de jeu de cartes d'arrière-salle où on trouve des criminels, buveurs et fumeurs de cigares.

L'âge légal pour jouer est de 18 ans, mais c'est même devenu une activité au lycée. Même des gamins de 10 ans peuvent prendre des leçons de poker. Bien sûr il n'y a pas d'argent en jeu.

Et le jeu est aussi populaire auprès des femmes et des seniors. Les femmes voient leur homme jouer et commencent à s'y mettre aussi. Quant aux seniors ils ont trouvé là une activité et de l'action sans besoin d'être en forme physique."

Des livres de poker en Portugais pour percer

Akkari et Ramos voient des raisons différentes mais complémentaires concernant ce qui a déclenché le boom du poker au Brésil.

Ramos : "Quand j'ai commencé à jouer, je suis allé sur Amazon et j'ai commandé tous les livres de poker que j'ai pu trouver. Mais bien sûr tout était en anglais.

J'ai appris à jouer parce que j'ai eu la chance d'apprendre l'anglais, mais ce n'est pas le cas de tout le monde au Brésil.

Ce qui a permis au poker de percer c'est que cette littérature poker a été traduite en portugais, ce qui lui a permis d'être accessible à tous."

Supporters bresiliens au poker
Il est facile de remarquer lorsqu'il y a un joueur brésilien en table finale.

"Le seul gros truc c'était le football", précise Akkari. "Le poker a offert une chance. Il s'agissait de quelque chose à laquelle tout le monde pouvait jouer et où tout le monde pouvait être bon. Du coup ça a explosé."

Tous deux attendent maintenant de voir plus de Brésiliens jouer au poker à la télévision, ne serait-ce que pour montrer toute leur personnalité.

Akkari : "Ca ne fait rien si un Brésilien se prend un bad beat ou en inflige un. Il y aura toujours le même niveau de cris et de décibels autant à la table qu'autour d'elle.

Une chose est sûre : une table finale avec un Brésilien ici au PCA ressemblerait à quelque chose de très différent d'une table finale sans !"

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André Akkari : « Les Jeux Olympiques sont une lueur d'espoir »

(23/08/16 - par Dirk Oetzmann)

Andre Akkari EPT Barcelone

Qui de mieux qu'un joueur brésilien pour revenir avec nous sur les Jeux Olympiques 2016 qui viennent de s'achever à Rio, avec son lot de polémiques ? Rencontré lors de l'EPT qui se tient actuellement à Barcelone, André Akkari nous parle également de la situation actuelle au Brésil.

Le Brésil est l'un des marchés qui grandit le plus à travers le monde. Et une chose est sûre : André Akkari ne se lasse jamais de promouvoir le poker et son pays.

Akkari est devenu si populaire au Brésil que des gens le reconnaissent aujourd'hui dans la rue. Le comité olympique lui a même demandé de porter la flamme olympique dans les rues de Taubaté, non loin de sa ville natale de Sao Paulo.

A présent à Barcelone pour disputer la première manche de la saison de l'European Poker Tour, il nous donne d'abord son sentiment sur l'organisation des Jeux Olympiques de Rio par son pays.
Et pour lui, en dépit des controverses, cet évènement aura rappelé à sa terre natale quelque chose qu'elle avait presque perdue.

André Akkari : Ils m'ont invité à prendre la torche après avoir organisé un sondage avec différents noms de joueurs de sports d'esprit. J'ai récolté 90% des voix.

Ca a été une superbe expérience. Les gens criaient mon nom sur le bord de la route, c'était absolument incroyable.

Andre Akkari porte la flamme olympique
Plus qu'un joueur de poker, désormais un véritable porte-drapeau pour son pays.

J'ai porté la flamme sur quelques 200 mètres, donc ça ne représente que quelques minutes. J'ai pris mon temps pour avoir un peu plus de temps.

Si l'on regarde en arrière sur ces deux semaines de compétitions et les controverses qui sont nées autour, penses-tu que ces Jeux ont été un succès ?

Je pense qu'ils ont été géniaux. Mais il y a toujours deux faces à la médaille au Brésil.
La première face c'est la politique, la corruption, l'économie. On semble toujours très bons pour prendre les mauvaises décisions dans tous ces domaines.

L'autre face de la médaille ce sont les gens. La manière dont nous avons pris soin des athlètes, à la fois les nôtres et les autres, dont nous avons fait la fête... Même l'organisation des épreuves était bonne, et les volontaires qui sont venus du quatre coins du monde notamment ont été fantastiques. Ils ne gagnent pas d'argent mais ils sont tellement concernés, je n'avais jamais vu quelque chose de semblable auparavant.

C'est important pour moi de séparer ces deux faces de la médaille - l'argent et les politiques d'un côté, la population de l'autre.

Lorsque le Brésil a gagné le droit d'organiser ces Jeux en 2009, les choses s'annonçaient bien. Le président Lula déclarait que cela allait permettre au Brésil de passer "du rang de pays de deuxième classe à un pays de première classe". Mais quand les épreuves ont débuté, le pays était englué dans toutes sortes de problèmes, dont une campagne de mise en accusation de la présidente Dilma, ou la démonstration de la police à l'aéroport avec une pancarte disant "Bienvenue en enfer."

C'est pas loin d'être la pire chose que j'ai pu voir (il secoue la tête). "Bienvenue en enfer"...

André Akkari
"Ces Jeux Olympiques ont été un succès."

Mais toutes ces mauvaises choses qui sont arrivées ces deux dernières années au Brésil sont toujours là. La corruption, la crise économique...

La plus grosse surprise de ces Jeux Olympiques est la façon dont tout s'est bien déroulé malgré tous ces soucis que nous avons connus. Avant les Jeux personne ne croyait que ça serait possible, mais ce fut le cas.

Ca valait donc tout cet argent dépensé d'amener les Jeux au Brésil ?

Je le pense. Les problèmes ont anéanti l'esprit des gens durant ces trois dernières années. Je crois que beaucoup de Brésiliens ont perdu leur amour pour leur pays, ils ont perdu leur fierté et leur passion.

Ces Olympiades nous ont ramené un peu de tout ça. Les gens se sont mis à reporter du jaune et du vert, et ils sont supporté nos athlètes avec passion.

Nous verrons s'il sera possible de canaliser cette nouvelle énergie dans la bonne direction. Ces prochains mois vont être cruciaux parce que nous sommes toujours dans une situation terrible.

Il est à peu près sûr que d'autres gouvernements ont tendance à faire la même chose, utiliser des évènements sportifs pour leur propre intérêt. Ce n'est probablement pas spécifique au Brésil.

Oui, mais lorsqu'ils font ça en Angleterre ou en Allemagne, le pays est toujours solide. Une mauvaise décision ne serait pas cruciale pour le futur du pays.

Au Brésil nous en sommes à un stade crucial. La violence augmente, la pauvreté augmente, c'est vraiment critique.
Mais en ce qui concerne l'amour et la fierté, les Jeux auront été magnifiques.

Drapeau du Bresil aux WSOP
Un pays sur le fil du rasoir et qui a besoin de retrouver ses couleurs.

Les fans brésiliens sont traditionnellement de nature passionnés, mais durant ces Jeux de nombreux athlètes et spectateurs se sont plaint de leur manque de sportivité. As-tu vu les choses de la même manière ?

Non. Je suis allé voir la cérémonie de Michael Phelps et la finale de football (victoire du Brésil contre l'Allemagne aux tirs au but NDLR), et il y avait beaucoup d'applaudissements pour tout le monde.

Ce qui est arrivé au sportif français en saut à la perche (Renaud Lavillenie) n'était pas bien, et peut être un peu désespéré, car personne n'aurait imaginé qu'un Brésilien pouvait gagner.

Mais je pense que c'était une exception.

Cela reflète t-il le fil du rasoir sur lequel se balance la nation brésilienne en ce moment ?

C'est un signal. Cela montre à quel point le peuple est dévasté. C'est pourquoi les derniers jours étaient si importants, lorsque le Brésil a remporté les tournois de football et de volleyball.
Le volley est le sport numéro 2 au Brésil, et cela aurait été un désastre si on avait perdu ces deux épreuves.

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Andre Akkari : « Merci aux Américains pour avoir fait tomber la FIFA ! »

(03/06/15 - par Alexander Villegas)

Akkari et Neymar
Les brésiliens Neymar Jr et Andre Akkari.

Il y a tout juste un mois, la scène du poker brésilienne déjà en pleine expansion a reçu un nouveau coup de boost, avec la signature de Neymar Jr en tant que nouvel ambassadeur de PokerStars.

"Neymar aime vraiment le poker vous savez. Il aime le poker même encore plus que moi, c'est incroyable. Il joue tous les jours, et il aime comprendre le jeu."

Ces mots, ce sont ceux d'Andre Akkari, joueur de poker professionnel brésilien, lui aussi dans l'écurie PokerStars.

"Même le nom de son chien c'est Poker. Il adore le poker, il en est complètement passionné."

Akkari est aussi un bon ami avec son compatriote Ronaldo, et il aura aussi rapidement tissé des liens avec l'attaquant du Barça.

"Je l'ai rencontré à Barcelone. Nous sommes restés en contact et nous nous envoyons maintenant des messages tout le temps. Il n'arrête pas de me demander comment ça se passe pour moi, et à propos du Colossus. Ce tournoi l'excitait vraiment."

Malheureusement Neymar n'aura pu venir jouer ce tournoi devenu le plus gros de l'histoire (22 374 participants), lui et le reste de l'équipe du FC Barcelone préparant actuellement leur finale de Ligue des Champions contre la Juventus, qui aura lieu ce samedi à Berlin.

Même si les WSOP seront encore loin d'être terminés après ça, Akkari doute cependant que Neymar vienne faire un tour à Las Vegas pour ces World Series.

Pas de Neymar aux WSOP

"Neymar a beaucoup d'obligations et de rendez-vous avec ses sponsors à Barcelone. Je ne pense pas qu'il aura le temps de venir ici, mais je l'espère."

Si les World Series ne bénéficieront donc sans doute pas de la présence de la star du football brésilien, Akkari et Neymar n'auront qu'à patienter un peu pour se retrouver.

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Le marteau de la justice américaine a frappé la FIFA.

"Nous allons nous rencontrer en août pour l'EPT Barcelone. Nous aurons d'ailleurs des sessions d'entraînement de poker chez lui avec des amis de Daniel Alves. Je pense que ça va être sympa."

L'un des sujets de conversation qui animera sans aucun doute les discussions entre les brésiliens sera le récent scandale de corruption (enfin) mis au grand jour à la FIFA.

"Ça vient juste d'arriver et je n'ai pas encore eu le temps d'en parler à Neymar et Ronaldo. Quand je les verrai je leur demanderai, mais je suis sûr qu'ils sont vraiment contents."

Merci aux Américains

Akkari lui-même était tant en extase qu'il s'est senti le besoin de remercier le premier Américain qui passait.

"Quand je suis arrivé, à l'immigration, j'ai dit aux gars "hé merci !", et il m'ont demandé pourquoi.
Je leur ai dit parce que les Etats-Unis avaient fait tomber la FIFA. Je leur ai dit que je devais remercier des Américains et qu'ils étaient les premiers que je voyais.
"

Pour Akkari, la corruption rampante est une plaie pour le Brésil, et il est bon de voir quelque part la justice triompher.

"J'aime toujours le Brésil mais il y a trop de corruption et trop de scandales. Cette enquête sur la FIFA est vraiment une bonne nouvelle au Brésil.
Maintenant tous les brésiliens pensent que quelque chose va arriver, que quelque chose doit arriver. Nous sommes très excités de voir ce qu'il va se passer d'ici un ou deux ans.
Je pense qu'il ne peut y avoir que de bonnes choses maintenant, car c'est une bonne nouvelle."

La corruption, fléau pour le football brésilien

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Akkari portera toujours les couleurs jaune et vert avec fierté.

Akkari avance aussi que ce type de corruption est la raison pour laquelle le football de clubs au Brésil n'a jamais atteint son plein potentiel.

"Ce sont juste 10, 12 ou 15 personnes corrompues [en charge du football au Brésil] et il mettent la pression sur tous les autres.
Ils prennent l'argent de tout le monde, et l'utilisent ensuite pour avoir le pouvoir. C'est terrible pour tout le monde.

C'est pourquoi tous les joueurs au Brésil s'en vont pour l'Europe et les Etats-Unis. Il n'y a plus d'argent au Brésil, ils ont tout pris. Les clubs ne peuvent plus payer grand chose pour les salaires.

Ces gens n'ont aucune limite morale, ou limite d'argent. C'est incroyable."

Andre Akkari espère donc que les choses vont pouvoir changer pour le meilleur. Et si ce n'était pas le cas, il confie que le peuple brésilien persévèrera toujours.

"Au moins le peuple brésilien est incroyable. Les gens sont bons et nous sommes toujours heureux.
Le Brésil étant un pays où il y a tant de misère, de problèmes de sécurité et de violence, quand nous avons quelque chose à célébrer, on le célèbre tous ensemble."

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Andre Akkari : « 40% des Brésiliens veulent voir le Brésil perdre la Coupe du Monde »

(17/06/14 - par A. R.)

Andre Akkari Bresil
Le joueur de poker brésilien Andre Akkari.

Si le poker reste le principal sujet de conversation des WSOP, la Coupe du Monde de football lui fait sérieusement concurrence cette année. Des joueurs de poker du monde entier sont présents et certains font partager leur amour du football.

Le Brésil accueille la Coupe du Monde, mais tout n’est pas rose au pays du football.

Bien qu’ils soient heureux de pouvoir mettre en avant leur pays et de voir affluer les touristes, la corruption endémique supposée entre la FIFA, le gouvernement et les entrepreneurs jette un froid.

Andre Akkari, qui compte un bracelet WSOP à son palmarès, est à Vegas avec de nombreux autres joueurs brésiliens et il comprend tout à fait l’ambivalence de cette Coupe du Monde.

Le football est une religion au Brésil,” explique Akkari. Le problème, c’est que ça a été fait n’importe comment. L’argent, les politiciens, la FIFA... C’est n’importe quoi.

Des nouvelles infrastructures utiles, mais des dépenses inconsidérées

andre akkari 26225
"Je ne peux pas ne pas soutenir le Brésil. Je n'ai pas honte de mon pays, mais des politiciens qui le dirigent."
 

On a beaucoup parlé de l’impact négatif du mondial sur les populations les plus pauvres du Brésil. Akkari comprend le problème, mais estime qu’à long terme tout le monde en tirera profit.

Même les plus pauvres bénéficieront de la Coupe du Monde, car on a construit de nouvelles infrastructures dans tout le pays. Par exemple, ils ont construit un stade tout neuf à Itaquerao. C’était une région très pauvre du Brésil et donc un investissement très intéressant. C’est bien, ça aide les plus pauvres.

Et puis le Brésil accueille beaucoup de touristes qui dépensent de l’argent, c’est toujours une bonne chose,” ajoute la joueuse brésilienne Maria Mayrinck. “Mais je ne pense pas que le Brésil était prêt à accueillir la Coupe du Monde.

Akkari explique : “Ils ont dû construire énormément de choses : le métro, les stades, les routes et autoroutes... Ils refont aussi les rues autour des stades. C’est une bonne chose, mais ils dépensent dix fois plus d’argent que nécessaire. C’est comme ça qu’une bonne idée devient mauvaise.

Pour Akkari, la Coupe du Monde pose deux problèmes majeurs : la corruption et les dépenses. Il semblerait qu’un certain nombre de stades, en plus d’Itaquerao, ait dépassé le budget prévu de manière significative.

Le problème, ce n’est pas de construire un stade, c’est que le stade d’Itaquerao aurait dû coûter 300 000 000 R$ et qu’ils ont finalement dépensé 1,5 milliard. C’est n’importe quoi. Même si ça servira aux gens sur le long terme, ça n’aurait pas dû se passer comme ça. C’est ça qui est triste.

Je suis ami avec l’ingénieur en chef du nouveau stade de Sao Paulo, c’est un gars honnête. Il m’a dit qu’il n’avait vu passer que 200 000 000 R$, pas plus, et qu’il ne sait pas où va l’argent.

Akkari : “Je ne peux pas ne pas soutenir le Brésil”

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Comme de nombreux brésiliens, Akkari reste très critique sur l'organisation de cette Coupe du monde.
 

Le moins qu’on puisse dire c’est que le gouvernement n’a pas fait grand chose pour empêcher cela, probablement à cause des élections nationales qui auront lieu prochainement.

Beaucoup de Brésiliens sont même prêts à souhaiter la défaite de leur équipe pour décrédibiliser le gouvernement en place.

Ils utilisent la Coupe du Monde à des fins politiques,” explique Akkari. “Ils veulent que le Brésil perde car si on gagne la Coupe du Monde, la présidente Dilma Roussef sera réélue et personne ne veut voir ça.

Mais moi je ne peux pas ne pas soutenir le Brésil, même si je n’apprécie pas Dilma. J’espère que les gens auront le bon sens de ne pas la réélire en octobre même si on gagne la Coupe du Monde.

La Coupe du Monde a commencé depuis presque une semaine et nul doute que les Brésiliens continueront d'être scotchés devant leur écran à chaque match de la Seleçao. Et si Akkari aurait aimé que les choses se passent différemment, il n’en reste pas moins fier d’être brésilien.

Je n’ai pas honte de mon pays, j’ai honte des politiciens qui le dirigent. Les Brésiliens sont des gens géniaux,” conclut-il. “Je serai tellement heureux si on gagne.

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Andre Akkari : « Le poker doit être acteur du changement social »

(10/10/13 - par Giovanni Angioni)

Akkari Andre

Depuis qu'il a permis au Brésil de remporter le deuxième bracelet WSOP de son histoire en 2011, André Akkari n'a cessé de se démener pour démontrer que le poker était plus qu'un simple jeu de cartes.

Membre de la team PokerStars depuis 2007, Akkari a toujours montré qu'il était plus que dévoué au poker.

Commentateur sur ESPN Brésil, rédacteur en chef du magazine Flop et lui-même à la tête d'une équipe locale, ce natif de Sao Paulo de 39 ans a maintenant entrepris de parcourir le monde pour expliquer sa vision du poker, et comment le poker pourrait servir d'arme contre les préjugés et les inégalités sociales.

Après une soirée passée dans la très en vue boîte Dstrkt à Londres pour fêter l'ouverture de cet EPT nous avons pu rencontrer Akkari et évoquer avec lui sa vision du poker et les très controversés billets publiés sur son blog.


Andre, je sais que tu es marié et que la famille est quelque chose de très important pour toi. Est-ce qu'ils sont venus avec toi à Londres ?

Non, mes filles vont à l'école donc elles ne peuvent pas vraiment voyager.

Au pluriel ? Combien de filles as-tu ?

Andre Akkari WSOP Winner
Akkari, second vainqueur d'un bracelet WSOP pour le Brésil en 2011, Après Alexandre Gomes en 2008.
 

Deux. Euh... non, trois.

Tu ne sais pas combien d'enfants tu as ?

Si, si. En fait j'ai deux filles et un chien, mais mon chien compte comme ma troisième fille.

Tu as donc laissé ta femme, tes deux filles et ton chien au Brésil. Comment gèrent-elles la vie avec un joueur de poker ?

Je mentirais si je disais qu'elles aiment ça. Mais on va dire qu'elles ne le détestent pas.

Elles savent que c'est mon métier et que le fais aussi pour elles.

Voyager fait partie du jeu, et le poker nous a tellement apporté ces dernières années qu'il faut aussi qu'on sache faire des sacrifices.

Et toi alors, est-ce que ce style de vie te convient ?

J'ai la chance de pouvoir voyager dans le monde entier donc j'essaye d'en profiter au maximum.

J'aime découvrir de nouvelles villes, visiter des musées, m'amuser avec mes amis... et retrouver ma famille aussi vite que possible.

Au Brésil donc, que beaucoup voient comme l'un des marchés les plus prometteurs du poker. C'est comment d'être un joueur de poker au Brésil ?

C'est de mieux en mieux. Cela fait des années que moi et d'autres faisons tout notre possible pour que le poker se développe au Brésil. On commence enfin à voir se dessiner les premiers résultats de notre travail, les gens respectent enfin le poker et mon métier.

Donc quand tu dis aux gens que tu es joueur de poker professionnel, ils trouvent ça normal ?

Presque. C'est un peu à quitte ou double : la moitié des gens te félicitent, l'autre moitié pensent que tu es un joueur compulsif.

ronaldotable
Quand Ronaldo parle, les brésiliens écoutent.
 

Et quand tu n'es pas au Brésil, tu trouves que la situation est différente ? Meilleure ?

En voyageant dans le monde entier, tu te rends compte que les gens ont des réactions très différentes selon les endroits.

Ici, à Londres, c'est assez fou. Quand j'ai dit au gars de la douane que j'étais joueur de poker professionnel et que j'étais là pour participer à l'EPT, il a commencé à me parler de sa passion pour le poker et à m'expliquer qu'il aimerait être assez bon au poker pour quitter son boulot. C'était vraiment inattendu.

Ronaldo a récemment signé chez PokerStars ; ça devrait booster encore un peu le poker au Brésil, non ?

Oui, c'est une excellente nouvelle. Ronaldo est vraiment la personnalité brésilienne la plus connue, donc s'il se met au poker, c'est que ça ne peut pas être quelque chose de mauvais. Les gens ont tendance à accepter ce qu'il fait sans trop se poser de questions.

Je pense que son contrat avec PokerStars va marquer un tournant dans l'histoire du poker au Brésil.

Puisqu'on parle du Brésil, je voulais revenir avec toi sur un sujet assez sensible. Il y a quelques semaines, tu as écrit un billet sur ton blog à propos des Noirs qui jouent au poker...

Ah, oui, ça...

Afin donc d'expliquer pourquoi il y a si peu de joueurs de poker de couleur. Est-ce que tu peux expliquer un peu mieux ce que tu voulais dire ?

Au Brésil, nous sommes persuadés que nous ne vivons pas dans un pays raciste, en particulier les Blancs de la classe moyenne. Or, c'est faux.

hilton laborda
Le visage du poker au Brésil est particulier.
 

C'est faux ?

Au Brésil, si tu vas dans un bon restaurant ou dans un centre commercial un peu chic, tu ne verras aucun Noir. C'est quelque chose qu'on a du mal à réaliser, mais mon frère est noir et cela m'a aidé à ouvrir les yeux sur beaucoup de choses.

Quand tu vas au restaurant avec ton frère et que tous les regards se tournent sur lui, tu commences à comprendre l'ampleur du problème.

Je vais te raconter une anecdote qui va t'aider à comprendre ce que je veux dire.

Une fois, j'étais en voiture avec ma mère et mon frère dans notre quartier résidentiel bien propret. Elle et moi à l'avant, mon frère à l'arrière. D'un coup, des policiers arrêtent notre voiture et pointent leurs armes vers nous.

Pourquoi ?

À cause de mon frère. Comme il est noir, ils pensaient qu'il était en train de nous kidnapper.

Est-ce que tu te rends compte de ce qu'il a pu ressentir à ce moment-là ? De la violence du truc ?

C'est pour ça que tu as décidé d'en parler sur ton blog.

Quand j'ai décidé d'écrire mon billet « Where are the black people in poker ? » (Où sont les joueurs noirs au poker?), je l'ai fait en réaction à une situation bien particulière qui concerne mon pays.

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Combien de potentiels Phil Ivey n'ont-ils encore jamais touché à des cartes ?
 

Un pays où il n'y a quasiment aucun joueur de poker noir, tout simplement parce qu'ils sont exclus de la classe moyenne et des meilleures positions dans la société.

J'ai fait ça parce que je pense que les gens qui travaillent dans l'industrie du poker doivent faire quelque chose pour changer cet état de fait.

Si chacun essaye de changer les choses à son niveau, alors peut-être que d'ici 30 ou 40 ans la situation aura évolué.

Les Noirs représentent 50% de la population brésilienne, mais ils sont pour ainsi dire invisibles car ils vivent dans des zones où nous n'allons jamais.

Si ces gens-là ne jouent pas au poker, c'est parce qu'ils n'en ont pas les moyens.

Alors que faut-il faire ? Organiser des freerolls caritatifs ?

Non, il faut que le poker vienne à eux. Il faut y aller, organiser des sessions d'entraînement, leur donner des cours de poker gratuits.

Il faut qu'ils puissent essayer le poker de la même manière que les populations plus favorisées.

C'est à nous de faire quelque chose pour améliorer leurs conditions de vie : dans les zones les plus pauvres du Brésil, il faut créer de nouvelles opportunités. Ça, c'est le changement dont on a besoin.

Bon, on parle du Brésil, mais du coup je regarde autour de moi et...

Oui, ici non plus il n'y a pas de Noirs.

Il y a très peu de joueurs de couleur, mais par contre Phil Ivey est un des meilleurs joueurs du monde. Mais alors, combien de joueurs qui pourraient être aussi bons ou meilleurs que Phil Ivey ne jouent pas au poker ?

J'aime beaucoup ta façon d'envisager le poker comme ayant une dimension sociale et de l'utiliser pour changer les choses. Surtout quand on sait la quantité d'argent qui circule dans le poker.

Exactement, je pense que c'est important pour le futur du poker.

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"Ce n'est pas l'argent qui fait que le poker est aussi génial."
 

Si tu vas en parler à la plupart des grands noms du poker, ils te diront que ça ne marchera pas parce qu'au poker il faut pouvoir participer aux gros high-rollers, etc.

C'est plutôt vrai, non ?

Non, je ne le pense pas. Le poker n'est ni plus ni moins que le miroir de la réalité. À la table de poker, tu t'assois à chaque fois avec 9 personnes différentes.

Tu apprends toujours quelque chose de nouveau, tu apprends à gérer la pression, tu apprends à prendre les choses en main, tu apprends beaucoup de choses. Si tu es un tant soit peu intelligent, le poker t'aide à évoluer et grandir en tant que personne.

Pour être honnête, je ne pense pas que ce soit l'argent qui fait que le poker est aussi génial.

Vraiment ?

Pas d'hypocrisie, je ne renie pas l'argent que je gagne grâce au poker, mais je pense que ce n'est pas plus important au poker que dans n'importe quelle autre profession.

Si le poker peut vraiment faire changer les choses, alors tout le monde devrait y avoir accès, pas juste la classe moyenne. Il faut que les gens moins favorisés y ait accès aussi, et je pense que ce sera le cas dans le futur.

Les boîtes de poker vont finir par se rendre compte que c'est aussi le meilleur moyen de toucher une nouvelle clientèle.

C'est vrai, ce serait un marché complètement nouveau et vierge, si on peut dire.

Exactement, c'est pour ça que je suis persuadé que cela va arriver. C'est le seul moyen d'avancer.

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